Contre l’obésité, la prévention plus que jamais nécessaire
Outre les risques psychiques et de santé, l’obésité représente un coût de plus de 10 milliards d’euros par an pour la France. L’obésité coute plus cher que la famine dans le monde. Cherchez l’erreur !

Emmanuel Macron avait proposé d’enclencher une « révolution de la prévention » dans le domaine médical. L’idée était bonne mais la mise en œuvre semble poussive.
Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait proposé d’enclencher une « révolution de la prévention » dans le domaine médical. L’idée était bonne mais la mise en œuvre semble poussive. Les chiffres récents publiés sur l’obésité confirment pourtant à quel point une telle politique est nécessaire. En France, près d’1 habitant sur 2 est en situation de surpoids (avec un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 25). En 2020, 17 % de nos compatriotes souffraient même d’obésité, contre 15 % en 2012 et 8,5 % en 1997. Dans le nord et le nord-est du pays, l’obésité touche plus de 20 % de la population.
Cette tendance est problématique à deux titres. Premièrement, elle affecte le bien-être psychique, social et professionnel des personnes touchées. Les personnes souffrant d’obésité risquent de développer 18 pathologies associées, dont des maladies chroniques telles que des lombalgies, des problèmes d’articulation, des diabètes de type 2, des maladies cardiovasculaires, des AVC, des cancers, de l’infertilité… La plupart diminuent considérablement leur espérance de vie. L’épidémie de Covid a d’ailleurs été particulièrement meurtrière chez les personnes obèses. En outre, les personnes souffrant d’obésité font régulièrement l’objet de discriminations, en entreprise, à l’école, au quotidien et parfois de la part du corps médical lui-même. Celle-ci résulte d’un manque de formation dans leur cursus initial. Ce manque de connaissance de la pathologie entraine inexorablement une culpabilisation contreproductive poussant la personne souffrant d’obésité à sortir du système de soins, ce qui aggrave son état de santé. Deuxièmement, le coût de l’obésité pour la société est croissant. Une étude réalisée par Asterès mandatée par Novo Nordisk dans le cadre de la coalition contre l’obésité le chiffre à plus de 10 milliards d’euros par an pour la France, à un moment où nos finances publiques sont sous tension.
L’obésité est une pathologie complexe, reconnue par l’OMS depuis vingt-cinq ans, qui fait intervenir prédispositions génétiques, causes psychologiques, facteurs comportementaux (sédentarité) et environnementaux (ultratransformation de l’alimentation, polluants). L’idée selon laquelle l’obésité se combattrait uniquement par la promotion de changements d’alimentation ou par de l’exercice physique est fausse, l’expérience nous le démontre. A l’inverse, ne pas insister sur les facteurs comportementaux et environnementaux, privés et publics, serait une erreur.
Deux leviers indispensables pour lutter contre l’obésité
Les collaborations à tous niveaux sont urgemment nécessaires, de nombreuses pistes de travail ayant déjà été soulevées notamment lors des Etats généraux de l’Alimentation en 2017 pour diminuer la prévalence de l’obésité. A cet égard, deux exemples de leviers nous semblent devoir être actionnés. Le premier concerne l’activité physique. Le président de la République a demandé à la rentrée scolaire de 2022 aux écoles primaires de prévoir trente minutes d’activité physique par jour, afin d’instaurer dès le plus jeune âge le bon fonctionnement métabolique et préserver au mieux le capital santé de nos enfants. Le ministère de l’Education nationale peut-il nous fournir le nombre de classes qui ont commencé à mettre en place cette mesure ? Et pour les autres, nous dire pourquoi elles ne l’ont pas fait ? Une étude a-t-elle été mandatée pour mesurer l’impact sur la santé et les résultats scolaires de cette nouveauté ?
Cette proposition d’Emmanuel Macron peut participer d’une politique efficace de lutte contre l’obésité sur nos enfants à long terme. Mais rien n’est pire que les dispositifs mal ou insuffisamment exécutés et non évalués. L’autre levier concerne l’offre agroalimentaire, dont on sait qu’elle joue un rôle considérable. Au-delà du travail sur le marketing, l’information aux consommateurs et la publicité, nous avons besoin d’un projet structurant afin de faire évoluer l’offre alimentaire. Les ministères de la Santé et de l’Agriculture ne peuvent-ils pas contractualiser avec les industriels de l’agroalimentaire et les distributeurs pour abaisser progressivement le taux de glucides, de sel et de gras saturés présents dans les produits proposés à la vente, afin que l’on puisse s’alimenter en restant en bonne santé ?
Une politique de lutte contre l’obésité par la prévention présenterait un triple avantage : être positive pour la santé de nos concitoyens, pour la régulation des dépenses de santé et montrer aux Français que les politiques publiques sont l’affaire de tous, indispensables sans pour autant être punitives.
Nicolas Bouzou est directeur du cabinet de conseil Asterès, essayiste, et chroniqueur. Anne-Sophie Joly est présidente du CNAO (Collectif national des associations d’obèses).