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Il n’y a pas d’épidémie de flemme en France 

Un récent sondage s’alarmait d’une « épidémie de flemme » dans notre pays. En réalité, il n’y a jamais eu autant de Français au travail depuis cinquante ans, et ils vont même devoir travailler un peu plus longtemps que leurs aînés durant leur vie, note Antoine Foucher.

« Les générations actuelles au travail sont les premières, depuis près d'un siècle, qui ne travaillent pas moins que leurs parents. »
« Les générations actuelles au travail sont les premières, depuis près d’un siècle, qui ne travaillent pas moins que leurs parents. »

Une récente étude très intéressante, comme souvent, de la Fondation Jean-Jaurès , identifie une « épidémie de flemme » touchant une grosse minorité de Français (30 à 45 % des sondés), qui s’exprimerait notamment dans le travail. On voudrait ici réfuter ce diagnostic, en le confrontant aux chiffres décrivant le travail réel en France, dans le temps et en comparaison internationale.

Commençons par ce fait massif : collectivement, les Français n’ont jamais été autant au travail depuis cinquante ans. Au troisième trimestre 2022, 68,3 % des personnes de 15 à 64 ans étaient en emploi, soit le taux le plus haut depuis qu’il est mesuré (1975). Certes, dira-t-on, il n’y a peut-être jamais eu autant de Français qui travaillent (ce qui relativise déjà fortement l’idée de flemme), mais les journées de travail sont plus courtes qu’auparavant !

La Fondation Jean Jaurès a cru identifier récemment une « épidémie de flemme » touchant une grosse minorité de Français (30 à 45% des sondés), qui s’exprimerait notamment dans le travail. C’est peut-être ce que disent les sondages, mais pas les faits. Et c’est ça qui est intéressant.

Commençons par ce fait massif : collectivement, les Français n’ont jamais été autant au travail depuis 50 ans. Au 3ème trimestre 2022, 68,3 % des personnes de 15 à 64 ans étaient en emploi, soit le taux le plus haut depuis qu’il est mesuré (1975). Certes, dira-t-on, mais les journées de travail sont plus courtes qu’avant ! Hé bien non : si la baisse de la durée annuelle du travail est une constante historique, elle s’est interrompue pour la première fois depuis 20 ans (durée stabilisée autour de 1600 heures). Autrement dit, les générations actuelles au travail sont les premières, depuis près d’un siècle, qui ne travaillent pas moins que leurs parents. Et ce qui est vrai de la durée annuelle du travail est vrai aussi de la durée du travail pendant la vie ; depuis 30 ans, il faut travailler non pas de moins de moins, mais de plus en plus, avant de partir à la retraite ( 37,5 années de cotisation jusqu’en 1993 à 41,5 annuités aujourd’hui et 43 en 2035).

Mais alors, s’il n’y a pas d’épidémie de flemme par rapport au passé, y-en-a-t-il une par rapport à nos voisins ? Si la durée du travail des salariés français à temps complet est l’une des plus faibles d’Europe (1680 heures annuelles contre plus de 1800 en moyenne), les Français travaillent moins à temps partiel que les Européens (18,3% contre 19,5%), avec des temps partiels plus longs (996 heures contre 960) et les indépendants travaillent plus que leurs homologues européens (près de 2300 heures contre un peu plus de 2200). Au total, les Français travaillent en moyenne 1618 heures par an, moins que les Européens (1717 heures) mais plus que les Allemands (1577 heures). Et même si nous travaillons moins que nos voisins sur la durée totale de la vie active, il n’y a rien de neuf ou de flagrant permettant d’y voir une nouvelle flemme française au travail.

Ce qui est intéressant, c’est donc la contradiction apparente entre ce que les Français disent dans les sondages (démotivation et relativisation du travail) et font dans la vraie vie (davantage au travail que par le passé). Tentons une interprétation : les Français ne désinvestissent pas le travail, ils deviennent beaucoup plus exigeants sur son sens. Car s’il n’y a plus ni vie après la mort ni société sans classe au bout de l’histoire, que reste-t-il pour donner un sens à sa vie en collectivité ? Le travail, mais au service du bien commun. Voilà pourquoi nous n’avons jamais été aussi nombreux au travail depuis longtemps, et pourquoi, en même temps, jamais autant d’entre nous ne se sont sentis démotivés au travail. 

Antoine Foucher, président de Qintet

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