Sélectionner une page

« Reculer l’âge légal de 62 à 64 ans fait peser un risque majeur sur le bénévolat associatif »

Les conséquences de la réforme des retraites sur le lien social sont un angle mort du débat, estime Léa Thomassin, présidente de HelloAsso, dans une tribune, car les effectifs des aînés, cruciaux pour la vie associative pourraient fortement baisser.

Quitter le monde du travail et décider de se rendre utile dans le monde associatif. C’est le choix que font près d’un tiers des retraités. Les seniors constituent le principal vivier des 11 millions de bénévoles sur lesquels s’appuient les associations françaises pour exister. Synonyme de davantage de temps pour soi et pour les autres, la retraite est un moment pivot : déjà 18 % des 50-64 ans sont bénévoles dans une association, et la proportion monte à 27 % pour les 65-74 ans. Effet de bord du projet de réforme des retraites, reculer l’âge légal de 62 à 64 ans fait peser un risque majeur sur le bénévolat associatif. Et ce pour trois raisons.

Les trois raisons pour la défense de l’engagement associatif

La première est mathématique : occupés plus longtemps par leur activité professionnelle, les citoyens retarderont leur implication dans une association. Ou ne l’envisageront pas. Car si le nouvel âge légal est fixé à 64 ans, l’allongement de la durée de cotisation prévu par la réforme peut mener jusqu’à 67 ans pour toucher une pension de retraite à taux plein. L’espérance de vie en bonne santé se situant entre 64 et 65 ans, certains néo-retraités pourraient se détourner du bénévolat qui demande du temps et de l’énergie.

La deuxième est conjoncturelle : les associations n’ont pas retrouvé leurs bénévoles d’avant la crise sanitaire, et ce sont en particulier les seniors qui manquent à l’appel. Si la décrue de leur taux d’engagement est continue depuis 2010, elle s’est accélérée dans les trois dernières années : il passe de 38 % à 26 % en 2022. Les associations culturelles et sportives, qui représentent à elles seules la moitié du 1,5 million d’associations françaises, sont les premières à souffrir de cette tendance.

Enfin, la troisième raison : les modalités d’engagement évoluent en toile de fond et donnent naissance à des disparités générationnelles. L’émergence du bénévolat direct qui s’exerce parfois en dehors du cadre d’une structure correspond aux aspirations des plus jeunes qui privilégient un engagement plus ciblé, tandis que leurs aînés s’inscrivent dans une implication tout au long de l’année.

Le risque de la perte de la richesse humaine

Cette nouvelle donne est porteuse d’espoir pour les associations, qui peuvent de plus en plus compter sur la mobilisation des jeunes. Toutefois, l’engagement des jeunes, actifs notamment, demeure souvent ponctuel, au regard du temps dont ils disposent, et cette nouvelle tendance ne doit pas occulter la nécessité de l’engagement bénévole dans la durée, qui structure un grand nombre d’activités associatives.

De ce point de vue, repousser l’âge à partir duquel il est possible de se rendre disponible régulièrement va mécaniquement impacter le vivier des personnes en capacité de consacrer un temps régulier au bénévolat. Ce que la France pourrait gagner en richesse économique d’un côté, elle le perdrait en richesse humaine de l’autre. C’est ce qu’indique, page 136 le rapport du Conseil d’orientation des retraites du 15 septembre 2022  : « Quel que soit l’impact précis d’un report de l’âge sur le PIB, la croissance de richesse que l’on peut espérer d’une telle mesure est susceptible d’augmenter le bien-être des Français ; elle a toutefois pour contrepartie une diminution du « temps libre » susceptible quant à elle de le diminuer. On manque d’outils pour établir un bilan dont il est probable qu’il serait lui aussi différent selon les préférences personnelles, le niveau d’éducation ou les emplois occupés. »

En portant préjudice à l’engagement qui constitue l’énergie vitale de toutes les activités rendues possibles par les associations, cette réforme pourrait également mettre en péril la cohésion sociale de manière significative.

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *