Rencontrer les Français qui veulent bien écouter ce qu’il a à leur dire, mais tout faire pour ne pas
entendre ceux qui ont à lui dire.
Pour respecter la volonté présidentielle lors d’un de ses déplacements médiatiques en province, la préfecture local
a fait fouiller les sacs des passants. Ceux qui avaient des casseroles ont eu l’interdiction de se rendre sur place.
L’arrêté du préfet s’appuyaitsur l’article L-226-1 du code de la sécurité intérieure (modifié par la loi du 30/07/2021) stipulant que
la libre circulation des personnes peut être limitée « afin d’assurer la sécurité d’;un lieu ou d’un
événement exposé à un risque d’actes de terrorisme ». Des manifestants pacifistes considérés
comme des terroristes ! La loi anti-terroriste a été utilisée pour empêcher les concerts de casseroles !
A quoi sert une loi ? A soutenir les faibles, contenir les forts, ramener les égarés ? Erreur, vous
confondez avec la définition du soutien-gorge ! Encore que, si on y réfléchit bien… La loi est, en
principe, une prescription établie par l’autorité souveraine de l’État, applicable à tous et définissant
les droits et les devoirs de chacun. Suffit-il qu’elle respecte la constitution pour être juste ?

L’utilisation répétée de l’article 49-3 au mépris de la représentation parlementaire et de l’opinion
publique est légale, mais est-elle légitime ? La Charte de l’environnement, incluse dans la loi
constitutionnelle de 2005, précise : « Les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne
doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs
propres besoins ». La France a été condamnée par deux fois pour inaction climatique. Le
gouvernement est mis en demeure par le Conseil d’Etat d’accélérer son programme de réduction des
gaz à effet de serre. Mais le président dit souhaiter « une pause réglementaire en matière de normes
environnementales » ! De l’art de jouer avec les règles, de les modifier à façon, de les contourner ou
d’en retarder l’application. Pour qui ? La fable du loup et l’agneau de La Fontaine se termine par
cette assertion : « la loi du plus fort est toujours la meilleure ». Y aurait-il des lois non écrites, genre
loi du marché, loi du profit, loi de la croissance sans fin ? Ou faut-il croire Jonathan Swift qui affirme :
« Les lois sont comme les toiles d’araignées, qui prennent les moucherons mais laissent passer les
guêpes et les frelons » ?
Le reflux des libertés, publiques et privées, engagé depuis des dizaines d’années, a connu une
accélération lors de la période de pandémie et se poursuit à bas bruit. L’actualité sert de prétexte à
de nouvelles formes de contrôle et au renforcement du système répressif et policier. Mais aussi à
une évolution sémantique abusive, clivante et excluante, avec la banalisation de néologismes
réducteurs genre « islamogauchiste » et » écoterroriste ». La cinquième république a fait évoluer sa
constitution présidentielle pour limiter encore davantage le rôle des assemblées. Elle concentre le
pouvoir exécutif dans les mains d’une seule personne et évolue progressivement en un régime
autoritaire, une démocrature. La presse nationale et les principaux media sont aux mains d’une
poignée de grands industriels ou financiers. Le partage de la valeur s’est profondément modifié au
profit des actionnaires et au détriment des salariés et des fonctionnaires. La précarité de l’emploi et
des revenus n’a jamais été aussi grande depuis la fin des années folles il y a 90 ans.
Le 15 mars 1944, fut adopté le Programme du Conseil National de la Résistance (CNR). Ce texte
fondateur d’une nouvelle démocratie, et annonciateur des Jours Heureux, a vu ses principaux
articles, peu à peu, vidés de leur contenu et leur esprit totalement bafoué. 69 ans plus tard, dans un
contexte de chaos social, d’incertitude géopolitique, d’angoisse climatique, ne serait-il pas temps
d’en restaurer les bases ? Souvenons-nous de ces mots du Programme du CNR :
Assurer « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances
d’argent et des influences étrangères, la liberté d’association, de réunion et de manifestation ».
Instaurer « une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes
féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » et « une organisation
rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».
Garantir « un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la
sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ».
A méditer
Vincent Meyer
26400 Piegros-la-Clastre