Hommage à l’écrivain Boris Pahor qui a passé cinq jours dans le Diois mais fut également invité d’honneur au festival Est-Ouest et dans les classes du Diois.
Je vous remercie. Anne-Marie Mansuy
Boris Pahor nous a quittés !
Boris Pahor ne célèbrera plus la beauté du monde devant laquelle il s’inclinait chaque matin. Il nous a quittés le 30 mai, âgé de 108 ans. Les médias slovènes et italiens ont relayé en boucle la nouvelle avant qu’elle ne soit diffusée sur France Inter et dans les quotidiens français. Ce pèlerin infatigable avait délaissé Trieste, sa ville et les lieux prestigieux où on le recevait pour passer cinq jours de bonheur et de rencontres dans un simple village, Luc-En-Diois. C’était le 8 mai 2015. Il avait alors 101 ans. On pouvait le voir tous les jours à neuf heures au bar de la Fontaine où il prenait son petit café du matin. Ses journées ensuite étaient chargées, cérémonie commémorative du 8 mai, signatures à Mosaïque, lectures à la bibliothèque de Luc, échanges avec les collégiens de Die et les écoliers de Luc ainsi qu’avec les nombreux habitants présents lors de la diffusion du documentaire de Fabienne Issartel, « Boris Pahor, portrait d’un homme libre ». Libre, il l’était, lui qui avait « dit trois fois non » aux dictatures du siècle passé et en paya le prix dans les camps de la mort. Dont le Struthof, en Alsace, devenu Mémorial européen de la Résistance et de la Déportation et que son beau texte, « Pélerin parmi les ombres » a contribué à faire connaître. Cet écrivain reconnu, traduit en plus de trente langues, alertait quant à ce qu’il nommait « la quatrième dictature », plus insidieuse car elle fait de nous ses complices. Dictature du profit et de l’argent humiliant la dignité de l’homme et souillant la terre qui le nourrit.
Anne-Marie Mansuy-Canepa
Bio :
En 1920, Boris Pahor assiste à l’incendie de la maison de la Culture slovène (Narodni dom, soit la « Maison du peuple ») de Trieste, par les fascistes italiens dont il déclare : « J’avais sept ans. Ça a été un choc énorme». Quand les nazis prirent le contrôle de la région en 1943, il rejoignit les rangs de l’armée de libération yougoslave. Arrêté, il fut déporté en Alsace au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, puis en Allemagne (Dachau, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen). En plus de son expérience psychologique, il en gardera une maladie du foie, qu’il soignera en allant se réinstaller à Trieste, luttant contre les bacilles grâce au Soleil. Cette volonté de rester à Trieste explique le fait qu’il soit resté en Italie, plutôt que de s’installer en Yougoslavie puis en Slovénie, la ville ayant été intégrée à la Yougoslavie en 1945, puis cédée à l’Italie en 1954, tout en conservant une importante minorité slovène.
La plupart de ses romans ont leur source dans cette épreuve. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains de langue slovène les plus importants de son époque. Il est révélé aux lecteurs de langue française par son récit majeur Nekropola (Pèlerin parmi les ombres, La Table ronde, 1990), où il narre son expérience des camps de la mort, puis par son roman Printemps difficile (Phébus, 1995).
Il est candidat sur la liste du Parti populaire sud-tyrolien (SVP) au nom de l’alliance avec la Slovenska Skupnost pour les élections européennes de 2009.
En 2021, à 108 ans, il est le doyen de la littérature mondiale. La même année, il fait son entrée dans l’édition 2022 du Petit Larousse.
Il était marié à Radoslava Pahor n(1921-2009).
Œuvre
- Pèlerin parmi les ombres, Paris, Phébus, 1990.
- Printemps difficile Paris, Phébus, 1995, rééd., Libretto, 2013.
- La Villa sur le lac, Paris, Bartillat, 1998.
- Jours obscurs, Paris, Phébus, 2001.
- La Porte dorée, Paris, Le Rocher, 2002.
- Dans le labyrinthe Paris, Phébus, 2003.
- Blumen für einen Aussätzigen (de), Kitab Verlag, 2004.
- Arrêt sur le Ponte Vecchio, Paris, 10-18, 2006.
- Le Jardin des plantes(Zgodba o reki, kripti in dvorljivem golobu), Paris, Le Rocher, 2007.
- L’Appel du navire (Parnik trobi nji), Paris, Phébus, 2008.
- Quand Ulysse revient à Trieste (Mesto v zalivu) (1955), Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2013,
- Place Oberdan à Trieste, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2018 (nouvelles).