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« Plus aucune ZAD ( Zone à Défendre ) ne s’installera dans notre pays.

Ni à Sainte-Soline ni ailleurs » : a déclaré le ministre de l’intérieur. Et il a ajouté :  » Je refuse de céder au terrorisme intellectuel de l’extrême gauche quiconsiste à renverser les valeurs : les casseurs deviendraient les agressés et les policiers lesagresseurs ». Déjà, en octobre, il avait qualifié les manifestants d’écoterroristes. Une évolution
sémantique qui traduit un changement de représentation. Avec un tel vocabulaire, l’amalgame est
fait entre extrême gauche, écologie, violence et terrorisme. Relayée par les principaux media qui
rapportent ses propos sans prise de distance ni recadrage éthique, cette confusion volontaire devient
progressivement nouvelle vérité. Même si les manifestations ciblées sont essentiellement non
violentes, les regrettables dérapages, mal contenus par les forces de l’ordre, servent d’alibi pour jeter
l’opprobre sur toute une partie des citoyens. Et justement des citoyens épris de justice, de solidarité
et de respect pour le vivant qui prennent des risques non pas par intérêt personnel mais à cause de
l’urgence climatique.

Nous n’en sommes plus à la petite phrase de Sarkozy « l’écologie, ça commence à bien faire ».

La tendance est à la répression. Violente parfois au point que nombre d’observateurs avertis, comme la
Défenseure des Droits ou la Ligue des Droits de l’Homme, jugent les interventions musclées
« disproportionnées » et l’usage de la force « immodéré et indiscriminé ». La pression augmente et
se veut dissuasive. Elle finit par libérer la violence latente de corporations affectées par le manque
d’anticipation sociale des nécessaires (et encore bien timides) mesures de protection de
l’environnement que l’Etat commence à prendre. La secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier,
se voit ainsi menacée par le président de la chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne : « Ne venez pas
chez nous, ça va mal se passer ! Vous n’êtes pas la bienvenue, le territoire vous est hostile ! » . Le 31
mars, l’Office Français de la Biodiversité est incendié à Brest par des pécheurs en colère. Morgan
Large dépose plainte pour le sabotage de sa voiture : les écrous d’une roue ont été desserrés. Cette
journaliste d’investigation est la cible d’actes d’intimidation et de harcèlement -son chien a même
été empoisonné- depuis qu’elle enquête sur les dérives de l’industrie agro-alimentaire. Le rapporteur
spécial des Nations unies sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, explique : « Lorsqu’on
criminalise les défenseurs de l’environnement, c’est la cause elle-même qui est mise au ban de la
société, et cela a un effet très néfaste sur la réaction du public ». Sur la répression envers les
manifestants, il ajoute : « Tout cela me semble inquiétant, préoccupant, et c’est la raison pour
laquelle il y a lieu d’alerter les instances internationales. Les Nations Unies ne vont pas tarder à réagir
de manière plus officielle à la situation française ».
La nécessité absolue de prendre, d’urgence, des mesures radicales pour protéger les humains et
toute vie sur terre de l’évolution dramatique du climat et de la biodiversité fait maintenant
consensus. Mais la résistance au changement, compréhensible et légitime, est encouragée par des
media asservis aux intérêts financiers et par la criminalisation insidieuse de la protestation
écologique. Sous des prétextes successifs de pandémie, de risques de pénurie, de crise sociale, de
tension internationale, de jeux olympiques, l’Etat s’équipe de puissants moyens d’investigation et de
répression. La vie privée n’est plus un obstacle à la récupération des données personnelles, au
traçage des déplacements, à l’identification en temps réel de notre présence en tout lieu y compris
par vidéo surveillance. Plane sur nous le spectre du fameux film Z de Costa Gavras qui stigmatisait
l’hypocrisie du régime des colonels en Grèce et l’impunité des violations publiques du droit. Le
glissement vers ce trou noir est aujourd’hui engagé, mais de façon encore plus sournoise.
Évidemment, la France n’est pas un cas particulier dans un monde que la crainte de l’avenir fait se
tourner vers le passé. Tous les gouvernements surfent sur le rejet de l’étranger et l’obsession
sécuritaire, tout en masquant leur politique suicidaire par un discours plein de bonnes intentions, de
promesses fallacieuses, d’actes symboliques sans conséquence pratique.

L’ONG Global Witness a recensé 1733 personnes assassinées pour avoir défendu l’environnement dans le monde entre 2012 et 2021.

Si la France est épargnée par les assassinats, les défenseurs de l’environnement sont de plus
en plus victimes de harcèlement ou de menace. Ne soyons pas dupes de l’intox médiatique et de
l’écolo bashing gouvernemental. Protégeons solidairement notre environnement, notre droit à
manifester, notre liberté de penser.
A méditer

Vincent Meyer

26 Piegros la Clastre

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