« Le non-respect par l’Union européenne de ses objectifs budgétaires climatiques est une faute impardonnable »
Quelque 72 milliards d’euros qui devaient être consacrés au climat entre 2014 et 2020 n’ont pas été dépensés. Un « crime » contre la démocratie, l’écologie et l’agriculture, s’insurgent, dans une tribune, les députés européens écologistes Rasmus Andresen et David Cormand.

A la fin du mois de mai, la Cour des comptes européenne a rendu son rapport sur l’évaluation du budget pluriannuel 2014-2020 des dépenses climatiques de l’Union européenne. Il s’agissait d’analyser les dépenses effectuées et de vérifier si elles avaient bien respecté les objectifs et le mandat fixés par le Parlement et le Conseil européens. Comme c’était à craindre, il y a un fossé entre les déclarations d’intention et la réalité : les 20 % de dépenses promises pour le climat ne sont pas atteintes… et de loin. Seulement 13 % des dépenses peuvent être attribuées à des actions en ce domaine.
Pourtant, dès 2011, la Commission européenne avait annoncé sa volonté de mettre en place cet objectif. Dans la foulée, le Parlement européen et le Conseil – qui représente les Etats membres – ont fait de même : 20 % au minimum de dépenses pour le climat devaient donc être tenues dans le budget 2014-2020.
Or, au moins 72 milliards d’euros manquent à l’appel. Comme souvent, face aux inerties, il faut non seulement se battre pour faire évoluer les objectifs, mais il faut ensuite se battre plus encore pour qu’ils soient atteints. La technostructure européenne est indifférente au changement climatique, mais elle n’aime pas le changement de ses habitudes…
Les écologistes alertent depuis des années sur les défaillances des calculs de la Commission, chargée d’exécuter le budget de l’Union. Et pour cause, nous savons que la politique agricole commune (PAC) – premier poste de dépense de l’Union –, qui devrait être l’instrument au cœur de la transition écologique, ne répond aucunement à ces enjeux. Comment prétendre réviser le budget de l’Union pour le rendre plus écologique lorsque la principale ligne de dépense demeure immuable ? Le rapport de la Cour des comptes le confirme : 80 % de ce budget non dépensé aurait dû l’être pour rendre plus vert le secteur agricole.
Sacrifier l’avenir de la planète
Le non-respect par l’Union européenne de ses objectifs budgétaires climatiques est un triple manquement. C’est d’abord un crime démocratique. Ne pas exécuter sincèrement un budget dont les objectifs étaient clairs et démocratiquement décidés est une faute impardonnable qui devrait révolter les citoyennes et les citoyens européens, à défaut d’émouvoir les institutions concernées. C’est ensuite, bien entendu, un crime contre le climat. Alors que tous les indicateurs sont au rouge et virent à l’écarlate, persister sur la voie du chaos, c’est à la fois mépriser le présent et sacrifier l’avenir de la planète.
C’est, enfin, un crime contre l’agriculture, les agriculteurs et agricultrices, qui, plus que tout autre, vont devoir s’adapter au changement climatique, tout en contribuant à la préservation écologique de notre continent. Et cela à un moment où le modèle productiviste, industriel et économiquement libéral a déjà considérablement fragilisé les paysannes et les paysans, tout comme les territoires ruraux.
Alors que le nouveau budget pluriannuel 2021-2027 débute à peine, avec des objectifs climatiques relevés à 30 % grâce à l’action du Parlement et, surtout, des Verts, la Commission européenne s’enferre dans le déni. Comme dans la chanson, la maison Europe est en feu, « mais tout va très bien, madame la marquise »… Répondant aux parlementaires européens, le commissaire européen au budget, Johannes Hahn, a contesté les chiffres de la Cour des comptes et jugé que le problème avait été réglé. Mais il n’en est rien. La nouvelle PAC reconduit les errements des précédentes, et, derrière les hauts murs des institutions européennes, le volontarisme politique en faveur du climat fait toujours défaut.
Ce n’est pourtant pas une fatalité. L’Union européenne est la seule entité politique qui a la masse critique suffisante pour modifier structurellement le modèle économique prédateur actuel. Les objectifs politiques, certes timides, existent. Mais au laisser-faire de la Commission s’ajoute l’activisme de certains Etats qui résistent aux évolutions pourtant nécessaires pour agir réellement en faveur du climat.
A l’heure où les uns et les autres rivalisent dans des concours d’éloquence en faveur de l’écologie, commençons par les bases et cessons d’utiliser l’argent public pour maintenir un modèle obsolète. Dépensons-le pour permettre le changement de modèle. C’est le meilleur service que nous nous rendrons à nous-mêmes, ainsi qu’aux générations futures.
Rasmus Andresen est un député européen écologiste, président de la délégation écologiste allemande ; David Cormand est un député européen écologiste, coprésident de la délégation Europe Ecologie.
Rasmus Andresen (Député européen écologiste) et David Cormand (Député européen écologiste)