Crise énergétique, «Mille milliards de dollars» : jamais les énergies fossiles toxiques n’ont été autant subventionnées
Hausse des prix, risque de pénurie, rationnement, l’hiver s’annonce compliqué sur le plan de l’énergie. Suivez en direct les dernières informations à ce sujet en Suisse et dans le monde.
«Plus de mille milliards de dollars» : contraints de répondre dans l’urgence à la flambée des tarifs de l’énergie, les Etats n’ont jamais autant subventionné la consommation des énergies fossiles qu’en 2022, alors que la crise climatique exigerait l’inverse, a déploré jeudi l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Face à la déstabilisation des marchés de l’énergie provoquée par la guerre en Ukraine et des prix «extraordinairement élevés et volatils», les gouvernements ont préféré protéger les consommateurs et les entreprises, observe l’agence.
«Certaines de ces mesures peuvent être défendues comme (étant) nécessaires politiquement et socialement (…) mais l’ampleur de ces interventions est un signe inquiétant pour la transition énergétique», a-t-elle ajouté.
Outre un fardeau «significatif» sur les finances publiques, «ces dépenses font courir le risque de diminuer l’incitation à utiliser l’énergie efficacement ou à basculer vers des énergies propres», regrette encore l’AIE.
Au total, «les subventions aux énergies fossiles ont doublé par rapport à l’année précédente» et atteint «le record de tous les temps de mille milliards de dollars», selon l’AIE.

Ces aides se sont concentrées surtout dans les pays émergents et les économies en développement mais les économies avancées n’ont pas fait exception, notamment l’Europe où les dépenses exceptionnelles allouées à la réduction des factures d’énergie en 2022 ont représenté environ 350 milliards de dollars.
Les subventions ont pris des formes variées : des prix administrés ou plafonnés, allègements de taxes, facilités de paiement ou interdictions de couper le gaz ou l’électricité en cas de non-paiement jusqu’à la recapitalisation d’entreprises, la suspension de dettes ou encore un soutien à des industries clés très énergivores, précise l’AIE.
Les aides à la consommation de gaz et d’électricité ont plus que doublé, et celles au pétrole ont augmenté d’environ 85%.
L’AIE invite à tirer des leçons pour l’avenir. «Les prix des énergies fossiles ne sont pas le meilleur moyen de conduire à la transition vers des énergies propres» car ils détournent l’attention et l’argent des pouvoirs publics, voire poussent dans certains cas à revenir à des usages plus polluants, comme l’abandon du gaz au profit du charbon pour faire tourner des centrales, souligne-t-elle.
«Il vaut mieux investir dans des changements structurels que dans des aides d’urgence», conclut l’agence. Elle recommande également de mieux calibrer les subventions pour cibler les plus pauvres, qui sont les plus affectés par les hausses de prix.
Pourquoi bouleverser un système qui marche ? Les parlementaires ont multiplié les interrogations jeudi sur le choix soudain du gouvernement de fondre l’IRSN, l’expert de la sûreté nucléaire, dans l’ASN, le gendarme du secteur, sur fond de relance d’un programme de réacteurs.
Le Parlement pourrait être appelé à se prononcer sur le sujet via un amendement au projet de loi d’accelération des constructions nucléaires. Un procédé «un peu cavalier», a commenté une sénatrice socialiste, alors que le Sénat a déjà examiné le projet, désormais attendu à l’Assemblée nationale en mars.
Nombre d’élus réunis spécialement par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques (OPECST) ont en tout cas exprimé leur surprise devant la décision de démanteler l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’expert de ces questions, annoncée le 8 février.
L’idée est d’en répartir les équipes notamment entre Autorité de surêté nucléaire (ASN) et Commissariat à l’énergie atomique (CEA), pour «fluidifier les processus d’examen».
S’exprimant publiquement pour la 1e fois, la direction de l’IRSN a mis en garde contre la «perte de compétence» qui en résulterait.

«Il s’agit d’éviter une perte de compétences en sûreté et radioprotection à court et moyen termes», au moment où le nombre de dossiers à suivre explose (nouveaux réacteurs, prolongement des anciens, enfouissement des déchets etc), a déclaré son directeur général, Jean-Christophe Niel.
«Cette nouvelle période suscite de fortes inquiétudes de la part des salariés de l’Institut (au nombre de 1.700, ndlr). Dans un marché de l’emploi tendu, je vais être très vigilant et préserver l’attractivité de nos missions».
Pour lui, il faudra en tout cas «assurer la séparation entre l’expert et le décideur, y compris dans une structure unique».
Alors pourquoi réformer? La question est revenue sans cesse.
«Dans le pays le plus nucléarisé au monde, le système de sûreté a prouvé son efficacité. Pourquoi le remettre en cause ? Est-ce trop coûteux? L’actualité liée au prolongement des centrales fait-elle qu’il faudrait aller plus vite et être moins regardant ? Je ne comprends pas», a résumé Angèle Préville (PS). Son collègue Modem Philippe Bolo s’»interroge sur les prétextes et motivations » de cette réorganisation.
À chaque grande étape de l’essor de l’atome en France, les moyens de l’organisme de contrôle ont été renforcés, a répondu l’ASN, favorable à l’intégration des experts en son sein.
«Le but n’est pas d’accélérer les procédures, mais dans une structure plus ramassée on peut fluidifier», a dit son président Bernard Doroszczuk.
«Bien commun»
Le responsable vise aussi une meilleure efficacité «en situation d’urgence »: «nous avons un système fractionné. En situation de crise, l’IRSN établit un diagnostic, livré à l’ASN qui lui est en contact avec le gouvernement. Ce n’est pas réaliste, il faut aller plus vite!»
Parmi les parties prenantes aux échanges les objections n’ont pas manqué.
Ainsi l’ex-président (UMP) de l’OPECST, Claude Birraux, pour qui cette réforme «paraît receler une méconnaissance grave de l’organisation de la sureté nucléaire».
«Tout le travail de ces années a été de séparer les fonctions expertise, recherche et régulation», a-t-il dit, alertant contre «un recul de 40 ans» et redoutant notamment le passage de la recherche sous le chapeau du seul CEA.
Même tonalité pour le président des CLI, qui représentent les riverains des centrales: Jean-Claude Delalonde «craint la fragilisation du socle d’une sûreté nucléaire qui est notre bien commun».
Concernant la dimension recherche, EDF, par la voix de son directeur RD, Bernard Salha, a estimé en revanche que «mobiliser préférentiellement le CEA (…) permet d’aller dans le bon sens».
Le patron de l’ASN a tenté de rassurer en assurant qu’»on conservera les meilleures choses de part et d’autre », relevant que son organime gère aussi déjà une part des expertises, toujours séparées du collège décisionnaire.
Invité à apporter sa distance de chercheur, l’historien du nucléaire Michael Mangeon a en tout cas invité à la prudence.
«À ce stade, j’aurai du mal à dire si la sûreté se retrouve renforcée ou non avec ce projet de réforme», a-t-il dit, relevant cependant que «démarrer un programme nucléaire sur un système en mutation, pas encore stabilisé, présente un risque en matière de sûreté».
Athènes et Sofia ont signé jeudi deux nouveaux accords énergétiques, sur la possibilité de stockage de gaz naturel et la construction d’un oléoduc, afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de Moscou, a indiqué le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.
Vu «la conjoncture géopolitique», la réponse est de «ne plus dépendre du carburant russe» et «diversifier à la fois les sources et les voies d’approvisionnement en énergie», a affirmé Kyriakos Mitsotakis après des entretiens avec le président bulgare Rumen Radev en visite à Athènes.
L’accord sur le partenariat entre les ministères de l’Énergie grec et bulgare vise à garantir «la sécurité de l’approvisionnement et du stockage du gaz», selon le chef de gouvernement grec.
Il a expliqué que «désormais, les entreprises grecques pourront stocker du gaz dans les installations de Chiren, dans le nord-ouest de la Bulgarie, tandis que les entreprises bulgares pourront utiliser Revithoussa, près d’Athènes, pour assurer leur sécurité énergétique».

Le second accord porte sur le projet de construction d’un nouvel oléoduc «reliant les deux ports d’Alexandroupolis en Grèce et de Burgas en Bulgarie» et doit offrir à ce dernier «des sources d’approvisionnement alternatives», «plus rapides et moins chères pour le transport du carburant que les tankers», selon Kyriakos Mitsotakis.
Ces accords interviennent sept mois après l’inauguration d’un gazoduc d’interconnexion entre les deux pays destiné à diversifier les sources d’approvisionnement de la Bulgarie, longtemps dépendante du gaz russe avant l’arrêt des livraisons de Gazprom en avril.
De son côté, le président bulgare a exprimé «sa gratitude sincère» pour la coopération énergétique bilatérale soulignant que «le réseau de transport du gaz a une importance particulière pour son pays».
Il s’est également félicité de «la densité des liaisons énergétiques» entre les deux pays sur fond de guerre en Ukraine, contribuant à changer «la carte énergétique» de l’Europe et à garantir «la stabilité» dans la région.
Jamais la France n’avait produit aussi peu d’électricité depuis 1992, mais le pays s’est montré «résilient» et a tenu le choc au coeur de l’hiver: le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a fait jeudi le bilan d’une année inédite, marquée par une production nucléaire et hydraulique historiquement faibles.
En pleine crise énergétique mondiale, alimentée par des craintes de rupture en gaz depuis la guerre en Ukraine et la fermeture des gazoducs russes, la France a dû également affronter en parallèle une crise électrique inédite en 2022.
La production totale d’électricité du pays s’est en effet effondrée à «son plus bas niveau depuis 1992», quand la France comptait neuf millions d’habitants en moins qu’aujourd’hui, «en raison de la faible production nucléaire et hydraulique», a indiqué RTE dans un communiqué. Par rapport à 2021, cette production totale a baissé de 15%.
Seulement 62,7% de l’électricité était d’origine nucléaire l’an dernier dans le pays, contre 69% en 2021 et plus de 70% auparavant en France, qui s’appuie sur son parc nucléaire pour fournir du courant depuis 50 ans.
L’exploitant EDF a en effet dû affronter une crise industrielle liée à la découverte de corrosion sur des tuyauteries cruciales pour la sûreté des centrales nucléaires. Le groupe a enclenché une vaste campagne de contrôle et réparation, de quoi perturber un programme de maintenance déjà retardé par le Covid. Résultat: en 2022, entre corrosion et arrêts programmés, la moitié de ses 56 réacteurs s’est parfois retrouvée à l’arrêt au même moment, menaçant le pays de coupures électriques en plein hiver.
Le parc nucléaire a eu un taux de disponibilité moyen de 54% sur l’année contre 73% en moyenne sur la période 2015-2019, a précisé RTE.
Dans l’absolu, jamais aussi peu de térawattheures d’origine nucléaire n’avaient été produits depuis 1988, avant la fin de la construction du parc nucléaire, soit une production de 279 TWh en 2022, bien loin de l’époque où la France en produisait 430 TWh comme en 2005.
Or la France ne pouvait pas non plus compter sur l’électricité de ses barrages, «en raison des conditions climatiques exceptionnellement chaudes et sèches», selon RTE. La production hydraulique a ainsi baissé de 20% par rapport à la moyenne 2014-2019.
Importatrice nette d’électricité
Malgré une crise énergétique sans précédent depuis le choc pétrolier des années 1970, «la France a montré sa résilience et sa sécurité d’approvisionnement a été garantie», a déclaré lors d’une conférence de presse Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE.
La France, comme ses voisins européens, a eu de la chance avec un hiver doux qui a retardé l’allumage des radiateurs. Particuliers et entreprises, appelés depuis octobre à la sobriété par le gouvernement, ont aussi volontairement réduit leur consommation.
Le pays a donc évité le scénario noir de coupures électriques au coeur de l’hiver, les importations d’électricité et la remontée du parc nucléaire dès l’automne réussissant à combler le manque.

Par rapport aux valeurs moyennes historiques (2014-2019), la consommation de l’année 2022 a reculé de 4,2% en 2022, une baisse essentiellement concentrée sur le dernier trimestre.
Comme la production a baissé plus que la consommation, la France a dû compenser cette fragilité de l’équilibre entre l’offre et la demande en faisant tourner ses centrales à gaz et en recourant à l’électricité de ses voisins, sans pouvoir autant exporter qu’auparavant.
Conséquence: la France, qui habituellement éclaire des millions d’Européens avec son énergie nucléaire abondante, est devenue importatrice nette d’électricité en 2022, une première depuis 1980 selon RTE.
Mais contrairement à des voisins européens, le pays n’a pas eu massivement recours au charbon qui n’a pesé qu’à hauteur de 0,6% dans la production électrique. «On peut affirmer que la sortie du charbon est quasiment effective en France», a souligné Maïté Jaureguy-Naudin, directrice statistiques et valorisation des données.
«L’électricité produite en France en 2022 est restée à 87% d’origine décarbonée, contre environ 91% sur la période 2014-2021», a aussi précisé RTE.
Les salariés du secteur de l’énergie, en grève contre le projet de réforme des retraites, étaient mobilisés jeudi dans de nombreux sites industriels, dans une forme de répétition générale avant de «mettre à l’arrêt» le pays, le 7 mars prochain.
Chez EDF, ils ont procédé dans la nuit de mercredi à jeudi à de nombreuses baisses de production d’électricité, d’un peu plus de 3.000 MW, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires, a-t-on appris auprès de la CGT et d’EDF.
Les unités de production nucléaires de Saint-Alban 2 (Isère), Tricastin 1 (Drôme), Gravelines 5 (Nord) ont été touchées par ces baisses de charge jusqu’en début de matinée, selon le site internet d’EDF, sans occasionner de coupures de courant pour les clients.
Certaines baisses étaient toujours en cours dans les unités de production nucléaire de Paluel 2 (Seine-maritime) et Flamanville 2 (Manche), ainsi qu’à la centrale thermique de Martigues (Bouches-du-Rhône).
«On a fait la démonstration qu’on pouvait être partout et donc on est prêt pour la France à l’arrêt» et la journée nationale d’action du 7 mars, a déclaré à l’AFP Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la branche énergie de la CGT.

Les grévistes, qui avaient rendu mercredi indisponibles pour le réseau de nombreuses centrales hydroélectriques, jusqu’à 4.000 MW selon la CGT, ont levé la plupart des piquets de grève dans la soirée.
«On n’est pas encore dans la tenue des piquets de grève 24 heures sur 24», a indiqué M. Coudour.
L’action au barrage de Grand’Maison (Isère), la plus puissante centrale hydroélectrique de France (1.800 MW), était cependant toujours en cours jeudi matin et devait se prolonger tout au long de la journée, selon la CGT.
À la centrale du Cheylas (Isère), les grévistes ont «non seulement coupé la production mais ils ont fait tourner la centrale en pompe pendant l’heure de pointe», a indiqué le syndicaliste. Ils ont ainsi pompé l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur et donc entraîné une consommation d’électricité, une opération effectuée habituellement lorsque la demande électrique est faible, ce qui n’était pas le cas lors de l’intervention des grévistes.
Côté gaz, huits sites de stockage de gaz de Storengy, filiale d’Engie, étaient jeudi le théâtre d’actions de barrages filtrants de la part des grévistes, notamment le très important stockage de Gournay-sur-Aronde (Oise), qui dessert toute la région des Hauts-de-France, dont les grévistes interdisent l’accès au site aux sociétés et prestataires chargés des opérations de maintenance.
Des actions de ce type étaient également menées dans les sites de stockages de Chémery (Loir-et-Cher), Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), Saint-Illiers-la-Ville, Beynes (Yvelines), Saint-Clair-sur-Epte (Val d’Oise), Germigny-sous-Coulombs (Seine-et-Marne) et Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), selon la CGT.
L’usine de conversion de l’uranium Orano Malvési, située sur la commune de Narbonne (Aude) était à l’arrêt depuis mercredi soir et ne devait reprendre son activité que vendredi matin, selon la CGT.
Les grévistes continuent par ailleurs à mener des actions type «Robin des bois», selon la CGT qui a fait état d’une «mise en gratuité» de la commune de Villerupt (Meurthe-et-Moselle), pour l’électricité.
La France n’avait en 2022 jamais produit aussi peu d’électricité depuis 1992, un record à la baisse qui s’explique en large partie par l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires d’EDF affectés par des problèmes de fissures, a annoncé jeudi le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE dans son bilan annuel.
«La production totale d’électricité se situe à son plus bas niveau depuis 1992, en raison de la faible production nucléaire et hydraulique», a indiqué RTE dans un communiqué.
Seulement 62,7% de l’électricité était d’origine nucléaire l’an dernier, contre 69% en 2021 et plus de 70% auparavant en France, qui s’appuie historiquement sur son parc nucléaire pour fournir du courant.

Dans l’absolu, jamais aussi peu de térawattheures d’origine nucléaire n’avaient été produits depuis 1988, avant la fin de la construction du parc nucléaire, soit une production de 279 TWh en 2022, bien loin de l’époque où la France en produisait 430 TWh comme en 2005.
Malgré une crise énergétique inédite depuis le choc pétrolier des années 1970, sur fond de tensions d’approvisionnements en lien avec la guerre en Ukraine, «la France a montré sa résilience et sa sécurité d’approvisionnement a été garantie», a déclaré lors d’une conférence de presse Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE.
La France a ainsi évité le scénario noir de coupures électriques au coeur de l’hiver, grâce à des importations d’électricité et à la remontée du parc nucléaire en fin d’année, combinées à une baisse de la consommation nationale d’électricité par les ménages et les entreprises.
Par rapport aux valeurs moyennes historiques (2014-2019), la consommation de l’année 2022 a reculé de 4,2% en 2022, une baisse essentiellement concentrée sur le dernier trimestre.
La situation des marchés du gaz était au coeur d’une réunion mercredi de quarante ministres ou responsables nationaux, qui ont soutenu la préparation d’»actions coordonnées», notamment pour permettre un prochain «remplissage organisé » des stocks en Europe et limiter les impacts de la crise du gaz sur le reste du monde, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Cette visioconférence, première réunion spéciale sur le gaz convoquée par l’AIE de l’histoire récente, a passé en revue les mesures pouvant limiter les effets de cette crise nourrie par l’invasion russe en Ukraine, et soutenir les pays affectés, explique l’AIE dans un communiqué.
Les pays représentés formaient environ la moitié de la demande gazière mondiale, de l’Australie à la Hongrie, la France, le Japon ou la Grande-Bretagne.

Leur «déclaration ministérielle» souligne notamment «la nécessité de coordonner les efforts destinés à atténuer le risque que la Russie se serve de l’énergie comme d’une arme de coercition politique».
«La communauté internationale a été capable de répondre promptement (…) mais les manipulations de la part d’acteurs mal intentionnés vont persister au-delà de cet hiver. Et nous avons une occasion de préparer des options en vue d’une réponse coordonnée», a dit la secrétaire américaine à l’Energie Jennifer Granholm, qui coprésidait la réunion.
Selon l’AIE, «des actions coordonnées sont en préparation pour soutenir une saison de remplissage des stocks de gaz organisée dans l’hémisphère Nord afin de renforcer la sécurité énergétique européenne et mondiale, améliorer l’accessibilité générale de l’énergie, minimiser les perturbations de l’approvisionnement, et favoriser des marchés transparents et compétitifs pour réduire (…) la volatilité des prix».
La crise du gaz n’est de fait pas terminée. «Des mesures de court terme, telles que les capacités ajoutées en gaz naturel liquéfié (GNL), ont détendu les tensions sur l’approvisionnement. Mais toute une série de facteurs font que l’incertitude devrait se prolonger sur 2023», prévient l’Agence, pour qui «l’hiver 2023-2024 sera probablement le vrai test».
La France aura besoin de financements très importants pour sa stratégie climatique et devra notamment «reprendre une trajectoire crédible de prix du carbone», prône le Conseil économique et social (CESE) dans un avis adopté mercredi.
Le pays aura besoin de quelque 70 milliards d’euros d’investissements climat supplémentaires par an d’ici 2030, selon cet organe consultatif de la société civile, qui reprend un chiffrage de l’organisme rattaché à la Première ministre France Stratégie.
Ces sommes doivent permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre des principaux secteurs émetteurs, avec par exemple la rénovation thermique des bâtiments, le développement du ferroviaire ou l’électrification des véhicules.
Le CESE formule quinze propositions pour financer la stratégie française pour l’économie et le climat (SFEC) par laquelle le pays veut atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’avis a été adopté mercredi avec 136 voix (aucune contre ni abstention).
Il préconise notamment de «redonner une trajectoire crédible» et «lisible» au prix du carbone en France. Le sujet est sensible car le mouvement des gilets jaunes avait conduit à geler la hausse de la composante carbone de la fiscalité des combustibles fossiles.
«C’est compliqué politiquement. Notre proposition n’est pas le retour d’une taxe carbone demain, mais de remettre ce sujet sur la table pour que ça puisse à moyen terme faire partie [de l’éventail] d’outils disponibles», explique à l’AFP le rapporteur de l’avis Julia Grimault, qui représente l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) au Cese.
Cela doit venir avec des «mesures d’accompagnement pour assurer l’accessibilité des ménages et TPE aux alternatives décarbonées», insiste le texte.
Le but est de «sortir de la dépendance aux fossiles», souligne Julia Grimault, «pas de faire une ressource fiscale supplémentaire mais de donner un signal-prix».
Autre idée: renforcer les investissements pour le climat au niveau européen, en les sortant si nécessaire des règles supposément contraignantes de Maastricht sur la dette, et avec un emprunt commun.
La Banque centrale européenne (BCE) pourrait pour sa part «proposer des taux d’intérêts différenciés pour les projets favorables à la transition», avance Julia Grimault.
L’avis suggère encore de «mettre en place une obligation de financement sur seuls fonds propres pour les nouveaux investissements fossiles». Cette obligation pesant sur les banques, accroissant les risques qu’elles prennent, doit les inciter à ne plus investir dans de nouveaux projets fossiles.
Enfin, le CESE recommande une programmation des finances publiques pour la transition écologique pluriannuelle, adossée aux feuilles de route sur l’énergie et le climat.
La consommation de gaz a fortement reculé en janvier dans plusieurs régions du monde, en particulier dans l’Union européenne (-19%) et au Royaume-Uni (-16%), a souligné mercredi un rapport du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF).
Ce rapport qui s’inspire dans sa forme de celui que diffuse l’Opep, le cartel des pays exportateurs de pétrole, est le premier du genre pour ce groupe de pays producteurs de gaz formé autour du Qatar.
Dans cette première livraison mensuelle, il rappelle que «les conditions météo ont un impact significatif sur la consommation de gaz».
L’Union européenne a ainsi consommé 19% de gaz de moins qu’en janvier comparé à janvier 2022 à 40 milliards de m3, grâce notamment à des températures au-dessus des normales saisonnières qui ont minimisé la demande de chauffage, selon le rapport qui croise des sources diverses.
Les efforts d’économies d’énergie ont aussi freiné la consommation de gaz dans l’UE, les industriels se limitant pour leur part «en raison des prix élevés sur le marché européen», ajoute-t-il.
Même phénomène au Royaume-Uni, où le rapport signale comme facteurs de consommation en baisse de 16% à 7,4 milliards de m3, un hiver doux, des prix élevés et davantage de production d’électricité hydraulique (+32% en janvier sur un an), éolienne (+30%) et solaire (+3%).
Dans l’Union européenne, le gaz utilisé dans des centrales électriques a diminué de 13% en janvier sur un an, au profit du charbon (+24%) et de l’hydraulique (+8%).
Aux États-Unis, la clémence des températures et le ralentissement industriel sont évoqués pour expliquer une baisse de la consommation de gaz de 8,8% à 92 milliards de m3.
Le rapport passe aussi au crible plusieurs pays d’Asie, mais sur des bases de comparaisons hétérogènes.
Il documente en revanche l’effondrement des livraisons russes par gazoducs (-55% en janvier) et la montée en puissance du gaz norvégien qui a fourni 47% des livraisons par gazoducs à l’UE en 2022.
Concernant le gaz naturel liquéfié, les importations mondiales se sont contractées en janvier pour la première fois depuis février 2021 (-1,4% sur un an à 36,7 millions de tonnes), sauf en Europe où les livraisons ont augmenté (+6% à 12,2 millions de tonnes) pour compenser le tarissement des gazoducs russes.
La centrale hydroélectrique de Grand’Maison (Isère), la plus puissante de France, était en grève mercredi et «indisponible» pour le réseau électrique, à la veille de la cinquième journée nationale de mobilisation contre le projet de réforme des retraites, a-t-on appris auprès de la CGT.
«Usine de Grand’Maison aux mains des grévistes», a indiqué à l’AFP la CGT-Energie, qui a signalé également des grèves dans les centrales iséroises de Saint-Pierre-de Cognet, Saint-Georges-de-Commiers, Saint-Hilaire-du-Rosier, Beauvoir et Monteynard.
Il ne s’agit pas de baisses de production mais de «mégawatts qui ne sont pas disponibles pour le réseau, dont la plus grosse centrale de France qui est Grand’Maison, qui fait 1.800 MW», a indiqué à l’AFP Fabrice Coudour, secrétaire fédéral de la FNME-CGT.

«Perte de puissance disponible en cours sur le parc hydraulique EDF: 1.350 MW. Cette indisponibilité est liée au mouvement social en cours», a indiqué pour sa part EDF sur son site internet.
Cette «indisponibilité» devrait durer «a priori au moins 24 heures, dans le cadre de la mobilisation de demain (jeudi) où la production hydraulique fait la démonstration, comme lors d’autres journées, que les grévistes sont opposés à la réforme et sont en capacité d’agir sur l’outil de travail», a indiqué Fabrice Coudour.
Certains groupes hydrauliques ne fonctionnent pas tout le temps mais peuvent être sollicités lors de pics de consommation.
En cas de besoin pour l’équilibre offre/demande, le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension RTE, garant de la sécurité du réseau, peut néanmoins émettre un message pour l’arrêt du mouvement, à charge pour le piquet de grève d’obtempérer.
Le parlement valaisan a accepté vendredi en une lecture un décret qui va faciliter et accélérer la procédure d’autorisation des grandes installations photovoltaïques dans les Alpes. Les Verts lanceront un référendum.
Le vice-Premier ministre russe en charge de l’Energie, Alexandre Novak, a annoncé vendredi que la Russie allait baisser en mars sa production de pétrole brut de 500.000 barils par jour, soit environ 5% de sa production quotidienne.

«La Russie va réduire volontairement sa production de 500.000 barils par jour en mars», a-t-il déclaré, cité par les agences de presse russes, alors que Moscou est frappé depuis décembre par la mise en place d’un prix plafond sur son brut par le G7, l’Union européenne et l’Australie.
Les énergies renouvelables doivent être développées en Suisse. Convaincu que cet objectif doit être inscrit dans la Constitution, un comité citoyen a lancé vendredi une initiative populaire intitulée «Chaque kilowattheure indigène et renouvelable compte!».

La crise énergétique a mis en évidence les faiblesses de l’approvisionnement. En particulier l’hiver. Pour faire face au changement climatique et au défi de la décarbonation, la Suisse doit de toute urgence mieux exploiter le potentiel des énergies renouvelables et réduire la consommation d’électricité, indique vendredi le comité dans lequel figure l’association Swiss Small Hydro.
La baisse de consommation de gaz en France, hors utilisation dans les centrales électriques, a atteint 6,2% en 2022 par rapport à 2021, a annoncé vendredi le gestionnaire du réseau de transport de gaz GRTgaz.
Les efforts de sobriété et les prix élevés en 2022 ont conduit à cette baisse de la consommation de gaz (en données corrigées du climat), hors prise en compte des centrales à gaz qui ont tourné à plein régime pour compenser les difficultés passagères du parc électro-nucléaire française l’année dernière, selon les données communiquées par GRTgaz vendredi.
Des panneaux solaires sur les parkings, dans les champs et sur tous les toits : c’est le nouvel objectif de la France mais qui les fabriquera ? En France et en Europe, les usines ont été laminées par une intense concurrence internationale, aujourd’hui chinoise, demain peut-être américaine.
La loi d’accélération des énergies renouvelables votée cette semaine au Parlement fixe le cap à plus de 100 gigawatts (GW) d’énergie solaire à l’horizon 2050, cinq fois plus qu’aujourd’hui: «c’est très bien du point de vue citoyen», «un bon signal», «de toute façon favorable», applaudissent les industriels interrogés par l’AFP.
«Mais la loi n’offre pas de différenciation pour les industriels locaux», redoute Paul Toulouse, directeur général de Systovi, fabricant de modules à Carquefou près de Nantes. Il résiste grâce à de l’innovation, des certifications et le soutien d’un actionnaire militant, le groupe Cetih.

Il vient d’inaugurer une nouvelle ligne de production. Mais avec 90 salariés, 20 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, il reste un nain en comparaison des sites chinois qui produisent en un jour ce qu’il fabrique en une année.
«Ce sont donc surtout les industriels asiatiques, en l’occurrence chinois, qui vont disposer d’opportunités de ventes additionnelles en France», dit-il.
Marché totalement ouvert
Comme ses collègues, il espère voir arriver rapidement des règles et des aides pour s’affranchir de la domination chinoise et ne pas rester à la traîne face aux Etats-Unis et à l’Inflation Reduction Act, le plan climat de Joe Biden aux mesures favorisant l’industrie américaine.
La Chine réalise déjà 95% des panneaux photovoltaïques distribués en Europe.
L’Asie, en général, réalise aussi la majeure partie de la première étape de fabrication des panneaux solaires, à savoir la production dans des fours très chauds du cristal de silicium qui, une fois épuré et découpé en fines tranches, donne naissance à des cellules capables de transformer des photons provenant de la lumière en électrons.
La dernière étape de fabrication, l’assemblage du module dans lequel les cellules sont protégées par des couches de colles liquides, un verre de face et un cadre aluminium, est encore effectuée sur le sol européen.
Avec les prix de l’électricité qui s’envolent, le marché européen n’a jamais été aussi porteur.
«On est sur une dynamique qui s’est redressée après les années noires 2015-2017», observe Ian Bard, directeur technique et commercial chez Solarwatt France, filiale d’un fabricant allemand qui a doublé son chiffre d’affaires en 2022. Solarwatt produit à Dresde en Allemagne pour le haut de gamme, et en Asie.
Il prévient: «Si les législateurs restent sur la position d’avoir un marché totalement ouvert, à l’inverse de ce que font les Etats-Unis, on restera sur le schéma d’aujourd’hui, avec des fabricants européens qui seront doublés sur les gros volumes par des fabricants plus attractifs en terme de prix».
Derniers des Mohicans
Cela se joue au centime près. Et pour le Lyonnais Pierre-Emmanuel Martin, qui porte avec des associés le projet Carbon d’une giga-usine de panneaux à 1,3 milliard d’euros, il y a également danger.
Outre «la Chine qui domine outrageusement» et les Etats-Unis «qui émergent», il cite la concurrence de l’Inde, et dans une moindre mesure l’Indonésie et la Turquie.
«Installer des panneaux, ce n’est pas les fabriquer» et «la loi ne traite pas la question industrielle, c’est le prochain combat», dit-il en référence au projet de loi Industrie verte préparé par le gouvernement.
Le texte «Industrie verte» est censé faire les beaux jours du «made in France» avec tout un arsenal de mécanismes fiscaux, réglementaires et de critères d’achat.
Du protectionnisme à peine déguisé ? La ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher s’en défend mais estime «loyal» de se passer des usines chinoises qui ont bénéficié d’aides d’Etat.
À Carquefou, Paul Toulouse qui se décrit comme «l’un des derniers des Mohicans» a dans ses cartons un plan d’investissement de 17 millions d’euros. Cela permettrait de multiplier par huit les capacités de production de Systovi : «mais la visibilité n’est pas suffisante pour que ce soit un investissement prudent», juge-t-il pour l’instant.
Les députés du Rassemblement national, puis ceux du groupe Les Républicains, ont saisi le Conseil constitutionnel pour contester plusieurs mesures de la loi d’accélération des énergies renouvelables, ont-ils annoncé jeudi, deux jours après son adoption au Parlement.
Le RN fustige dans un communiqué une «fuite en avant en faveur des énergies intermittentes» en lien avec «les lobbies de l’éolien et du solaire».
Dans sa saisine du Conseil constitutionnel, transmise à l’AFP, le groupe d’extrême droite estime que la loi crée une «rupture d’égalité» entre les producteurs d’énergies renouvelables et les autres énergéticiens.
Le RN vise un mécanisme de modulation tarifaire qui pourrait être mis en place pour soutenir des projets d’énergies renouvelables dans des zones moins favorables sur le plan météorologique (article 3 bis B). Le groupe pointe aussi «un fonds de garantie destiné à compenser une partie des pertes financières qui résulteraient d’une annulation par le juge administratif d’une autorisation environnementale» (article 5 bis).
Les députés RN s’en prennent en outre à la reconnaissance de raisons impératives d’intérêt public majeur (RIIPM) pour certains projets renouvelables (article 4), une mesure destinée à limiter certains contentieux. À leurs yeux, elle «constitue de facto et de jure un avantage injustifié déséquilibrant significativement les armes du procès au profit de l’opérateur énergétique».

Le groupe de Marine Le Pen avait ferraillé tout au long des débats contre le projet de loi, en s’en prenant aux «nuisances» des éoliennes. «Ça détruit nos paysages», ça «vrille les yeux et le cerveau», avait fini par lâcher le député Pierre Meurin.
En toute fin de soirée, les députés LR ont à leur tour annoncé saisir le Conseil constitutionnel. Entre autres critiques, ils invoquent également une rupture d’égalité entre producteurs d’énergies, avec la modulation tarifaire, ainsi qu’une «atteinte au droit à un procès équitable» avec l’article 4 sur la raison impérative d’intérêt public majeur.
Les députés LR avaient eux aussi combattu le projet de loi, à rebours de leurs collègues du Sénat, où le texte a été très largement adopté.
La saisine du Conseil constitutionnel suspend le délai de promulgation de la loi. Il dispose d’un mois pour statuer.
Le président sud-africain s’adresse jeudi à un pays exaspéré: Cyril Ramaphosa prononce dans la soirée son discours annuel sur l’état de la Nation, dans un contexte de crise aiguë de l’électricité, privant de courant chaque jour et pendant des heures 60 millions de Sud-Africains.
Une réponse du chef de l’État à cette crise sans précédent dans la première puissance industrielle du continent est attendue. Le parti au pouvoir, l’ANC (Congrès national africain), a affirmé avoir donné «des consignes claires» et sommé le gouvernement de déclarer l’état de catastrophe nationale.
M. Ramaphosa doit prendre la parole à 17H GMT depuis l’hôtel de Ville du Cap. Plusieurs centaines d’invités sont attendus à la cérémonie retransmise en direct à la télévision.
Les appels au président à se dispenser de «fausses promesses» se sont multipliés depuis la veille sur les chaînes d’information, les radios et les réseaux sociaux. «C’est un système entier de l’énergie qui s’effondre et il ne sera pas possible de résoudre la situation dans un temps court», avertit Erwin Schwella, spécialiste sud-africain des questions de gouvernance, interrogé par l’AFP.

Les coupures d’électricité, qui se sont aggravées depuis l’année dernière, ont atteint presque 12 heures certains jours, s’ajoutant à un climat économique et social morose. Le chômage plafonne à 32,9%, les économistes prévoient une croissance annuelle quasi nulle et les ménages ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois à cause d’une augmentation persistante du coût de la vie.
«Pays qui s’effondre»
Cette crise de l’électricité s’ajoute en grande partie aux stigmates de l’ère de corruption sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018). Les caisses de la compagnie publique Eskom ont été une des principales cibles du pillage organisé des ressources de l’Éat.
Aujourd’hui, la compagnie qui produit 90% du courant consommé dans le pays est prise à la gorge par les dettes, tout en se débattant avec des centrales au charbon vieillissantes et mal entretenues, régulièrement en proie aux pannes. Et l’Afrique du Sud, encore largement dépendante des énergies fossiles, peine à se lancer dans une transition vers les énergies propres.
Elle a été la première nation à signer un «partenariat pour une transition énergétique équitable» (JETP) en 2021, obtenant un soutien financier des pays riches. Un plan d’investissement de 98 milliards de dollars a été approuvé l’an dernier à la COP27 en Égypte.
En fin de matinée au Cap, environ 300 manifestants étaient déjà rassemblés, ont constaté des journalistes de l’AFP. La grogne contre les pénuries d’électricité monte et des protestations ont eu lieu dans plusieurs villes au cours des dernières semaines, à l’appel de l’opposition et des syndicats.
Le leader du premier parti d’opposition (DA, Alliance démocratique), John Steenhuisen, a fustigé mercredi devant ses troupes «l’héritage de Ramaphosa» et «un pays qui s’effondre».
Le parti radical de gauche, l’EFF (Combattants pour la liberté économique) a de son côté juré de ne pas laisser le président «délinquant» s’exprimer à la cérémonie.
Embourbé dans un scandale au parfum d’argent sale, Cyril Ramaphosa, 70 ans, a échappé à une procédure de destitution en décembre, soutenu par l’ANC. Une enquête de police est toujours en cours. Le parti historique l’a dans la foulée réélu à sa tête, lui assurant un second mandat de chef d’État en cas de victoire de l’ANC aux élections générales de 2024.
Quand les carburants d’aviation durables passent par la production de cosmétiques: une start-up française installée en Champagne (nord-est) mise sur la biomasse et sa «molécule magique» pour décarboner à terme le transport aérien, un objectif de l’Union européenne.
Dans de grandes cuves de fermentation en inox et un entrelacs de canalisations de son site de Pomacle, près de Reims, le spécialiste de chimie verte Global Bioenergies a commencé la production d’isobutène, un hydrocarbure très utilisé dans la pétrochimie.
Sauf que l’isobutène, molécule qui n’existe pas dans la nature, n’est pas synthétisée depuis des sources fossiles mais à partir de sucres provenant de résidus de betteraves, de copeaux de bois ou de céréales déclassées, un procédé développé par l’entreprise. A la clé, une réduction des deux tiers des émissions de CO2.
Dans un fermenteur de 180’000 litres, «on donne des sucres à des bactéries qu’on a reprogrammées pour qu’elles produisent de l’isobutène», explique le directeur général de Global Bioenergies, Marc Delcourt. Et «on peut faire plein de choses avec l’isobutène», résume-t-il.
Attachées deux par deux, les molécules donnent de l’isooctane, entrant dans la composition de l’essence pour véhicules routiers. Trois par trois, cela devient de l’isododécane qui entre dans la composition du kérosène d’aviation et «constitue la base de la formulation de tout le maquillage longue tenue».

Global Bioenergies a été fondée en 2008 dans le but de produire des carburants routiers durables. L’explosion du pétrole de schiste puis la chute des cours du brut ont eu raison de cette ambition.
L’entreprise mise dorénavant sur la production de carburants d’aviation durables (SAF). Mais les investissements nécessaires, 150 millions d’euros, sont pour l’heure hors de portée.
Pour atteindre la taille critique, la start-up mise donc sur les cosmétiques. Le géant du secteur L’Oréal a été séduit et détient aujourd’hui 13,5% de l’entreprise.
Pour cela, Global Bioenergies produit l’isobutène, le purifie en le débarrassant de son CO2 et le conditionne sous forme gazeuse dans des bonbonnes de 300 kilos. Celui-ci est ensuite transformé en isododécane vendu à l’industrie cosmétique.
Cinq ans pour la certification
La start-up a également créé sa marque de rouge à lèvres et mascara, Last, «une vitrine, notre but n’est pas de devenir une entreprise cosmétique», indique son patron.
L’usine de Pomacle, qui a nécessité 3,5 millions d’euros d’investissement, a une capacité de production de 15 à 20 tonnes par an et «permet de faire de l’amorçage commercial et de la démonstration».
L’étape suivante sera l’ouverture d’une nouvelle usine fin 2025 pour produire 2.000 tonnes par an afin de générer des revenus, amener l’entreprise à l’équilibre et avoir les moyens de financer à l’horizon 2028 un site d’une capacité de 30.000 tonnes par an dédié aux carburants d’aviation durables.
Le secteur aérien, responsable de 2 à 3% des émissions mondiales de CO2, est mis sous pression pour réduire son empreinte carbone. Les SAF sont considérés comme le principal levier de décarbonation pour les décennies à venir, mais la ressource est rare et chère: ils représentaient en 2019 moins de 0,1% des 360 milliards de litres de carburant utilisés par l’aviation en 2019.
Le marché est immense et amené à croître, alors que l’Union européenne s’apprête à imposer des obligations croissantes d’incorporation de SAF dans le kérosène d’aviation.
Sept différentes voies techniques sont autorisées pour produire des SAF, essentiellement à partir d’huiles de cuisson usagées à l’heure actuelle. Global Bioenergies espère obtenir la certification de l’ASTM, l’organisme de normalisation du secteur, pour créer une huitième voie.
Une expérimentation a déjà été conduite en 2021 avec le vol entre Sarrebourg et Reims d’un avion de tourisme alimenté par 97% de SAF produit à partir d’isobutène.
«Cela fait cinq ans qu’on a démarré le processus de certification qu’on espère obtenir d’ici l’été», précise Marc Delcourt. «Cela va faciliter la promotion de cette voie et d’attirer les investisseurs», espère-t-il.
Le partenariat entre le conglomérat indien Adani et TotalEnergies pour créer un géant de l’hydrogène vert est suspendu dans l’attente des conclusions d’un audit commandé par Adani, accusé de fraude comptable, a annoncé le PDG du groupe énergétique français mercredi.
Le contrat portant sur une nouvelle entreprise d’hydrogène avec l’Indien Adani «n’a pas été signé et ne va pas être signé», a indiqué le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.
«C’est on hold» (en pause), a également résumé l’entreprise aux journalistes après la présentation des résultats record de la compagnie française (20,5 milliards de dollars de bénéfice net et 36 milliards hors éléments exceptionnels).
Patrick Pouyanné a répété que l’exposition financière de son groupe dans le conglomérat indien de l’énergie et des infrastructures était limitée et de l’ordre de 3 milliards de dollars.
TotalEnergies a dit être dans l’attente qu’un audit «fasse la lumière» sur la situation comptable du groupe indien avant d’aller plus loin.

TotalEnergies avait annoncé en juin dernier avoir «conclu un accord» avec Adani Enterprises Limited (AEL) pour acquérir une participation de 25% dans Adani New Industries Limited (ANIL), pour «créer un acteur géant de la production d’hydrogène vert».
À l’époque, le groupe français indiquait que cette nouvelle entreprise avait pour objectif de produire «un million de tonnes d’hydrogène vert par an (Mtpa) d’ici à 2030, en s’appuyant sur de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable d’environ 30 gigawatts».
Le conglomérat dirigé par le magnat Gautam Adani est en pleine tourmente après des accusations de «manipulation éhontée des actions et d’un système de fraude comptable sur plusieurs décennies» portées par la société d’analyse en investissements Hindenburg Research.
Le groupe français s’est félicité de l’annonce faite par Adani de «confier une mission d’audit général à l’un des quatre grands cabinets d’audit financier mondiaux».
TotalEnergies détient 50% de la coentreprise Adani Total Private Limited, 37,4% de Adani Total Gas Limited, 19,75% de Adani Green Energy Limited et 50% de l’entité AGEL23, soit une exposition totale de 3,1 milliards de dollars au 31 décembre 2022 – équivalente à 2,4% de ses capitaux employés.
Les énergies bas-carbone, surtout les renouvelables, devraient couvrir pour ces trois années à venir «presque toute» la croissance attendue de la demande mondiale d’électricité, permettant de contenir les émissions de CO2 du secteur électrique, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
La demande d’électricité est à la hausse: sa croissance a ralenti en 2022 à 2%, du fait de la crise énergétique et des difficultés économiques de par le monde, mais elle devrait de nouveau accélérer et passer à 3%, estime l’organisme dans son rapport 2023 sur les marchés de l’électricité paru mercredi.
Face à cela, les énergies renouvelables (solaire et éolien surtout) devraient dominer la croissance de la production. Avec le nucléaire, les énergies bas-carbone couvriraient ainsi en moyenne plus de 90% de de ces besoins nouveaux au moins jusqu’en 2025.
En termes d’émissions, il est donc «peu probable», estime l’AIE, que le secteur électrique accroisse fortement son empreinte, même s’il reste très émetteur car encore largement basé sur des centrales à charbon ou à gaz.
Ce sont les pays émergents d’Asie qui tirent le mouvement. La croissance de la demande ces trois prochaines années viendra à plus de 70% de Chine, d’Inde et des pays d’Asie du sud-est, note l’AIE, «même si de considérables incertitudes demeurent sur les tendances en Chine dont l’économie émerge de strictes restrictions liées au Covid».
À ce stade, l’AIE estime que la consommation électrique de la Chine devrait représenter un tiers du total mondial d’ici 2025, contre un quart en 2015. Et le pays assurera 45% de la croissance des renouvelables.

Les économies avancées ne seront pas en reste, puisqu’elles se tournent vers l’électricité pour éviter les recours aux énergies fossiles, notamment dans le transport.
D’ici trois ans, le monde devrait ainsi globalement consommer, en plus, l’équivalent de la consommation actuelle du Japon.
«La bonne nouvelle est que les énergies renouvelables et nucléaire croissent assez vite pour satisfaire presque entièrement cet appétit supplémentaire, ce qui signifie que nous sommes proches d’un point de basculement pour les émissions du secteur électrique», a commenté le directeur de l’AIE, Fatih Birol.
Les renouvelables devraient croître plus que toutes les autres sources d’énergie combinées, à +9% par an sur 2023-25. Leur part dans la production électrique mondiale devrait passer de 29% en 2022 à 35% en 2025.
La production nucléaire de son côté devrait croître de 3,6% par an.
Dans le même temps, le recours aux centrales à gaz devrait reculer dans l’UE, mais augmenter significativement au Moyen-Orient. Les centrales à charbon sont elles sur le déclin en Europe et sur le continent américain, mais ce recul est compensé par leur progression dans la région Asie-Pacifique.
In fine, à demande supérieure, les émissions de CO2 du secteur, qui ont atteint un sommet en 2022, devraient rester à peu près au même niveau jusqu’en 2025, estime l’Agence basée à Paris.
APPIS/ATS/SIM/EAH/Myrtille Wendling