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Les opposants de Modi dénoncent la dérive de l’Inde vers une dictature

Le Congrès, principal parti de l’opposition, a été interdit de manifester contre l’inflation et le chômage et subit l’assaut des agences gouvernementales d’enquête.

Des policiers arrêtent le député Rahul Gandhi pendant une manifestation, à New Delhi, le 5 août 2022.

La démocratie indienne s’affaiblit chaque jour davantage. Le gouvernement de Narendra Modi vient d’en fournir une nouvelle illustration, vendredi 5 août, en arrêtant les chefs de file de l’opposition qui entendaient protester pacifiquement à travers tout le pays pour dénoncer, dans la rue, la flambée des prix, le chômage, et l’augmentation des taxes sur les produits essentiels, après avoir été empêchés de soulever ces questions au Parlement.

Plusieurs députés du Congrès, qui portaient à l’unisson des chemises noires, dont son leader, Rahul Gandhi, et sa sœur Priyanka, ont été embarqués par la police à New Delhi. Au total, soixante-cinq parlementaires ont été détenus pendant six heures. Pour stopper leur marche, le gouvernement avait imposé l’article 144 du code de procédure pénale qui interdit tout rassemblement de cinq personnes ou plus, ainsi que la tenue de réunions publiques.

« Nous sommes ici pour soulever la question de la hausse des prix. Notre travail consiste à résister à ces forces, à faire en sorte que la démocratie en Inde soit protégée, à soulever les problèmes des gens. C’est ce que nous faisons », a affirmé Rahul Gandhi, lors de son interpellation. Sa sœur, secrétaire générale du Congrès, a été traînée de force par la police dans un véhicule de la sécurité. « Pour le premier ministre, a-t-elle eu le temps de déclarer, il n’y a pas d’inflation. Il a donné les richesses du pays à quelques personnes, ils ont beaucoup d’argent, ils ne peuvent pas voir la hausse des prix. Mais l’homme du peuple souffre. La farine, le riz, le gaz de cuisine, tout est devenu cher. »

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Le jour même, la Banque de réserve de l’Inde a fait écho aux inquiétudes des manifestants, estimant que l’inflation de détail se situe au-dessus « du seuil de tolérance » supérieur de 6 % pendant six mois consécutifs, jusqu’en juin. L’indicateur de la hausse des prix avait atteint son plus haut niveau en huit ans, à 7,79 %, en avril. Le sous-continent est également confronté à une grave crise de l’emploi. Les données de la société de recherche privée Centre for Monitoring Indian Economy montrent que le chômage a augmenté à 7,8 % en juin, contre 7,1 % le mois précédent, avec un taux de 43,7 % dans la tranche d’âge 20-24 ans.

« Signal particulièrement sombre »

A l’occasion de la cession de mousson, qui a débuté le 18 juillet, l’opposition avait demandé un débat au Parlement sur ces questions de la cherté de la vie, du chômage et la gouvernance. Pour toute réponse, vingt-trois députés de la chambre haute et quatre députés de la chambre basse, représentant différents partis d’opposition, avaient été suspendus par les deux présidents.

Peu avant le départ du « Black friday », Rahul Gandhi, le principal adversaire de Modi qui avait en vain défié le nationaliste hindou lors des élections législatives en 2014 et 2019, a dénoncé devant la presse les dérives du régime. « L’Inde est témoin de la mort de la démocratie, a assuré l’arrière-petit-fils de Jawaharlal Nehru et petit-fils d’Indira Gandhi. Ce que le pays a construit brique par brique, en commençant il y a presque un siècle, est en train d’être détruit sous vos yeux. Aujourd’hui, il n’y a pas de démocratie en Inde, mais une dictature de quatre personnes. »

Lui et sa mère, Sonia, présidente du Congrès, font l’objet depuis le mois de juin de poursuites acharnées de la part de l’agence gouvernementale de répression des fraudes, l’Enforcement Directorate, qui soupçonne les dirigeants du parti de détournement de fonds, en lien avec le National Herald, un quotidien fondé en 1938 par Jawaharlal Nehru, premier dirigeant de l’indépendance. Rahul Gandhi a été interrogé durant vingt-sept heures, du 13 au 15 juin, suivi par sa mère. Des perquisitions ont eu lieu le 2 août, dans les locaux du journal et une dizaine de sites du parti.

Pour le Congrès, le gouvernement utilise l’Enforcement Directorate à des fins politiques et punitives. Le parti, malgré ses échecs électoraux cuisants, reste le seul véritable opposant à Narendra Modi et s’élève à la fois contre la politique économique et sociale des nationalistes hindous mais aussi contre leur stratégie d’extrême division des communautés et leur projet idéologique de faire de l’Inde une nation hindoue. Le Congrès n’est cependant pas le seul dans le viseur.

Perquisitions multipliées

Créé en 1956 et censé prévenir les infractions économiques, les crimes financiers comme le blanchiment d’argent, l’Enforcement Directorate dispose de pouvoirs exceptionnels et peut déclencher des enquêtes sans dépôt de plainte préalable, arrêter un présumé accusé, notamment des hommes politiques et des fonctionnaires sans notification préalable, convoquer sans raison spécifique et sans l’autorisation d’une quelconque autorité.

Le gouvernement, interrogé devant le Parlement, a reconnu que les perquisitions menées par l’Enforcement Directorate entre 2014 (date de l’avènement de Modi) et 2022 avaient été multipliées par vingt-sept par rapport aux perquisitions menées entre 2004 et 2014 – le nombre de descentes de l’agence s’élevait alors à 114, tandis qu’entre 2014 et 2022, en l’espace de huit ans seulement, il est passé à 3 010.

D’autres agences gouvernementales comme l’agence nationale d’investigation (National Investigation Agency), le bureau central d’enquête (Central Bureau of Investigation) ou l’agence nationale des stupéfiants (Narcotics Control Bureau) sont également soupçonnées d’être instrumentalisées par le pouvoir pour neutraliser des adversaires politiques ou des personnalités du monde intellectuel ou culturel jugés trop critiques.

Les principaux médias indépendants et les grandes ONG internationales ont fait l’objet ces dernières années de raids. Le 9 juillet, la branche locale d’Amnesty International, qui avait jeté l’éponge en 2020, s’est vu infliger une amende de près de 6,5 millions de dollars (environ 6,3 millions d’euros) pour non-respect de la réglementation sur les dons en provenance de l’étranger, après une enquête de l’Enforcement Directorate.

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