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«Notre galaxie pourrait être peuplée d’une dizaine de civilisations avancées!»

Dans un essai passionnant, l’astrobiologiste Nathalie A. Cabrol montre pourquoi et comment «il est absurde de penser que nous sommes seuls dans l’univers».

Pour Nathalie A. Cabrol, il suffit de tenir compte de ce qui est sûr aujourd’hui pour voir qu’il est plus qu’improbable qu’on soit seuls.
Pour Nathalie A. Cabrol, il suffit de tenir compte de ce qui est sûr aujourd’hui pour voir qu’il est plus qu’improbable qu’on soit seuls.

Nathalie A. Cabrol, directrice scientifique du Centre Carl Sagan à l’Institut SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence), est très claire: nous ne sommes pas seuls dans l’univers puisque la vie y est «inévitable». Mais attention! Pas question ici de verser dans des histoires farfelues de petits hommes verts ou d’invasions d’aliens malintentionnés. Car, comme le précise cette éminente chercheuse, qui vient de publier le passionnant «À l’aube de nouveaux horizons», il ne s’agit que de science.

Nathalie Cabrol, l’astrobiologiste qui plonge et gravit les sommets…

Nathalie Cabrol est une scientifique de renom. Ses recherches l’ont notamment conduite dans les Andes, en Amérique du Sud, où le terrain pourrait s’approcher de celui de la planète Mars. Des expéditions qui nécessitent une préparation physique intense. Elle se raconte pour Prolongation.

Un CV datant de 2017 qui fait 26 pages. La définition d’un métier, l’astrobiologie, qui nécessite sans doute d’ouvrir un dictionnaire. Ledit dictionnaire qui renvoie vers un synonyme : exobiologie. « Science qui étudie les possibilités d’existence de la vie dans l’Univers, en dehors de la Terre. »

Très bien, et ensuite ? Ensuite, il faut partir à la rencontre de Nathalie Cabrol, astrobiologiste française qui vit en Californie depuis 27 ans. Elle en a 58 et étudie notamment ce qu’a pu être la planète Mars à ses origines en s’aidant de certains milieux extrêmes situés sur la Terre.

Ses premières années, le collège, le lycée, l’adolescence en bref, n’ont pas coulé de source. Du harcèlement, un mal-être, la jeune femme d’alors se cherche. Des études de lettres mais elle apprécie aussi les sciences. Un bac littéraire, redoublé pour aller en section scientifique. Un deuxième bac qu’elle n’aura pas. Mais qu’importe.

Car c’est en classe préparatoire littéraire que la jeune femme commence véritablement à s’épanouir et à trouver sa place au milieu de ses camarades. Comme si elle avait retenu son souffle pendant tant d’années avant d’expirer. Il lui faudra encore quelques temps pour se sentir vraiment dans son milieu.

« Je me suis débarrassée de mes bouées et j’ai immédiatement été voir ce qu’il y avait en dessous »

Jeune, Nathalie Cabrol trouve refuge dans l’eau. L’apnée, précisément. « Apparemment, si j’en crois mes parents, ça a été ma manière de prouver au monde. Je me suis débarrassée de mes bouées et j’ai immédiatement été voir ce qu’il y avait en dessous. Au début, c’était simplement de la curiosité. J’ai cette propension naturelle, et c’est d’ailleurs très amusant sur les photos de moi petite, d’essayer de voir ce que je ne pouvais pas voir tout de suite. C’est-à-dire que ce n’est pas nécessairement ce que j’avais autour de moi qui m’intéressais, mais je grattais toujours par terre pour voir ce qu’il y avait en dessous la surface et j’ai fait pareil avec l’eau », raconte depuis l’autre bout du globe l’autrice de Voyage aux frontières de la vie (éditions Seuil), ouvrage qui relate tant sa vie personnelle que professionnelle.

Nathalie Cabrol lors du dernier entraînement avant l’ascension et la plongée dans le lac au sommet du volcan Licancabur (5 914 m).

Son domaine de profession : la science. Et pour l’exercer au mieux, Nathalie Cabrol a dû apprendre à son corps à se dépasser. Elle savait déjà manier son mental. Il lui fallait maintenant pousser son physique, support de ses recherches.

Déjà petite, en plus de l’eau, le sport n’était jamais bien loin. Il y a le handball, car les équipes féminines de foot n’existaient pas à l’époque, l’athlé, aussi. Sprint et un peu plus. « J’aimais déjà moins le 400 m, ça me cassait les pieds. Un peu trop long. » Puis les études s’en sont mêlées.

Se dépasser. Mais dans son coin. Aller trouver ce qu’on ne voit pas. Ce qui nous dépasse. L’eau évidemment. Puis la montagne, donc, notamment grâce à son mari, Edmond.

« “Pourquoi tu veux grimper vu qu’on va devoir redescendre” ? Il m’a dit : “Parce que c’est difficile” »

La montagne, c’est d’abord Chamonix – « On s’est arrêtés une fois en rentrant de Grèce ». Edmond, qui a travaillé dans l’hydrologie, est un connaisseur. Il l’initie. Elle se rappelle encore de l’allure du Mont-Blanc, il y a plus de trente ans. « L’image de la neige qui soufflait au sommet et on voyait le dôme arrondi tout blanc dans un ciel bleu : c’était formidable. J’ai dit “pourquoi tu veux grimper vu qu’on va devoir redescendre” ? Il m’a dit : “Parce que c’est difficile”. »

Le sommet du Mont-Blanc ne sera évidemment pas pour le jour même. Ils ont commencé à marcher jusqu’au moment où le soleil leur indiquait qu’il était temps de rentrer. Après Chamonix, il y a eu l’Auvergne et ses volcans. Avec, là aussi, de nombreuses marches.

Nathalie Cabrol (à gauche) et le reste de son équipe d’expédition scientifique au début de l’ascension du volcan Licancabur (5 914 m).

Entre l’eau et la montagne, Nathalie Cabrol peut désormais comparer les deux pratiques. « Dans la plongée, on se pousse plus mentalement que physiquement. Évidemment, il y a un challenge physique qui est celui de sa respiration, celui de pouvoir rester mais je dirais que si on est en bonne santé, c’est avant tout un défi mental qu’un défi physique. Tandis que dans la montagne, il y a les deux. Il faut se pousser physiquement, se pousser mentalement et ça, ça m’a beaucoup plu. »

« Il faut que j’écrive des projets de recherche pour gagner ma vie »

Elle part ensuite à la rencontre du dénivelé de l’autre côté de l’océan Atlantique. Une opportunité professionnelle lui permet de rejoindre les États-Unis. Qu’elle ne quittera plus.

En Californie, Nathalie Cabrol a participé à la mission Mars Exploration Rover de la NASA, qui consistait à envoyer un robot sur Mars. Nathalie Cabrol multiplie ensuite les projets. « C’est difficile ici, il ne faut pas croire, relate-t-elle. C’est la compétition tout le temps. Je ne suis pas fonctionnaire, ça veut dire qu’il faut que j’écrive des projets de recherche pour gagner ma vie. C’est un petit peu mieux maintenant car en tant que directrice de [l’institut] Carl Sagan [dépendant de l’institut SETI], j’ai au moins la moitié de mon salaire qui est assuré, mais il a fallu que j’attende 2015 pour ça et je suis arrivée aux États-Unis en 1994. Donc ça veut dire que pour mon salaire, mes assurances maladies, ma retraite, je dois gagner absolument chacun de mes centimes. »

Nathalie Cabrol pendant l’exploration d’un champ de stromatolites sur les anciennes rives de Laguna Blanca en Bolivie (4 340 m). Ces dômes sont formés par l’activité d’algues microscopiques.

Nathalie Cabrol s’intéresse donc à l’atmosphère martienne. Il se trouve que les Andes constituent le lieu qui ressemblerait le plus aux prémices de cette planète. De 2002 à 2006, elle multiplie alors les expéditions avec son équipe, qui s’agrandit au fur et à mesure que le projet devient populaire dans la communauté scientifique.

Le lac Laguna Verde, ou bien le volcan Licancabur. Tels sont les paysages qu’elle est amenée à effectuer. Le projet : « Explorer les limites de la vie dans les plus hauts lacs de la Terre », lit-on dans son livre. Recueillir des sédiments ou le rayonnement UV sont ainsi nécessaires. Petite précision, le lac au sommet du Licancabur se trouve à près de 6 000 m d’altitude. Le refuge est quant à lui situé vers 4 300-4 400 m.

Le volcan Licancabur 5 914 m (vue depuis le volcan Juriques en Bolivie).

Et les expéditions scientifiques nécessitent le transport conséquent de matériel. « Les porteurs nous aident beaucoup pour la logistique, la nourriture, l’eau, ou le matériel plus compact, comme les tentes », raconte celle qui ne connait pas réellement le mal d’altitude.

« Pour l’expédition de 2006, on avait une tonne de matériel. On a monté la moitié à 6 000 m à peu près et on est restés plus longtemps que la normale au sommet. L’eau, ça pèse lourd. 1 litre, c’est 1 kg, et quand vous montez à 6 000 m, ce n’est pas parce que ce sont des porteurs… Ils sont plus habitués que nous et même si pour eux c’est beaucoup moins problématique, ça reste quand même lourd. Au lieu de tout monter à la fois, on fait des rotations. Comme ils montent assez facilement, ils vont venir chaque jour. On les regarde toujours avec beaucoup d’admiration parce que si on fait ça deux fois dans l’année, on est contents, eux, ils font ça une fois par jour… Mais ils sont nés en Bolivie aussi. »

D’autant que le sol n’est pas uniquement rocailleux puisqu’il y a de nombreux dépôts de cendres. Pour le Licancabur, « je répète sans cesse que les premiers 1 400 m d’ascension ne me dérangent pas mais les derniers 100 m… » 100 m en 40 minutes. Cela vous situe une ascension.

Pente de 42 degrés, tremblement de terre et cendres

Pour encaisser de telles charges de grimpe, Nathalie Cabrol et son mari s’entraînent régulièrement dans la chaîne des Cascades, située sur la côte ouest américaine. Half Dome, le mont Shasta, le mont Whitney. Voilà leur terrain d’entraînement pour les Andes. C’est là qu’ils apprennent à ne pas partir trop chargé. À descendre une pente de 42 degrés lorsqu’il faut rapidement évacuer le sommet qu’ils ont mis des heures à atteindre. Ils apprennent aussi à savoir renoncer.

Ascension sur les pentes du volcan Licancabur (5 914 m) en Bolivie, avec Macario, le guide de l’expédition, Nathalie Cabrol (derrière Macario) et une partie de l’équipe derrière. Laguna Verde et Laguna Blanca en arrière-plan.

« Ce que j’aime avec la montagne, c’est qu’on ne peut pas se mentir. Et ça, c’est une très, très belle approche dans l’existence. Et aussi la patience qu’il faut pour atteindre ses buts, et la résilience. C’est quelque chose qui, d’un point de vue de mon caractère, me correspond beaucoup. C’est quelque chose qui est devenu une partie intégrante de ma vie, et c’est pour ça que je suis tellement heureuse de pouvoir concilier les deux avec la recherche que je fais », raconte celle dont Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne, est un de ses livres préférés.

« Il y a beaucoup d’humilité dans la montagne. Vous pouvez vous sentir très bien pendant longtemps et d’un seul coup, pouf, il n’y a plus rien, vous ne pouvez plus avancer. Il faut aussi savoir s’arrêter, ne pas insister pour essayer de faire un sommet quand ça devient trop dangereux. Je l’ai appris aussi. On peut bien évidemment se mentir mais entre la montagne et vous, ce n’est pas vous qui allez gagner et les erreurs, on les paye. De toute façon, on les paye en général quand on est dans milieux extrêmes. »

Pour y parer, les comités scientifiques permettent d’évaluer les risques avant leur départ. Des plans sont étudiés pour y parer. « La préparation nous a permis de réagir tellement vite en 2007 quand il y a eu le tremblement de terre. Là, tout s’est précipité. »

De même pour la plongée… À près de 6 000 m d’altitude, ce qui constitue là un record ! Ils utilisent un recycleur d’oxygène, placé sur la poitrine. Un système en circuit fermé qui ne permet pas de voir des bulles dans l’eau lors de la respiration… Et donc de repérer le plongeur, notamment dans un lac vaseux. Un système de sécurité est alors élaboré.

En apnée ou avec un recycleur, il faut aussi penser au retour à l’air libre du nageur, dans une atmosphère où l’oxygène est déjà limité si haut. Se retrouver dans l’inconfort pour mieux repartir. Telle est, finalement, la vie de Nathalie Cabrol.

 Chloé REBAUDO à suivre sur  Ouest-France

 

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