Raphaël Glucksmann : « Les ingérences russes en Europe servent Poutine depuis vingt ans »
Dans un essai lucide et salutaire, le président de la commission du Parlement européen sur l’ingérence étrangère décrit comment la Russie mène sa guerre secrète sur le continent européen. Vertigineux.
« Poutine fera la guerre. Je ne sais pas quand, mais il la fera. Et les Européens seront alors surpris de découvrir que cette guerre les vise aussi… » Avant d’être assassinée en 2006 dans sa cage d’escalier – le jour de l’anniversaire du président russe – la journaliste russe Anna Politkovskaïa* avait prononcé ces paroles prophétiques à Raphaël Glucksmann. Dans l’ouvrage qu’il publie ces jours-ci (La Grande confrontation, comment Poutine fait la guerre à nos démocraties, Allary Editions), l’eurodéputé social-démocrate raconte comment la Russie infiltre nos démocraties – et nos esprits – depuis au moins deux décennies, afin de préparer le terrain à l’agression de l’Ukraine. Glucksmann sait de quoi il parle : il préside depuis 2020 la commission du Parlement européen sur les ingérences étrangères. « La guerre hybride de Poutine déstabilise profondément nos sociétés démocratiques », dit-il. Vrai, hélas.
La thèse centrale de votre essai La Grande Confrontation est la suivante : même si les villes européennes ne sont pas bombardées par la Russie, nos démocraties subissent depuis au moins deux décennies une guerre hybride menée par Vladimir Poutine. Expliquez-nous.
Raphaël Glucksmann : Il est fondamental de comprendre que cette guerre n’a pas commencé le 24 février 2022 ni même en 2014 (lors de l’annexion de la Crimée et de l’occupation du Donbass), mais longtemps auparavant. De plus, elle ne se limite pas aux frontières de l’Ukraine, mais se déroule en Europe, en Afrique et ailleurs. Tous les événements guerriers qui ont eu lieu depuis le début du XXIe siècle font partie d’une grande confrontation, qui se traduit militairement – Géorgie (2008), Syrie (2015), Ukraine – ou, de manière indirecte, sans opérations militaires.
Je parle ici des ingérences menées lors des campagnes électorales (celle du Brexit au Royaume-Uni, les présidentielles aux Etats-Unis et en France), de la manipulation des opinions à travers les fake news propagées par les fermes à trolls d’Evgueni Prigojine sur les réseaux sociaux, des campagnes antifrançaises signées par le groupe Wagner en Afrique, des cyberattaques contre nos institutions ou nos hôpitaux pendant la pandémie, de la polarisation des débats sur des médias russes (RT, Sputnik) et du financement de mouvements politiques hostiles à l’Europe. Sans oublier la corruption des élites qui acceptent de travailler pour une capitale étrangère hostile aux intérêts européens. A cela s’ajoutent la persécution ou l’assassinat d’opposants russes sur sol européen et, last but not least, la guerre énergétique qui vise à nous rendre dépendants de la Russie. La confrontation est partout à la fois.

Il s’agit donc d’une guerre… sans confrontation militaire.
Exactement. Cet entre-deux est difficile à appréhender, parce qu’il efface les catégories classiques de l’analyse et de la pensée. Nous ne sommes pas dans un état de guerre au sens classique du terme… mais nous ne sommes pas non plus en paix. La guerre hybride abolit les différences nettes entre la paix et la guerre, et même entre le « dedans » et le « dehors ». Ainsi, nos relations conflictuelles avec Poutine relèvent à la fois de politique internationale et d’un problème intérieur, car la Russie s’immisce chez nous, dans nos débats nationaux. Il s’agit donc d’une confrontation globale, d’un style nouveau, difficile à percevoir et à définir.
La confusion mentale que génère cette forme de conflictualité explique largement la faillite stratégique et l’aveuglement des élites européennes face à un régime qui, pourtant, a défini dès l’origine « l’Occident collectif » comme un adversaire fondamental. L’erreur des Occidentaux est de n’avoir pas prêté attention à ce que disaient et pensaient les dirigeants russes depuis longtemps. Nous ne les avons pas pris au sérieux. Or Poutine prépare cette guerre depuis vingt ans.
Au cœur de son plan soigneusement préparé se trouve, dîtes-vous, deux éléments clefs : l’énergie et l’Allemagne…
Colonel du KGB, Poutine se trouvait en poste à Dresde, en Allemagne de l’Est, lorsqu’il a vu le monde soviétique s’effondrer en novembre 1989. Depuis, il est resté le même homme, et demeure parfaitement cohérent. Dès les années 1990, il met en place une stratégie de reprise du pouvoir, puis de revanche vis-à-vis de l’Occident avec, en ligne de mire, la destruction de l’architecture de sécurité européenne. Pour y parvenir, il possède deux armes : la puissance militaire et l’énergie.
Le premier acte d’affirmation de son pouvoir est, après la guerre de Tchétchénie, la reprise en main du système énergétique. Cela se traduit par la mise au ban et au bagne de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski et la destruction du géant pétrolier Ioukos. Puis, aussitôt, par la concentration dans les mains de son clan, au sein du FSB, de l’ensemble des leviers énergétiques. Dès le début des années 2000, il utilise cette arme pour rendre l’Europe dépendante de la Russie : Poutine ne fait pas la guerre pour les pipelines mais par les pipelines. Sa cible principale ? L’Allemagne.
Pourquoi l’Allemagne ?
C’est le pays qu’il connaît le mieux. Surtout, il a dans sa poche une carte maîtresse : Matthias Warnig, un ancien agent de la Stasi, la politique secrète est-allemande, infiltré dans les milieux d’affaires à l’Ouest [NDLR : à l’époque ou Poutine était à Dresde]. Après la réunification allemande, Warnig s’est reconverti dans le business. Très bien introduit dans les milieux d’affaires rhénans, il occupe une position importante au sein de la Dresdner Bank tout en devenant un pion essentiel du système Poutine. Avec l’aide du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, Poutine et Warnig vont totalement changer la carte du continent européen. Schröder décide de sortir du nucléaire et, face à la fronde des industriels allemands, il leur promet une énergie de substitution bon marché : le gaz russe. Ce n’est pas tout ! Schröder refuse aussi de construire des terminaux méthaniers qui permettraient à l’Allemagne d’importer du gaz naturel liquéfié, ou GNL, en provenance d’autres pays.
Ainsi, Schröder rend son pays entièrement dépendant de Moscou. Mieux, en 2005, à quelques jours de sa défaite certaine aux élections générales face à Angela Merkel, le chancelier sortant grave dans le marbre l’existence du projet Nord Stream. Ce gazoduc sous-marin qui relie la Russie à l’Allemagne permet de contourner les pays de transit que sont la Pologne et l’Ukraine. Ce faisant, il sacrifie les intérêts de ces deux pays et engage l’Europe sur la voie de la dépendance vis-à-vis de la Russie. Au passage, il sacrifie aussi la tradition allemande qui consistait à prendre en compte l’intérêt général européen dans la définition de sa politique étrangère et commerciale. Cerise sur le gâteau : trois mois après sa défaite électorale, Schröder est recruté par Gazprom. Toutes les difficultés rencontrées en Europe depuis le 24 février 2022 pour sanctionner le régime de Poutine sont dues au trio Poutine-Warnig-Schröder.

Sur cette photo, prise le 8 novembre 2011, le Premier ministre français de l’époque François Fillon, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte ou encore le président russe Dmitry Medvedev. Et, au deuxième rang, avec une cravate rouge, un certain Matthias Warnig.
Après le départ de Schröder, rien n’a changé ?
Absolument rien. Non seulement le projet Nord Stream n’a jamais été remis en question par la suite, mais ses successeurs prennent la décision de construire un second gazoduc, afin de doubler la capacité du premier : Nord Stream 2. Tout cela, après l’annexion de la Crimée et l’invasion du Donbass… Dans les années 2000, Schröder expliquait pourtant que le commerce allait démocratiser la Russie en l’arrimant à l’Ouest. Ce discours étant devenu caduc, Merkel invente la théorie « scientifique » du Kompartimentierung. L’argument devient : il faut compartimenter. D’un côté le commerce, de l’autre la géopolitique. Le raisonnement est exactement l’inverse de celui de Schröder (qui prétendait démocratiser la Russie grâce au business), mais qu’importe, l’essentiel est de vendre la politique énergétique germano-russe à l’opinion !
Soit dit en passant, le Kompartimentierung revient à se priver de tout moyen de pression vis-à-vis de la Russie. Exemple : lorsque la France condamne l’annexion de la Crimée, mais que Total conserve ses relations avec Moscou, Poutine en conclut que le discours politique de Paris est totalement fake. À noter que, même après son départ, Schröder a gardé des réseaux très actifs au sein de la « grande coalition » de Merkel (SPD-CDU), à savoir le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et celui de l’Économie Sigmar Gabriel. Ces deux sociaux-démocrates de Basse-Saxe (comme Schröder) feront pression sur Merkel pour que Nord Stream 2 voit le jour. Et cela, contre l’avis de son conseiller à la sécurité Christoph Heusgen…
Un choix lourd de conséquences…
C’est le moins que l’on puisse dire. Au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine, le vice-chancelier Robert Habeck (des Verts) – qui est aussi le ministre de l’Economie et du Climat – se rend compte, stupéfait, que les stocks stratégiques allemands de gaz… sont quasi vides. Pourquoi ? Parce qu’en plus de lancer Nord Stream 2 en 2015, Angela Merkel a aussi confié la gestion d’importants stocks stratégiques allemands à Gazprom. Le géant russe ne se contentait pas de vendre du gaz à Berlin, il contrôlait et gérait des réserves stratégiques sur le sol allemand !
Comme par hasard, ces stocks ont été siphonnés durant les mois précédant l’invasion du 24 février 2022. Alors qu’ils auraient dû avoisiner les 70 %, ils n’étaient remplis qu’à moins de 5 %. Lorsqu’ensuite le Parlement européen a demandé un embargo sur les énergies fossiles russes, c’était impossible, parce que l’Allemagne n’avait presque plus de réserves. Pendant les six premiers mois de la guerre, il a donc fallu continuer à acheter des hydrocarbures russes – soit 800 millions d’euros par jour -, ce qui revenait à financer la guerre du Kremlin contre l’Ukraine.
Le cas de Gerhard Schröder – qui est toujours salarié des Russes – est-il unique ?
Loin de là. L’ancien chancelier a ouvert la boîte de Pandore. Puisque sa reconversion chez Gazprom n’a suscité ni commission d’enquête, ni inculpation, ni scandale, d’autres Européens se sont engouffrés dans la brèche des retraites dorées en Russie. Les Russes ont d’ailleurs inventé un terme : la schröderizatsiya, c’est-à-dire la « schröderisation ». Aucune tendance politique n’est épargnée. Cela va des sociaux-démocrates allemands à un Premier ministre centriste finlandais, en passant par les conservateurs autrichiens de l’ÖVP. Les cas se comptent par dizaines, certains n’ont pas encore été révélés dans la presse.
Et il y a eu François Fillon, qui a rejoint deux entreprises russes en 2021…
Cela pose une question vertigineuse : comment ce gaulliste, ou pseudo-gaulliste, a-t-il pu se mettre au service de Moscou, au moment même où, en 2021, le système russe désignait la France comme un ennemi principal, notamment en Afrique par la voix du groupe de mercenaires Wagner ? Rappelons que François Fillon gouvernait avec le président Nicolas Sarkozy, lequel avait signé le contrat de vente des navires porte-hélicoptères Mistral à la Russie, peu après le démembrement de la Géorgie par l’armée de Poutine, en 2008.
La ministre de la Défense lituanienne de l’époque, Rasa Jukneviciene, m’a raconté qu’elle avait averti son homologue français Hervé Morin du risque que ces bateaux soient utilisés contre des alliés de la France, par exemple en Ukraine ou en Lituanie. Morin lui a répondu que ses inquiétudes étaient sans doute liées aux traumatismes du passé lituanien et qu’elle avait des douleurs fantômes… Cela revenait en gros à lui conseiller d’aller voir un psy. Il faut reconnaître à François Hollande le mérite d’avoir annulé cette vente après l’annexion de la Crimée et, ainsi, empêché que ces navires de débarquement ne soient utilisés en Ukraine.
Les manipulations russes concernent-elles avant tout les élites politiques ?
Non. Les Russes visent simultanément les marges et le centre de la société occidentale. Les marges, ce sont les sites complotistes, les médias alternatifs, le Rassemblement national… Les soutenir permet de remettre en cause l’ordre établi et les institutions européennes, en alimentant une atmosphère de guerre civile portée par des personnalités clivantes aux discours caricaturaux. Le centre, ce sont les élites. Des « gens bien » qui participaient aux innombrables dîners donnés par Alexandre Orlov dans des hôtels de luxe lorsque celui-ci était ambassadeur à Paris. Ces personnalités parisiennes sont en position de relayer le point de vue russe en haut lieu. Les visiteurs du soir de l’Elysée comme Hubert Védrine ou Jean-Pierre Chevènement pèsent certes moins sur les réseaux sociaux que des figures comme Philippot ou les médias alternatifs instrumentalisés par la Russie, mais ils ont une influence infiniment plus grande au sommet de l’Etat. Y compris sur Emmanuel Macron.
Justement, Emmanuel Macron est-il, dans une certaine mesure, perméable au discours russe ?
Le paradoxe du président français, c’est qu’il a lui-même été victime des hackers russes lors de sa première campagne présidentielle – qu’il a faite sur une ligne résolument proeuropéenne –, et qu’il est devenu ensuite, dès le début de son mandat, l’un des fers de lance en Europe d’une politique d’apaisement et de rapprochement avec Moscou. Dans son discours aux ambassadeurs de 2019, il réduit à de simples « malentendus » les différends avec Moscou, et propose un « front commun » de l’Union européenne et la Russie ! Sa vision du monde est post-idéologique : il pense que l’Histoire est faite de dialogues et d’échanges commerciaux. C’est pourquoi il a continué à discuter – pendant des heures ! – avec Vladimir Poutine, y compris après la destruction de Marioupol. Selon lui, il faut aider l’Ukraine et, « en même temps », offrir des garanties de sécurité à la Russie.
La France a manqué une occasion unique de prendre le leadership de la résistance européenne dans le cadre d’une Europe de la défense, tant prônée par Macron lui-même. Le problème est que la France a toujours considéré que la relation avec la Russie l’emportait sur celle avec la Pologne. Or, Paris devrait parler à Varsovie, Vilnius et Bruxelles avant de s’adresser à Moscou. L’Elysée a fait le contraire (et c’était déjà le cas sous Chirac et Sarkozy) jusqu’au 24 février 2022. Ce qui n’a rien apporté à la France, sinon de se faire détester par les pays de l’Europe centrale. On parle de gaullisme, mais les soi-disant gaullistes devraient relire les premiers écrits du général de Gaulle lorsque celui-ci se trouvait en Pologne, de 1919 à 1921. Il y épouse la cause du patriotisme polonais, car il comprend très bien comment ce pays peut servir de barrière contre la menace russe.

Alors, quelles solutions contre l’ingérence ?
Cela passe, pour nos dirigeants européens, par l’interdiction de retraites dorées chez des entreprises comme Gazprom ou Huawei et par la lutte contre les conflits d’intérêts, ainsi que par d’autres mesures de transparence. Mais, au-delà de ces mesures techniques défensives, il faut rétablir le primat du politique. Il est essentiel de reconnaître la menace que représentent nos rivaux stratégiques dont les systèmes politiques sont l’antithèse des nôtres. Puisque nous sommes embarqués dans un conflit de longue durée, il faut un changement de politique industrielle et commerciale. Réussir la transition verte n’est plus un idéal écologique seulement lié à l’urgence climatique, mais une nécessité stratégique qui nous permettra d’atteindre la souveraineté énergétique. Il n’y a là nul idéalisme, mais simplement la prise en compte de nos intérêts à long terme.
Nous avons aussi besoin d’un sursaut en matière de politique de défense, car nous découvrons tardivement que nos réserves de munitions et nos capacités militaires sont faibles. Nous devons ausculter l’ensemble de nos dépendances susceptibles d’être utilisées comme instrument de pression par nos adversaires. La question est : que ferons-nous demain en cas d’invasion de Taïwan, sachant que nous sommes dépendants de la Chine dans l’ensemble des chaînes de valeur ? Et que ferons-nous si les électeurs du Wisconsin décident, l’année prochaine, d’envoyer Trump à la Maison-Blanche, compte tenu de ses affinités avec Poutine et de ses positions sur l’Otan ?
Nos démocraties européennes se sont placées en situation de dépendance totale – énergétique, commerciale, militaire – vis-à-vis du reste du monde. Le plus curieux est que cette situation est l’œuvre de gens qui se disent parfaitement intelligents, rationnels, réalistes, et qui n’hésitent pas à traiter les gens comme moi d’hurluberlus ou de romantiques. En croyant au mythe de la fin de l’Histoire, à l’absence d’ennemis et à la paix éternelle, les dirigeants occidentaux ont laissé nos démocraties se déliter de l’intérieur. Car sans conscience de l’adversité, il n’y a pas de cohésion possible. Il nous faut un sursaut. A en croire le poète allemand Hölderlin, c’est possible : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve », écrivait-il.
Axel Gyldén et Charles Haquet
* Rappel : Moscou : le meurtre de la journalistte Anna Politkovskaïa toujours irrésolu quinze ans après

Sa chaise est restée là et le petit palmier dans son pot a continué de pousser. Dix ans après son assassinat à Moscou, le bureau d’Anna Politkovskaïa a été transformé par ses collègues journalistes en un petit autel « pour ne pas oublier ».
Critique infatigable des exactions commises en Tchétchénie par l’armée russe, Anna Politkovskaïa, journaliste pour le bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta, a été tuée par balles le 7 octobre 2006 dans sa cage d’escalier, à 48 ans.
L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, commis le jour de l’anniversaire du président Vladimir Poutine, avait suscité l’émotion, notamment dans les pays occidentaux, où elle jouissait d’une notoriété plus forte qu’en Russie.
« A plusieurs reprises, nous lui avions demandé de ne plus s’occuper de la Tchétchénie, parce que c’était devenu trop dangereux », se souvient son ancien collègue, Sergueï Sokolov, devenu rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta. « Mais Anna disait qu’elle ne pouvait pas fermer les yeux sur ce que le pouvoir russe y faisait », dit-il à l’AFP.
Après deux jours de silence, Vladimir Poutine, cible récurrente des articles de la journaliste, avait promis une « enquête objective » sur son meurtre.
L’enquête, comme le procès, connaîtra de nombreux coups de théâtres: remaniement soudain de l’équipe d’enquêteurs, fuite en Sibérie du meurtrier présumé, acquittement de trois suspects puis annulation de cette décision par la Cour suprême russe…
« C’était très éprouvant », se souvient le fils d’Anna, Ilia Politkovski. « Et pour finir, il n’y a eu aucune sorte de justice ».
– ‘Justice n’a pas été faite’ –
En juin 2014, à la suite de huit ans d’enquête, cinq hommes, dont quatre Tchétchènes, sont condamnés à de lourdes peines par un tribunal moscovite.
Roustam Makhmoudov, reconnu coupable d’avoir tiré sur la journaliste, et son oncle Lom-Ali Gaïtoukaïev, identifié comme l’organisateur du meurtre, écopent de la perpétuité.
Leurs complices reçoivent également de lourdes peines: 20 ans de prison pour le policier moscovite Sergueï Khadjikourbanov, 12 ans et 13 ans et demi pour les deux frères du tireur, Ibraguim et Djabraïl Makhmoudov.
Mais, malgré la sévérité des peines, le verdict est loin de satisfaire les proches d’Anna Politkovskaïa.
« Justice n’a pas été faite », martèle Sergueï Sokolov. « Oui, ceux qui l’ont tuée sont en prison mais pas leur patron, ni le patron de leur patron ».
Pour Ilia Politkovski, « la justice s’est arrêtée en chemin ».
MCD