Scandale des Ehpad Orpea : une enquête révèle les salaires pharamineux des dirigeants d’une filiale en Suisse
Une enquête de Radio France révèle la rémunération des deux dirigeants de la filiale suisse d’Orpea qui centralisait jusque fin 2020 les achats alimentaires en vue de la préparation des repas de tous les résidents des Ehpad du groupe en France. Des chiffres qui donnent le tournis alors que le budget alloué à l’alimentation de chaque pensionnaire est de 4 euros par jour.
Alors que le géant des maisons de retraite décroche en bourse, son action perdant près de 20% mercredi, Orpea est au cœur d’une nouvelle enquête. Radio France révèle jeudi les dessous d’une des filiales du groupe, Kauforg, qui se trouve en Suisse, et qui centralisait jusque fin 2020 les achats de denrées alimentaires en vue de la préparation des repas de tous les résidents des Ehpad et clinique d’Orpea en France.
Une façon de faire des économies qui ne semble pas condamnable, sauf si elles sont réalisées au dépens de la qualité, comme l’ont constaté l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et celle des Finances (IGF) dans leur rapport, et comme l’affirme l’un ancien directeur de Kauforg, qui dénoncent des quantités « insuffisantes » et « rationnées ». Le but étant de ne pas dépasser la fameuse limite des 4 euros de CRJ (coût du repas journalier) par résident, déjà révélé lors de précédentes enquêtes.
143 000 euros par an et bonus annuel illimité
Cette priorité donnée à la performance financière a été mise en parallèle par les journalistes auteurs de l’enquête avec la rémunération très élevée de deux dirigeants, Français, de cette société. Leurs contrats de travail ont été révélés : ils percevaient un salaire annuel de 150 000 CHF bruts (soit 143 000 euros) par an, soit environ 12 000 euros par mois, auquel s’ajoutait un bonus annuel de la même somme dont l’employeur pouvait « librement décider de dépasser le plafond en cas de performance exceptionnelle de l’employé ». L’un de ces salaires annuels a donc pu atteindre 400 000 euros. Cela peut sembler beaucoup, mais ce chiffre est d’autant plus gigantesque qu’il s’agissait d’un tiers-temps. Les cadres étaient des salariés du siège d’Orpea en région parisienne, en plus d’être les gestionnaires de Kauforg. Un troisième cadre, directeur adjoint, était rémunéré 76 170 CHF bruts (72 748 euros) pour un tiers temps, soit environ 6 000 euros par mois.
Pour un Ehpad de 80 pensionnaires, cela correspond à près de sept ans de budget de nourriture !
Cumulés, les salaires annuels de ces trois cadres représentent, pour un Ehpad de 80 pensionnaires, à « près de sept ans de budget de nourriture », s’insurge un ancien directeur interrogé. Par ailleurs, l’enquête remet en question la gestion réelle de l’entreprise, interrogeant des salariés qui disent ne les avoir vu que très rarement sur place.
L’enquête révèle aussi l’importance des commissions prises par Kauforg et les marges réalisées sur les achats effectués à leurs fournisseurs : de l’argent qui n’aurait pas assez été redistribués aux établissements entre 2018 et 2019, selon l’administration fiscale. La filiale facture aussi ses services à d’autres sociétés dans le paramédical, pour des sommes très élevées. Le PDG d’Orpea, Philippe Charrier, assure que ces derniers mois, des enquêtes et audits « ont permis de déceler des faits potentiellement délictueux, qui mettent en cause des comportements individuels » et rappelle qu’une plainte contre X a été déposée. Le directeur assure que des « mesures disciplinaires » ont été déjà prises dans ce cadre et que « toutes les mesures et sanctions qui s’avèreront nécessaires » seront prises dans le cadre des investigations en cours.
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Confirmations :
Gros salaires, offres douteusesLes pratiques étonnantes d’une société suisse liée aux EMS français
L’entreprise Kauforg s’est occupée de l’achat de nourriture pour les EMS du groupe Orpea. Ses importantes transactions financières ont interpellé francetélévision, qui a mené l’enquête.

La Cellule investigation de Radio France publie jeudi une enquête sur l’entreprise suisse Kauforg, une filiale du groupe Orpea, qui gère des Établissements médico-sociaux (EMS) en France. Plusieurs pratiques de la société basée à Étoy ont interpellé le service public français: salaire et bonus mirobolants du côté des dirigeants, facturation de prestations douteuses du côté des fournisseurs avec d’importantes commissions.
Salaires mirobolants et bonus illimité
Tout est une question de proportion. Dans les EMS, le budget nourriture pour un résident est de 4.20 euros par jour pour quatre repas (matin, midi, goûter, soir). À l’inverse, les importantes transactions financières au sein de Kauforg étonnent, révèle le média français grâce à des documents internes inédits.
Pour commencer, les salaires des dirigeants de Kauforg sont dévoilés: 150’000 francs bruts par année, ajouté à ça, un bonus de 150’000 fr., qui peut être illimité en cas de résultats exceptionnels, le tout pour un temps partiel (30%). Et il est déjà arrivé que l’un de ces salaires atteigne 400’000 euros brut.
Est-ce que Orpea était au courant de ces sommes? L’entreprise ne répond pas à cette question, mais les contrats suisses des directeurs ont été signés par l’ancien directeur des financements et de la comptabilité du groupe.
Prestations douteuses et commission élevée
D’autres documents sont mis en lumière. Ils concernent cette fois des prestations de services proposées par Kauforg aux fournisseurs. Des enquêtes de satisfaction sur les produits auprès des établissements de soins sont par exemple facturées à un certain prix: 300’000 euros. Cela a été le cas avec la société française Pomona, l’un des leaders des grossistes alimentaires. Et l’entreprise suisse va également lui demander une ristourne «inconditionnelle, forfaitaire, définitive et annuelle de 250’000 euros sur trois ans».
D’autres frais sont encore ajoutés, et des distributeurs de dispositifs médicaux sont aussi concernés par ces offres douteuses, comme Bastide Le Confort Médical (BLCM), avec un contrat à 500’000 euros pour la vente de différentes données.
Selon un spécialiste de la grande distribution, interrogé par Radio France, ces types de services sont souvent proposés dans le domaine. «Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de grande distribution mais bien de maisons de retraite. Et les résidents ne sont pas des clients» nous signale-t-on dans l’enquête journalistique. Des doutes peuvent même être émis sur une augmentation des tarifs de la part des fournisseurs auprès des EMS, afin de compenser tous ces coûts.
Rapport de l’administration
En mars 2022, un rapport français de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de celle des Finances (IGF) pointait des dysfonctionnements, après une enquête de six semaines. Ce dernier ne concerne pas la Suisse, mais directement Orpea.
«Une priorité accordée à la performance financière plutôt qu’à des critères de qualité» est notamment dénoncée, tout comme «une nourriture jugée «insuffisante», détaille Radio France. Et certains des services comme ceux que proposent Kauforg sont remis en question par l’administration française, qui s’interroge sur leur réalité.
De son côté Orpa a réagi: Il est de notre devoir de faire toute la lumière sur les accusations portées contre le groupe», explique Philippe Charrier, le PDG du groupe Orpea dans l’article de franceinfo. Des enquêtes et des audits ont lieu à ce sujet. «Cela nous a conduits à déposer dès avril une première plainte contre X auprès du procureur de la République et à prendre des premières mesures disciplinaires» précise-t-il.
Sonia Imseng est journaliste au sein de la rédaction Tamedia. Elle couvre l’actualité qui se déroule en Suisse et dans le monde. Après un bachelor en Science politique, elle a obtenu son master en journalisme à l’Université de Neuchâtel. Elle a également travaillé pour la RTS, Le Temps, Le Courrier.
