Bonjour à chacun.e
Ce petit mot pour reprendre lien, après notre atelier de la mi-mars, espérant que la vie est souriante pour toi.
Henri a réalisé un mémo bien étoffé de ce que nous avons partagé; Denis l’a enrichi; Alain y a ajouté 3-4 mots de ci ou delà; le voici accroché à ce message. Nous t’en souhaitons bonne lecture et espérons qu’il sera inspirant. Peut-être voudras tu, toi aussi, compléter ou reformuler certains passages; merci déjà !
Quelques notions communes exprimées dans ce mémo paraissent signifiantes; les voici résumées :
- Forger de petits territoires solidaires, apprendre de qui se crée dans les villages de Drôme, des Alpes, des Cévennes ou d’ailleurs, de toutes les expériences d’autonomisation que se font connaitre à nous;
- Se relier, se regrouper et agir ensemble, passer de l’action individuelle à l’action collective, déployer toutes les solidarités concrètes, s’abstraire du sentiment d’esseulement;
- Impulser des actions, insuffler le pouvoir d’agir,
- Apprendre de la complexité et du vivant, à observer la nature, à partir de soi, et puis transmettre, diffuser sans vouloir convaincre en donnant envie d’expérimenter;
- Déployer de nouveaux imaginaires et de nouveaux rêves, inventer une nouvelle cosmogonie post moderne, décaler le regard;
- Oser aussi des principes de gouvernance qui invitent le vivant sous ses différentes formes et essences, s’inspirant et reliant à la nature pour faire assemblées de la vie;
- Distiller des processus de mise en actions, en expérimentant à de petites échelles
Notre prochaine rencontre a été fixée le samedi 3 juin, à Die, de 10H0 à 16H00. Local d’Écologie Au Quotidien…3 rue Saint Marcel de Die
Est-ce que cela te convient ? Peut etre l’un ou l’autre agenda s’est modifié ? Si plusieurs le souhaite nous pouvons tenter un framadate pour tenter une date plus adéquate.
Les sujets que nous avions pensé aborder à cette occasion sont : Eau, Mobilité, Agroécologie, Laboratoire de transition, Plantation d’arbres par EcoQuo…
En proposes tu d’autres que tu voudrais évoquer toi-même ou en conviant un.e intervenant.e ? Ou plus tard ?
(par exemple, il pourrait y avoir un intérêt à comprendre les mécanismes collaboratifs et les enjeux de subsistance que rencontrent les actions de plantation des arbres dans le diois – qui met en scène des acteurs très variés-, le programme Biovallée qui rassemble les monde de l’entreprise, des citoyens et institutionnels, ..)
Un grand merci pour l’attention portée à ce message et avec nos vœux de prochain rencontre
Henri et Alain
N° téléphone Alain (en Belgique) = +32.475.96.78.01
N° téléphone Henri = 07.81.50.55.74
Nota :
Le retour en grâce de la proximité
Face aux incertitudes, la question de la proximité n’a jamais été aussi présente. Les territoires sont parés de toutes les vertus et ils constitueraient la maille juste, pour un développement social plus harmonieux. Ils ont fait ces dernières années l’objet de nombreuses recherches et observations.
L’idée de territoire apprenant fait le pari de qualités spécifiques d’apprentissage à ce niveau d’organisation humaine. Il postule donc d’effets, tout à la fois d’organisation et d’imagination qui permettent à des territoires d’émerger par autopoïèse (propriété d’un système de maintenir son organisation malgré son changement de composants) et de créer des communs de la connaissance profitables à tous leurs habitants. Les territoires se génèrent d’eux-mêmes à la condition de coopération entre les acteurs qui y vivent d’une part et d’alignement entre les différents niveaux qui le composent d’autre part (individus, communautés, institutions).
L’idée de territoire apprenant a au moins 20 ans d’âge (Jambes 2001) et le réseau international de l’intelligence territoriale a relevé plus de 400 définitions académiques et pratiques. Si Barthes (2019) met en avant les enjeux d’adaptation de l’éducation aux conditions locales, il est aussi possible de constater que l’on apprend bien plus largement qu’à l’école, chacun apprend en effet de façon informelle tout au long de la vie (Cristol, Muller, 2013).
J’imagine l’utilité de stimuler nos imaginations, de décrire des pratiques et des questions clés pour réussir à coopérer et apprendre ensemble de façon formelle ou informelle, quel que soit notre âge, à la ville comme à la campagne. D’ailleurs, les plans d’aménagement, les projets de rénovations urbaines ou les politiques publiques échouent à désenclaver des régions, des quartiers, des villes quand ils ne rencontrent pas les citoyens.
Il y a donc d’autres leviers à investiguer qui portent sur l’envie de mise en commun, les utopies d’un autre vivre ensemble qui se bâtissent à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, en appui des politiques publiques.
« En ce sens, se revendiquer du « territoire apprenant », c’est poser aussi ce qui peut être une utopie éducative et politique. À l’opposé d’une logique qui confierait l’éducation aux seules institutions légitimes, il impliquerait une forte dynamique communautaire, fondée sur la mobilisation des savoirs de tous sans exclusive au service du développement et de la créativité du territoire » (Bier, 2010).
Il reste à construire une philosophie et une envie coopérative pour s’appuyer sur les individus et les communautés humaines, principales ressources des territoires.
Tout au plus celle de l’intelligence et de l’affection collective et de l’envie de faire avec les autres. Au-delà des ressources attribuées, l’un des principaux moteurs identifié pour le développement de territoires apprenants est celui de l’apprendre ensemble. Il s’agit de comprendre où se situe cette envie d’apprendre ensemble, dans quel contexte elle se développe ou bien s’étiole et la façon de la favoriser entre usages naissants et imaginaires.
La forge de nouveaux imaginaires
Selon le dictionnaire Larousse “territoire” vient du latin, territorium, qui dérive de terra, «terre». Il décrit une « étendue de pays qui ressortit à une autorité ou à une juridiction quelconque ». C’est donc la rencontre d’un relief et de ses occupants, guidé par le besoin de ceux-ci de se reproduire, de vivre et de s’adapter. » C’est une portion de terre habitée et façonnée par des humains.
La notion de territoire est polysémique. Elle fait l’objet d’une variété d’interprétations en fonction des représentations des utilisateurs et des contextes d’usage. Tantôt le territoire renvoie à une réalité géographique marquée par une étendue et une frontière et assorti d’un nom ou toponyme qui le caractérise. Tantôt le territoire renvoie à un ensemble social avec sa langue, ses marques identitaires, ou communautaires, ses façons de perpétuer des usages et d’apprendre c’est une construction culturelle et un héritage historique.
Les décideurs politiques et les administrations le déclinent pour toutes les politiques publiques sociales, environnementales, économiques, culturelles, sportives, sanitaires, urbaines etc. Selon les périodes historiques, le territoire est successivement qualifié de « résilient », « d’inclusif », « sociable » ou de « 0 chomeur longue durée ». Il lui est affecté une qualité ou une intention en fonction des problèmes rencontrés.
Le territoire peut aussi aspirer des intentions de projet, d’innovation ou d’apprenance. Il est alors envisagé dans ses potentialités de développement de ses habitants, tout autant que celle de ses ressources naturelles. Il s’agit alors de réussir, non seulement son aménagement, mais surtout, son développement dans toutes ses dimensions.
Les nouvelles façons des acteurs publics de se coordonner dans l’action, avec des moyens ou des agendas politiques changent, appelant les territoires à être “agiles”, c’est-à-dire de remettre rapidement en question leurs priorités en lien avec leurs moyens également fluctuants. L’idée de « territoire en transition » se situe dans un projet politique de transformation sociétale poussant une vision du vivre ensemble plus harmonieuse de la nature et de l’exploitation de ses ressources. L’idée s’inspire du mouvement « ville en transition » qui voit dans la proximité locale un moyen de répondre aux crises qui traversent la société.
Un espace à redéfinir
Parfois la notion d’espace est aussi utilisée, elle est encore plus polymorphe et imprécise. Elle désigne des ensembles aux contours variables. Elle mélange indistinctement une étendue, un ensemble ou un périmètre selon les textes et les auteurs.
Deux acceptions de la notion de territoire sont repérables selon Godelier (2010).
« Deux acceptions duales de la notion : une acception “passive” faisant du territoire un lieu déterminé marqué par la connectivité qui y opère, une forme d’équilibre et une acception patrimoniale (d’un patrimoine à conserver) et une acception “active” faisant du territoire le lieu de l’expression de la volonté d’“acteurs”
C’est surtout une réalité vécue par des habitants qui y reconnaissent un sens commun, ancré dans des pratiques quotidiennes.
Le territoire porte nos rapports au monde, car les individus sont géographiquement situés. Ils sont de fait dans une proximité à d’autres. Si de grandes vagues d’industrialisation ou d’immigration les ont déracinés de leurs territoires de naissance et d’attachement, les habitants doivent apprendre à composer avec les territoires dans lesquels ils vivent.
Les territoires actuels sont marqués par des mouvements de recomposition, sociaux, économiques mais également identitaires. Apprendre ensemble pour mener à bien des projets apparaît comme un moyen de faire territoire commun.
« Autour du terme générique « territoire apprenant », se déploient actuellement des dispositifs« géo-pédagogiques » partenariaux, hybrides, in vivo, in situ et hors les murs. Dans un contexte favorable à la « territorialisation de l’activité éducative », à l’apprentissage par la pratique et à l’approche expérientielle. ». (Gwiazdzinski, Drevon, 2018)
Il est donc question des « territoires apprenants », non comme une description statique mais comme une recherche de ce qui promeut l’appartenance avec des diversités au niveaux d’observation différenciés.
Sources
Cristol, D. Pour des territoires apprenants : Usages et imaginaires pour apprendre ensemble. Paris : Territorial Editions.
Barthes A. (2019). Quelles significations politiques donner à la territorialisation de l’éducation? dans Champollion (Dir). Territorialisation de l’éducation, tendance ou nécessité. Série Education, ISTE Edition Ltd, Londres
Bier, B. (2010). « Territoire apprenant » : les enjeux d’une définition. Spécificités, 3(1), 7-18.
Cristol, D., &Muller, A. (2013). Les apprentissages informels dans la formation pour adultes. Savoirs, (2), 11-59.
Godelier, M. (2010). Au fondement des sociétés humaines – Ce que nous apprend l’anthropologie, Flammarion, coll. “champs”, n° 979, Paris.
https://www.decitre.fr/livres/au-fondement-des-societes-humaines-9782081231252.html
Gwiazdzinski, L. Drevon, G. (2018) Territoires apprenants, la pédagogie à l’épreuve. Diversité n°191, janvier-‐avril 2018
Jambes, J. P. (2001). Territoires apprenants: esquisses pour le développement local du XXIe siècle. Editions L’Harmattan.
https://www.decitre.fr/livres/territoires-apprenants-9782747511674.html