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Écologie : pour le nouveau gouvernement, tout reste encore à prouver

C’est la préoccupation de 75 % des Françaises et Français… et la dernière du nouveau gouvernement français…

Le remaniement ministériel voit l’arrivée du novice en écologie Christophe Béchu au ministère de la transition écologique et le retour de ministres délégués aux transports et au logement. Après un premier raté sur la politique agricole la semaine dernière, le gouvernement de la « planification écologique » est mis au défi de tenir ses promesses.

Un ministère de la transition écologique rétrogradé à la 10place dans le rang protocolaire – derrière l’agriculture et loin derrière l’économie. Deux secrétariats d’État (écologie et ruralité) respectivement en 40e et 41e et dernière position de la hiérarchie gouvernementale. Et aucune figure experte des questions écologiques…

Dans la forme comme dans les nominations, la « planification écologique » promise par Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours présidentiel, et apparue dans le portefeuille de la première ministre Élisabeth Borne lors de la formation de son premier gouvernement, s’apparente à une coquille vide.

À ce stade, seuls deux ministères y sont rattachés – « transition écologique et cohésion des territoires » et « transition énergétique », laissant de fait le ministre de l’économie, n° 2 du gouvernement, mais aussi celui de l’agriculture, à l’extérieur de cette réorganisation gouvernementale.

Après l’échec d’Amélie de Montchalin aux législatives, c’est à Christophe Béchu que revient le ministère de la transition écologique. Membre du premier gouvernement Borne en tant que ministre délégué chargé des collectivités territoriales, cet ancien sénateur Les Républicains ne s’est jamais distingué pour ses engagements écologistes, comme l’a rappelé dès l’annonce du remaniement la députée verte de Paris, Sandrine Rousseau.

Delphine Batho, élue Nupes des Deux-Sèvres et ex-ministre chargée de l’écologie sous la présidence Hollande, a pour sa part fustigé ce choix : « On ne peut pas dire que les enjeux de l’urgence écologique ont inspiré en quoi que ce soit cette nomination. »

Christophe Béchu à la sortie du conseil des ministres à l’Élysée, le 1er juin 2022.

Maire d’Angers et président d’Angers Loire Métropole depuis 2014, le nouveau ministre s’est de fait plus illustré pour ses positions homophobes que pour ses ambitions écologistes.

En 2012, il avait cosigné avec d’autres parlementaires de droite une tribune dans Valeurs actuelles défendant l’idée d’un référendum sur le mariage homosexuel. Puis en novembre 2016, il avait demandé à la société JCDecaux de retirer à Angers, aux abords des écoles et sur les parcours des bus scolaires, des affiches de prévention sur le VIH mettant en scène des couples gays.

En matière d’écologie, Christophe Béchu a plutôt incarné jusqu’ici une ligne hostile au changement. En tant que sénateur, il s’est positionné lors d’un vote en 2016 contre l’interdiction des néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles. Et lorsque, à la tête d’Angers Loire Métropole, il a fait adopter en 2019 un plan d’orientations stratégiques pour la transition écologique de l’agglomération, l’élu angevin avait ainsi répondu aux critiques sur l’absence de l’énergie éolienne dans ce plan : « Je ne suis pas un grand fan de l’éolien, il y a le coût du démantèlement, l’impact visuel… »

Sous sa houlette dans le nouvel exécutif, Bérangère Couillard, nommée secrétaire d’État à l’écologie, avait quant à elle voté contre plusieurs propositions de loi du précédent quinquennat visant à renforcer le réseau ferroviaire, à lutter contre l’artificialisation des sols, ou encore à supprimer l’avantage fiscal pour le kérosène des avions des lignes intérieures. Et elle s’était abstenue sur d’autres votes clés, comme l’interdiction du glyphosate ou l’introduction d’un menu végétarien quotidien dans les écoles.

Au-delà des positionnements des uns et des autres et de leur absence d’intérêt jusqu’ici pour les questions écologiques, le nouvel attelage gouvernemental n’ouvre pas une nouvelle ère : les mots « climat » et « biodiversité » sont toujours absents des attributions des différents portefeuilles de l’exécutif, dans une trajectoire singulière qui place une fois de plus la France en retard par rapport à certains voisins européens.

En Allemagne, le n° 2 du gouvernement, le vice-chancelier Robert Habeck (Verts), est ministre de l’économie et de la protection du climat. Même topo en Suède, où la n° 2 est ministre du climat et de l’environnement (Åsa Romson, Verts). Le gouvernement danois a un ministre du climat, de l’énergie et de l’approvisionnement (Dan Jørgensen, social-démocrate), tout comme le gouvernement néerlandais qui compte un ministre du climat et de l’énergie (Rob Jetten, libéral), en plus d’un ministère de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire et d’un ministère de la nature et de la qualité de l’air.

Bref, des intitulés qui nomment les sujets, premier pas nécessaire à la construction d’une politique publique.

Même les institutions européennes font mieux que Paris. À la Commission, où l’agenda politique est orienté depuis fin 2019 vers une série de nouvelles réglementations en faveur d’une limitation des désastres écologiques en cours, le n° 2 de l’exécutif européen, Frans Timmermans (parti social-démocrate européen), est chargé de l’action pour le climat.

Des défis accentués

Les défis qui nécessitent de déployer une politique de rupture pour contrer les urgences écologiques et climatiques se sont pourtant accentués depuis la réélection d’Emmanuel Macron.

Sur tous ces sujets, les semaines qui ont précédé le remaniement ont montré qu’il n’y avait pas d’infléchissement politique. Au contraire. Dans le secteur agricole, c’est même le statu quo, comme si celui-ci n’était pas émetteur de gaz à effet de serre, comme si son utilisation massive de produits chimiques n’était pas responsable de l’effondrement de la biodiversité.

Maintenu à son poste à l’agriculture dans le remaniement, Marc Fesneau a en effet confirmé, en fin de semaine dernière, des orientations conservatrices pour la déclinaison française de la politique agricole commune (PAC). La copie de son prédécesseur pour ce « plan stratégique national » (PSN) avait été retoquée en avril par la Commission européenne pour non-conformité avec les objectifs environnementaux fixés par Bruxelles.

Alors que la planification écologique est la pierre angulaire de ce gouvernement, le dernier arbitrage sur le plan stratégique national montre que le gouvernement n’est pas à la hauteur des défis.

Mathieu Courgeau, plateforme « Pour une autre PAC »

À un aggiornamento près, la nouvelle version reste dans les rails de la première. Si certaines pratiques comme l’agriculture biologique, la plantation de haies, ou l’installation de jeunes en agriculture ont obtenu une allocation légèrement plus importante de l’argent européen, l’ensemble ne donne à voir aucune planification en faveur d’une transition à grande échelle vers une agriculture plus respectueuse des écosystèmes et de la santé humaine.

Dans les détails, elle continue en outre d’accorder un important financement public à des pratiques de greenwashing comme le label HVE (« Haute valeur environnementale ») ou encore à la monoculture de maïs, deux sujets pourtant unanimement combattus par les associations environnementales.

« Alors que la planification écologique est la pierre angulaire de ce gouvernement, le dernier arbitrage sur le PSN montre que le gouvernement n’est pas à la hauteur des défis », dénonçait vendredi au cours d’une conférence de presse Mathieu Courgeau, président de la plateforme « Pour une autre PAC ».

L’agriculture pèse pourtant 19 % dans les émissions françaises de gaz à effet de serre et le Haut Conseil pour le climat l’a pointée, avec les transports, comme étant les deux secteurs à la traîne dans la nécessaire transition du pays. La baisse des émissions « est récente et reste à confirmer pour les transports et l’agriculture », pouvait-on lire dans son rapport annuel publié la semaine dernière.

Les secteurs clefs des transports et du logement

L’organisme indépendant créé en 2019 sous l’impulsion d’Emmanuel Macron souligne que le rythme annuel de réduction des émissions de la France devra en réalité doubler ces huit prochaines années et appelle à « un sursaut de l’action climatique en France ».

Les politiques d’adaptation aux dérèglements climatiques de l’Hexagone « manquent d’objectifs stratégiques, de moyens et de suivi », écrit encore le Haut Conseil pour le climat, avertissant qu’« en l’état, la France n’est pas prête à faire face aux évolutions climatiques à venir ».

À cette inaction climatique pour laquelle l’État français a déjà été condamné deux fois en 2021, s’ajoute un contexte énergétique délétère en raison de la guerre en Ukraine. Le bras de fer entre Poutine et l’Union européenne s’étant intensifié, la France ne reçoit plus un seul mètre cube de gaz russe par pipeline depuis quelques jours.

Face à cette menace d’approvisionnement en gaz, l’État prévoit le potentiel redémarrage de la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle) et a eu recours à des importations massives depuis les États-Unis de gaz naturel liquéfié (GNL), à l’impact extrêmement néfaste pour le climat et l’empreinte carbone de la France. Deux mesures qui risquent très fortement de faire déraper la trajectoire climatique de la France.

Le remaniement fait toutefois réapparaître, sous la tutelle de Christophe Béchu, les secteurs du transport et du logement – tous deux sans ministère lors de la nomination du premier gouvernement Borne –, avec Clément Beaune aux Transports et Olivier Klein à la Ville et au Logement. Deux secteurs où les enjeux sont colossaux en matière de transition écologique.

Les transports sont en effet le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France (31 % des émissions), et le prix du carburant n’a jamais été aussi haut. Or, jusqu’ici, les investissements dans le ferroviaire ne sont pas à la hauteur des engagements climatiques de la France. Loin des grandes villes, pourtant, c’est à une petite révolution que devrait se préparer le nouvel exécutif, en lien avec les collectivités territoriales, pour redéployer les transports en commun.

Côté logement, le chantier est également considérable. Emmanuel Macron a promis de rénover 700 000 logements par an durant ce quinquennat, mais ce sont 12 millions de précaires énergétiques que compte le pays, dans un contexte de prix élevés du gaz et de l’électricité pour l’hiver prochain.

Le dispositif MaPrimeRénov’, mis en place en 2020 pour aider les gens à isoler leur habitat, a pour l’instant surtout servi à subventionner de petits gestes, telle la pose de double vitrage, qui n’améliorent pas assez le bilan carbone des bâtiments. Résultat : l’an dernier, selon la Cour des comptes, seuls 2 500 logements sont sortis du statut de passoire thermique, au lieu des 80 000 prévus.

En dépit d’un premier démarrage raté sur l’agriculture, le gouvernement a deux dates pour convaincre de son ambition écologique pour ce nouveau quinquennat. La première, c’est le débat budgétaire cet automne. Emmanuel Macron s’est engagé à investir chaque année 10 milliards d’euros de plus pour la rénovation, la mobilité bas carbone ou encore accompagner la transition écologique de l’agriculture.

La seconde, c’est la loi de programmation énergie-climat prévue pour mi-2023. Ce grand texte doit rehausser l’ambition climatique du pays et devra rapidement se traduire en mesures concrètes pour enclencher une réelle transition écologique. Sans compter les nombreux dossiers européens, comme la révision de la règlementation sur les pesticides, sur lesquels Paris s’est jusqu’à présent montré parmi les plus rétrogrades.

Gageons que la nouvelle architecture gouvernementale nous surprenne.

Mickaël Correia et Amélie Poinssot, MP

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