Ciné -débat mensuel par « Ecologie au quotidien »
Le film “La part des autres” ( 1.20 heure ) ce vendredi 4 novembre 2022 à 20 heures, salle communautaire du Palais Social de Die, 3 place de l’évêché.
Comme tous les 1er vendredi du mois, depuis 4 ans, Ecologie au Quotidien et Mediascitoyensdiois vous proposent un film dialogue ouvert à toutes et tous ( en participation libre et consciente ).( 1.20 heure de film et 1 heure de dialogue ensemble ! ) . Avec les associations concernées par ce sujet.
Ecrit et réalisé par Jean-Baptiste Delpias et Olivier Payage dans le cadre du projet Accessible, le film “La part des autres” pose un regard sur l’appauvrissement tant des producteurs que des consommateurs et interroge les conditions d’un accès digne pour tous à une alimentation de qualité et durable. Il est un outil pour animer le débat.
Les pieds dans les champs céréaliers de Quentin ou la garrigue de Nathalie, au détour d’une discussion sur la bonne nourriture avec David, dans le quartier de Keredern à Brest ou auprès des bénévoles et dans les files d’attentes de l’aide alimentaire, La Part des autres pose le regard sur une multitude de situations vécues. Ces situations réunies permettent de questionner le système agricole dans son ensemble, jusqu’à imaginer une sécurité sociale de l’alimentation…
Ecologie au Quotidien défend une « sécurité sociale de l’alimentation pour tous »
Depuis 2 ans de maturation et une proposition lors de « Rencontres de Die et de la Biovallée » , l’Association » Écologie au Quotidien » lance à Die la « Sécurité sociale de l’alimentation »…
Films , débats, expositions, marchés tous les mardis, échanges de plants et de semences, Repas de quartier, plantations de fruitiers ( 5000 à ce jour sur 110 lieus différents), ateliers pratiques, visites de fermes, ouverture des jardins privés et partagés, familiaux et ouvriers, création de mares pédagogiques, carte de sécurité sociale alimentaire de 150 €, préservation des terres vivrières, aides aux apprentis jardiniers, entraide sur matériel agricole, création de Haies bocagères et apicoles, mutualisation d’espaces et de matériaux, recyclage d’invendus, ateliers de conserverie et stockage des céréales, retouvrance des gestes paysans, cultures sans eau, autonomie alimentaire familiale, apprentissage de cuisine locale, etc… Pour une alimentation de qualité, de saison, locale, bio et à un coût conscient et consciencieux…
Alors que le chèque alimentaire a été abandonné par le gouvernement, plusieurs initiatives soutiennent un projet d’allocation universelle permettant à chacun d’avoir accès à des produits alimentaires conventionnés, via des caisses locales gérées démocratiquement.
« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. » Tel est l’esprit du projet Soli’doume, lancé au printemps dernier par l’Association pour le développement des monnaies locales dans le Puy-de-Dôme. Les volontaires – une vingtaine de personnes au départ – cotisent chaque mois entre 20 et 70 euros, selon leur choix.
Tous reçoivent ensuite la moyenne du total en monnaie locale (environ 40 puis 45 doumes les premiers mois équivalant au même montant en euros) à dépenser dans les quelque 150 commerces alimentaires locaux adhérents à la doume.
En Provence, Les paniers marseillais, un réseau d’associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap), ont lancé avec le Secours populaire des « paniers bio solidaires ». Des familles inscrites à l’aide alimentaire, demandeuses de légumes frais et équipées pour cuisiner, peuvent intégrer une Amap et se fournir d’un panier de légumes hebdomadaire pour 3 euros au lieu de 17.
Tarifs accessibles
« C’est une initiative doublement solidaire car elle permet aussi de soutenir les maraîchers », souligne Sylvia Amar, membre du conseil d’administration du réseau. Initié en 2018 dans le 14e arrondissement de Marseille, le dispositif profite aujourd’hui à 110 familles dans différentes Amap de Provence. Il mobilise un budget de 130 000 euros composé principalement de subventions publiques mais aussi du soutien de mécènes privés et de dons recueillis via une campagne annuelle de financement participatif.
A Dieulefit, dans la Drôme, Camille Perrin, élue à l’alimentation, et Mathieu Yon, maraîcher récemment installé sur la commune, ont créé l’automne dernier un marché hebdomadaire dans un quartier mêlant pavillons et HLM. L’agriculteur a été rejoint par un producteur de pain et un autre de pommes et, depuis la reprise au printemps, par une productrice de fromages de chèvre et une autre de desserts lactés, miel et œufs.
En entrant sur le marché, les clients choisissent une bille de couleur. Elle sert à indiquer en caisse s’ils souhaitent voir appliquer le tarif « juste », permettant au producteur de couvrir ses coûts et de se rémunérer, le tarif « accessible », soit 65 % du premier, ou le tarif « solidaire » en représentant 125 %.
En fin de marché, les producteurs calculent ce qu’ils auraient gagné en vendant tout à prix juste. L’éventuel excédent est reversé dans une caisse servant à compenser les déficits d’autres fois. Au printemps, un autre point de vente a ouvert dans un village voisin.
Projet collectif
Toutes ces initiatives s’inscrivent dans un projet plus large de réflexion et d’expérimentation autour de la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation (SSA). Son objectif : permettre à tous l’accès à une alimentation de qualité et la transformation du système alimentaire en attribuant à chacun une allocation de 150 euros par mois, utilisables chez des professionnels (producteurs, commerces) conventionnés.
Cette idée est le fruit de travaux engagés depuis plusieurs années par un collectif d’acteurs : Ingénieurs sans frontières-Agrista, le collectif de chercheurs Démocratie alimentaire, des structures du milieu agricole (Confédération paysanne, L’atelier paysan, réseau des Civam), de l’éducation populaire (Réseau salariat, L’ardeur) mais aussi la mutuelle Mutuale, l’Union nationale des associations familiales et l’association de groupements d’achats Vrac. Leurs échanges ont permis de définir trois piliers au projet.
« Le projet de SSA est en rupture avec le modèle social-libéral de lutte contre la précarité alimentaire qui passe par l’idée de philanthropie, de soutien aux personnes en difficulté, au service du système productiviste » – Dominique Paturel, Inrae
La SSA serait d’abord universelle, contrairement au chèque alimentaire, une aide d’urgence ciblée sur les foyers les plus démunis, finalement abandonné par le gouvernement. « Trop compliqué à mettre en œuvre », a jugé le ministre de l’Economie qui lui a préféré un chèque inflation de 100 euros versé dès le 15 septembre aux foyers les plus modestes.
La SSA serait également une alternative au modèle actuel de l’aide alimentaire, destinée aux plus pauvres, qui repose notamment sur les surplus de la grande distribution et des industriels, et qui est jugé stigmatisant.
« Faire ses courses au marché avec un petit budget, c’est être comme tout le monde et anonyme dans son choix de tarif. On ne vient pas dans une structure dédiée et ça change tout », illustre Camille Perrin, en citant les travaux de l’anthropologue Bénédicte Bonzi sur les violences associées aux dons alimentaires.
« Le projet de SSA est en rupture avec le modèle social-libéral de lutte contre la précarité alimentaire qui passe par l’idée de philanthropie, de soutien aux personnes en difficulté, au service du système productiviste », explique Dominique Paturel, chercheuse en sciences de gestion à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et membre du collectif Démocratie alimentaire. Le financement de cette SSA serait assuré via des cotisations et non par un impôt, afin qu’elle dispose d’un budget propre, en dehors des caisses de l’Etat.
Inspiré des débuts de la Sécu
Enfin, le collectif défend l’idée d’une gestion démocratique des critères de conventionnement qui permettront de modifier l’offre alimentaire en choisissant les acteurs vers qui seront orientées les dépenses des allocataires. Il s’inspire du fonctionnement des Caisses primaires de Sécurité sociale entre 1947 et 1967 lorsqu’elles étaient gérées collectivement. Pour travailler cet aspect, l’association d’éducation populaire Au maquis et ses partenaires ont lancé une expérimentation à Cadenet, dans le Lubéron.
Depuis février, un comité local de l’alimentation, constitué de citoyens volontaires recrutés dans la rue, à la sortie des écoles, des grandes surfaces et des épiceries solidaires, se réunit pour des échanges et débats avec des experts autour des systèmes alimentaires, du fonctionnement de la Sécurité sociale et de la démocratie participative. Une fois une connaissance commune construite sur ces sujets, les participants devraient, dans les prochaines semaines, commencer à réfléchir ensemble aux critères de conventionnement d’une caisse locale de l’alimentation.
La sécurité sociale alimentaire ne pourra fonctionner sans une réelle implication citoyenne
Comme les autres, cette initiative permet de nourrir la réflexion collective sur le projet. Car de nombreuses questions restent à trancher. Quelle assiette et quel taux pour les cotisations ? Quelles modalités de constitution des caisses locales ? Comment y associer les producteurs et s’assurer d’y intégrer les publics souvent exclus des instances délibératives ?
Les actions locales permettent aussi de sensibiliser au projet global. « Le marché est un formidable outil d’éducation populaire. On sait bien que ce n’est pas ce modèle qui va se diffuser. Mais en attendant d’avoir le système de SSA et de cotisations, on fait notre part de pédagogie », résume Camille Perrin. C’est une étape nécessaire, juge-t-elle.
Le projet, qui suppose l’adoption d’une loi, a pour le moment reçu un petit écho politique. La Nupes mentionne dans son programme la volonté « d’expérimenter une garantie universelle d’accès à des aliments choisis comme premier jalon d’une « sécurité sociale de l’alimentation » ».
Au-delà d’une majorité politique nécessaire pour qu’une telle mesure advienne, la SSA ne pourra fonctionner sans une réelle implication citoyenne. « On parle d’un changement de paradigme, souligne Eric Gauthier, de l’association Au maquis. Il faut d’abord que les gens s’approprient les questionnements et le projet. »
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