« Il est temps de faire confiance à nos territoires pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables »
Alors que le projet de loi sur les énergies renouvelables est en débat à l’Assemblée nationale, plus de 160 élus locaux, parmi lesquels Renaud Muselier, Marie-Pierre Vedrenne et François Rebsamen, appellent, dans une tribune au « Monde », à « sortir du jacobinisme archaïque et inadapté » et à mettre « les collectivités au centre des décisions ».
Inondations, mégafeux, sécheresses : l’été dernier, nos territoires ont fait face aux conséquences dramatiques du changement climatique. Face à ces dérèglements, face à l’urgence, notre ambition collective est claire : atteindre la neutralité carbone le plus rapidement possible.
Ce combat pour l’environnement, c’est aussi un combat pour notre indépendance. Car aujourd’hui, notre pays reste dépendant aux deux tiers des énergies fossiles dans sa consommation d’énergie finale. Le gaz, le fioul et le carburant restent encore en grande partie inévitables pour nous déplacer ou pour nous chauffer.
Nous devons mener le combat des énergies décarbonées contre les énergies fossiles. Pour cela, et pour sortir de notre dépendance, nous avons besoin des énergies renouvelables. De toutes les énergies renouvelables. Pourtant, force est de constater que notre pays est en retard.
En retard sur les objectifs que nous nous étions fixés dans la précédente programmation pluriannuelle de l’énergie de 2020. En retard également vis-à-vis de nos partenaires européens. En retard, enfin, face à l’urgence des crises climatique et énergétique que nous traversons.
Une opportunité inédite
Dans ce contexte, l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi du gouvernement pour l’accélération des énergies renouvelables apparaît comme une opportunité inédite pour agir, ensemble : Etat, parlementaires, élus locaux et acteurs industriels.
Il est temps que l’Etat mette des moyens ambitieux pour accompagner le déploiement des énergies renouvelables dans tous nos territoires.
Il est temps que, comme cela leur a été demandé, les préfets et les services déconcentrés de l’Etat accélèrent l’instruction des projets.
Il est temps de prendre des mesures pour que la France cesse d’être l’un des pays les plus lents pour faire aboutir un projet. Comment pouvons-nous accepter qu’il nous faille souvent le double du temps de nos voisins – cinq ans pour construire un parc solaire nécessitant quelques mois de travaux et dix ans pour un parc éolien en mer ?
Nos délaissés réseaux routiers et ferroviaires
Il est temps d’exploiter les zones adaptées de nos territoires, en permettant, par exemple, le déploiement du photovoltaïque sur nos friches en zone littorale ou sur nos délaissés réseaux routiers et ferroviaires, qui sont déjà artificialisés et constituent donc de vraies opportunités.
Il est temps de reprendre la main sur notre souveraineté énergétique, en bâtissant des filières fortes dans les énergies renouvelables, en maîtrisant l’ensemble de la chaîne de la valeur sur le sol français et européen, et en créant de nouveaux emplois dans tous nos territoires.
Il est temps de permettre aux territoires de devenir parties prenantes des projets renouvelables, notamment avec le développement des contrats d’approvisionnement de long terme. Ce nouveau modèle de financement permettra l’émergence de véritables « circuits courts de l’énergie » au service de l’attractivité et de la compétitivité de nos territoires.
Il est temps de tracer les contours d’une véritable planification qui mettrait les collectivités au centre des décisions, afin que nous puissions définir les zones d’accélération pour des projets d’énergies renouvelables. Nous devons sortir du jacobinisme archaïque et inadapté, en bâtissant un nouveau pacte territorial autour d’élus locaux qui prennent leurs responsabilités et définissent les zones d’implantation les plus adaptées, d’un Etat « facilitateur » et de porteurs de projet qui jouent le jeu à nos côtés.
Une grande mobilisation
Il est temps que la valeur créée par les énergies renouvelables, désormais compétitives, soit équitablement répartie et partagée avec les territoires qui portent la responsabilité de leur déploiement. En somme, que chacun fasse sa part de l’effort et que chacun bénéficie de ses réalisations.
Il est donc temps, enfin, de faire confiance à nos territoires. Faisons d’eux un atout au service de notre politique énergétique. Cette grande mobilisation sera la clé pour disposer dans notre pays d’une énergie disponible, décarbonée et abordable.
Oui, il est temps. Pour le climat, pour notre indépendance, pour notre futur énergétique et celui de nos enfants.
Nous, élus locaux, de communes et de partis différents, en appelons au gouvernement et aux députés pour que l’intelligence collective triomphe comme elle a triomphé au Sénat, où le projet de loi d’accélération des énergies renouvelables a été adopté à la quasi-unanimité.
Il est temps d’être à la hauteur de l’urgence !
Liste des premiers signataires : Gil Avérous, maire de Châteauroux, président de Châteauroux Métropole, vice-président du département de l’Indre et président de Villes de France ; Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France, maire de Barentin, président de la communauté de communes Caux-Austreberthe et conseiller départemental de Seine-Maritime ; Hubert Falco, maire de Toulon (Var), président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée et ancien ministre ; Nadège Havet, sénatrice du Finistère et conseillère municipale de Saint-Pabu ; Martine Joly, maire de Bar-le-Duc et président de la communauté d’agglomération Meuse Grand Sud ; Frédéric Leturque, maire d’Arras (Pas-de-Calais), président de la communauté urbaine d’Arras et président de l’AMF 62 ; Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, président délégué de Régions de France et ancien ministre ; Arnaud Péricard, maire de Saint-Germain-en-Laye, vice-président de la communauté d’agglomération de Saint-Germain Boucles de Seine et conseiller départemental des Yvelines ; François Rebsamen, maire de Dijon (Côte-d’Or), président de Dijon Métropole et ancien ministre ; Olivier Richefou, président du conseil départemental de la Mayenne ; Jean Rottner, président du conseil régional du Grand-Est et premier adjoint au maire de Mulhouse (Haut-Rhin) ; Alain Rousset, président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine ; Marie-Pierre Vedrenne, députée européenne (Renew Europe) et conseillère régionale de Bretagne ; Patrice Vergriete, maire de Dunkerque (Nord) et président de la communauté urbaine de Dunkerque ; Louis Vogel, maire de Melun (Seine-et-Marne) et président de la communauté d’agglomération Melun-Val-de-Seine.
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