Sélectionner une page

Législatives : Marie Pochon, une candidate Nupes en terre nucléaire

La Drôme est le département le plus nucléarisé de France. Et le France  le pays le plus nucléarisé du monde. Statistiquement le prochain accident nucléaire devrait d se produire en Drôme.

Marie Pochon, une candidate Nupes en terre nucléaire

Près de la centrale du Tricastin, dans la Drôme, le nucléaire est sur toutes les lèvres. Surprise : Marie Pochon, candidate de gauche pour les législatives et militante contre l’atome, part en tête.

Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), reportage

« Qu’une écolo fasse un tel score à Saint-Paul-Trois-Châteaux, c’est surprenant ! », lance Maurice, un habitant de cette commune de 9 000 habitants, en prenant un tract de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Certains cantons comme ceux autour de la ville de Die et de Dieulefit sont réputés pour leur vote à gauche. Mais l’arrivée de Marie Pochon, ouvertement favorable à la sortie du nucléaire, en tête (à vingt-sept voix près) sur l’une des trois communes qui accueillent la centrale du Tricastin, est la surprise de ce premier tour.

Investie par Europe Écologie-Les Verts (EELV), Marie Pochon est également en tête au premier tour sur l’ensemble de la troisième circonscription de la Drôme avec 35,49 % des voix, soit 7 500 bulletins d’avance sur Célia de Lavergne, députée sortante En Marche (désormais Ensemble !) qui a recueilli 23,50 % des suffrages.

En cette matinée du mardi 14 juin, les militants de la Nupes sont sur les chapeaux de roues. Ils sont une dizaine à quadriller le marché de cette commune de 8 969 habitants. Ici, il n’y a pas un habitant qui n’ait pas un lien avec l’atome. Alors entre les étals, le sujet est naturellement dans toutes les bouches jusqu’à diviser, y compris parmi les sympathisants de gauche. « Je ne peux pas voter antinucléaire, qu’est-ce qu’on va devenir ? », s’inquiète une passante dont le fils est ingénieur à la centrale. Josie, militante de la Nupes, lui répond : « Ça se discutera. » « J’ai toujours été à gauche. On aimerait bien se passer du nucléaire mais on ne peut pas. Les éoliennes en mer, ça va perturber la faune et la flore, on est dans une impasse », lance une autre sympathisante.

De nombreux militants Nupes, issus pour la majorité de La France insoumise, sont venus soutenir la candidate EELV dans la dernière ligne droite de la campagne.

À ces craintes, Marie Pochon, également secrétaire générale de l’association Notre affaire à tous, défend la nécessité d’une opposition à l’Assemblée nationale pour avoir un vrai débat sur la question. « Ce n’est pas possible qu’un seul homme, fût-il président de la République, décide tout seul de la construction de nouveaux EPR partout en France sans concertation, dit-elle. Personnellement, je suis pour un référendum sur cette question. »

Un référendum local sur le futur EPR voulu par Macron

Présente elle aussi sur le marché, Célia de Lavergne défend une position frontalement opposée. « Le projet que je porte, c’est celui d’un destin national pour le Tricastin avec un nouvel EPR que j’ai défendu auprès de l’Élysée, auprès de Matignon et auprès du PDG d’EDF, dit-elle à Reporterre. Ici, aujourd’hui, il y a un choix à faire, un choix de politique nationale mais aussi une sorte de référendum sur l’EPR. »

Depuis vingt ans, la circonscription est sous le giron de la droite. Marie Pochon en a conscience, les réserves de voix ne lui sont pas forcément favorables. Comme la Nupes au niveau national, elle espère que c’est la mobilisation des abstentionnistes qui lui permettra d’accéder aux bancs de l’Assemblée nationale. Sur l’ensemble de la circonscription, 42,26 % des inscrits ne se sont pas déplacés aux urnes.

Sous une arche en pierre, Sophie Fayolle, ancienne candidate divers gauche aux élections départementales, distribue des prospectus depuis plusieurs semaines pour la Nupes. Celle qui, aujourd’hui à la retraite, a travaillé toute sa vie dans la maintenance de la centrale nucléaire, sent un changement dans les mentalités. Le territoire serait moins favorable au nucléaire qu’avant. L’un des motifs ? Tout le monde ne récolte pas les fruits de cette industrie : « Le nucléaire embauche beaucoup d’hommes. Les femmes, elles, sont dans des situations très précaires. »

Disparition des services publics, désertification médicale, violences faites aux femmes, sécheresse… Autant de sujets que Marie Pochon regrette de voir passer au second rang durant les débats des législatives.

Les préoccupations seraient, ici aussi : la disparition des services publics, la désertification médicale, l’isolement, les violences faites aux femmes, la recrudescence des sécheresses, autant de thématiques que Marie Pochon regrette de voir passer au second rang durant les débats des législatives. « Bien sûr que la centrale impacte tout le bassin d’emplois du Tricastin, mais comme à la présidentielle, la question du climat et de la protection de la biodiversité ont été éclipsées par le nucléaire », estime la candidate, par ailleurs ancienne collaboratrice parlementaire de la députée européenne écologiste Marie Toussaint.

Sur le territoire, un autre sujet rallie pro et antinucléaires : le projet de deux échangeurs autoroutiers. Porté par le maire Jean-Michel Catelinois, ancien socialiste et proche de la majorité présidentielle, il est soutenu par la candidate aux législatives Célia de Lavergne. « 20 millions vont être dépensés alors que les urgences de Montélimar n’ont que 5 millions pour sortir la tête de l’eau, on se dit que l’argent n’est pas dépensé comme il faudrait », regrette Maurice, les lunettes vissés sur le nez.

Ce jour-là, il y a un point commun entre tous ceux qui ont accepté de débattre avec Marie Pochon : ils ne se sentent pas représentés par la politique d’Emmanuel Macron et souhaiteraient qu’il n’ait pas la majorité à l’Assemblée nationale.

Estelle Pereira (Reporterre)

Note :

Drôme/Ardèche Quatre réacteurs des centrales nucléaires de Cruas et du Tricastin fermés d’ici 2035 ?

La centrale nucleaire de Cruas.

La moitié des réacteurs des centrales nucléaires de Cruas (Ardèche) et du Tricastin (Drôme) pourraient fermer d’ici 2035. C’est ce qui est proposé dans la première mouture la programmation pluriannuelle de l’énergie (2019-2023 et 2024-2028). « 14 réacteurs nucléaires seront arrêtés d’ici 2035, dont ceux de la centrale de Fessenheim. Le principe général sera l’arrêt des réacteurs, hors Fessenheim, à l’échéance de leur 5e visite décennale, soit des arrêts entre 2029 et 2035 », peut-on lire dans ce document de 396 pages.

Quels réacteurs ? « Sur la base de ces critères, EDF a proposé au gouvernement d’étudier la mise à l’arrêt de paires de réacteurs sur les sites de Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin ».

Il ne s’agit ainsi pas d’un arrêt total des sites nucléaires de Cruas et du Tricastin, mais bien de la fermeture de deux réacteurs sur quatre pour chaque centrale.

Si aucune décision n’est encore prise, il s’agit de se conformer à l’objectif à de loi Energie Climat, soit une « diversification progressive du mix électrique l’atteinte de 50 % d’électricité d’origine nucléaire dans le mix en 2035 ».

« La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) établit les priorités d’action du gouvernement en matière d’énergie pour la métropole continentale, dans les 10 années à venir, partagées en deux périodes de 5 ans. Tous les 5 ans la programmation pluriannuelle de l’énergie est actualisée : la deuxième période de 5 ans est révisée et une période subséquente de 5 ans est ajoutée », est-il précisé dans le document.

APPIS, D.L. et MCD,  Vu 24208 fois

 

 

 

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *