Sélectionner une page

En Afghanistan, la guerre contre les femme

Mariages forcés, interdiction à l’accès à l’éducation secondaire, liberté de circulation entravée… Les femmes sont les premières victimes du retour des fondamentalistes au pouvoir à Kaboul. Nos reporters sont allés à leur rencontre.

Elles ont les yeux candides et implorants des enfants dont la vie va basculer. Elles n’ont que 8 ou 5 ans, parfois à peine 3, et elles savent confusément que leur enfance est déjà sacrifiée. Mariées de force par leurs parents pour quelques centaines d’euros, ces petites Afghanes au regard poignant incarnent la tragédie de tout un pays, subissant le double joug de la misère et du drame d’être née fille.

Dans un Afghanistan ravagé par des années de guerre et de sécheresse, qui vit à nouveau sous la chape de plomb des talibans, les mariages forcés ont explosé ces derniers mois, comme en témoignent nos envoyées spéciales dans un reportage proprement hallucinant. C’est un véritable fléau social alimenté par la catastrophe humanitaire que connaît le pays, et que les talibans voudraient absolument cacher aux yeux du monde. C’est aussi le symbole de la régression inouïe que subissent aujourd’hui les femmes afghanes, victimes du pire recul de leurs droits et libertés depuis des décennies.

Il y a un an, le monde assistait, médusé, à la débandade des forces américaines, qui mettaient fin piteusement à plus de vingt ans de présence occidentale en Afghanistan. Dans le sillage des forces alliées, qui avaient chassé du pouvoir le premier régime taliban après les attentats du 11-Septembre, s’effondrait alors l’ancien gouvernement d’Ashraf Ghani. Les talibans reprenaient Kaboul en triomphant et mettaient fin aux efforts d’éducation et d’émancipation des femmes. Pourtant devenues indispensables à la reconstruction du pays, ce sont elles qui, sans surprise, ont payé le plus lourd tribut lors du retour des islamistes. Leur patriarcat féroce et rétrograde a balayé en quelques mois les progrès qui avaient été accomplis ces deux dernières décennies.

Une politique cruelle et immorale

Les « nouveaux » talibans, qui ont voulu faussement faire croire qu’ils avaient changé, n’ont toujours qu’une seule obsession : l’application de la charia, l’instauration de l’ordre moral le plus strict et l’effacement des femmes de l’espace public. Les derniers espoirs de normalisation du régime se sont ainsi envolés en mars de cette année, au moment où ils ont refusé de rouvrir l’enseignement secondaire aux filles – on se souvient des images choquantes de fillettes de Kaboul, en larmes, obligées de rebrousser chemin devant les portes closes de leurs écoles.

Cécile Prieur

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *