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Drôme : des incidents à la centrale nucléaire du Triscatin auraient-ils été dissimulés…

Un juge d’instruction est donc chargé d’une enquête qui porte sur des soupçons de dissimulation d’incidents à la centrale nucléaire du Tricastin, l’une des plus ancienne centrale nucléaire de France.
Un juge d’instruction est donc chargé d’une enquête qui porte sur des soupçons de dissimulation d’incidents à la centrale nucléaire du Tricastin, l’une des plus ancienne centrale nucléaire de France.

 

Une information judiciaire contre X a été ouverte par le Pôle de santé publique du parquet de Marseille suite à une plainte déposée en octobre 2021 par un cadre d’EDF à l’encontre de son employeur, à la centrale nucléaire du Tricastin pour « non déclaration d’incident ou d’accident » et « mise en danger d’autrui ».

Une douzaine d’infractions au Code pénal et au Code de l’environnement entre début 2017 et fin 2021 à la centrale nucléaire du Tricastin auraient été dissimulés par la direction selon un ancien cadre EDF. Des infractions comme une surpuissance du réacteur n°1 en juin 2017 ou encore une inondation interne le 29 août 2018 sur la tranche n°3. Des incidents qui n’auraient pas été déclarés à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ou qui l’auraient été de façon à « minimiser les événements ».

Un juge d’instruction est donc chargé d’une enquête qui porte sur des soupçons de dissimulation d’incidents à la centrale nucléaire du Tricastin, l’une des plus ancienne centrale nucléaire de France.

« Hugo » (prénom d’emprunt) est le cadre qui a déposé plainte. Entré chez EDF en 2004, il passe chef de service en 2016. C’est à partir de ce moment-là qu’il réalise la mise en place « d’une politique de dissimulation des incidents ». Il en réfère à sa hiérarchie mais constate par la suite une dégradation dans ses relations avec son supérieur hiérarchique et un sentiment d’être placardisé. Il est actuellement en attente d’affectation et il demande le statut de lanceur d’alerte.

La CRIIRAD n’est pas surprise

Joint par téléphone, Roland Desbordes, porte-parole de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) n’est pas surpris d’une telle plainte et considère « comme un bon signe » que la justice se saisisse du dossier de la sûreté d’une centrale nucléaire.

Roland Desbordes a échangé par téléphone et à plusieurs reprises avec « Hugo ». Il ne le connait pas physiquement mais « tout ce qu’il m’a dit m’a convaincu. Ce n’est pas un rigolo. Ces accusations portent sur du concret et c’est documenté. C’est sur ce genre de dossier que la justice peut enfin enquêter ».

Concernant les nombreux dysfonctionnements dénoncés par « Hugo », la CRIIRAD considère qu’ils sont de nature inégale. Mais une fuite d’eau et une surpuissance d’un réacteur sont « des indicateurs suffisamment importants pour porter atteinte à la sûreté d’une centrale nucléaire ».

Cette enquête de la justice intervient au moment où EDF est confronté à de nombreux problèmes de corrosion de ces installations. Le phénomène dit de « Corrosion sous contrainte » (CSC) avéré ou soupçonné. Actuellement en France, 12 réacteurs sur 56 sont à l’arrêt pour ce genre de problème selon un communiqué du groupe EDF du 19 mai dernier.

Des centrales nucléaires vieillissantes

Les centrales nucléaires vieillissent et EDF cherche à prolonger leur durée de vie. Selon Roland Desbordes, ce phénomène de corrosion sur les tuyaux « n’est pas nouveau, il a été dévoilé pour la première en 1984. Et se rajoute aujourd’hui, le problème de la maintenance car il est difficile de recruter du personnel qualifié. La qualité de la maintenance se dégrade donc sur des installations vieillissantes ».

Ces difficultés tombent mal et détériorent la santé financière du groupe EDF. Le président Emmanuel Macron compte en effet sur le groupe pour la construction de six nouveaux réacteurs EPR, pour développer les énergies renouvelables et enfin pour assurer la prolongation du parc existant.

A ce titre, en février 2021, l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN) a ouvert la voie à la poursuite de l’exploitation des plus vieux réacteurs de France dont celui du Tricastin, mis en service en 1981. Une prolongation de service avec l’obligation de réaliser des travaux pour le maintien de la sûreté.

Jointe par téléphone, la centrale nucléaire du Tricastin « ne souhaite communiquer sur le sujet ».  

Quant à « Hugo », il a déclaré à l’AFP « Ce combat a renforcé ma volonté de me battre pour la sûreté des installations, qui concourt directement à la protection des populations et de la planète .

Nicolas Ferro sur FR3

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