Louis Boyard ( Louis Braillard ): Gilet jeune
C’est l’histoire d’un enfant du siècle… de TikTok. Louis Boyard est le pur produit de la société du spectacle : narcissique, irresponsable, fier d’une inculture qu’il arbore comme un diplôme. Influenceur 2.0, la politique est pour lui le moyen de convertir ses mots, ceux du chaos, en followers. Il eut été savoureux de le voir côtoyer Guy Debord. Peut-être le situationniste aurait-il décelé dans l’assurance de ce kamikaze de 22 ans, devenu député sur du vent, la marque définitive de sa prescience.
Alors que la politique connaît une crise des vocations, voilà Boyard désigné benjamin de l’Assemblée par le prodige de l’époque. Ni prolo, comme il se rêve, ni bourgeois comme nombre de ses camarades Insoumis, il milite dès le lycée. Comédien né, il harangue contre la découverte d’amiante dans son établissement, puis contre Parcoursup. Ces combats le propulsent à la présidence de l’Union nationale lycéenne (UNL). Cette officine de l’extrême gauche acnéique est un vivier de La France insoumise (LFI), où l’on apprend la chasse aux déviationnistes, surtout s’ils sont communistes. Louis aboie et, très vite, les télés racoleuses repèrent le Boyard. La gloire est atteinte lors du mouvement des Gilets jaunes. Blessé dans un cortège, il affirme avoir été la cible d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD), tandis que le ministre de l’Intérieur d’alors, Christophe Castaner, le prétend tombé de la statue de la place de la République en faisant le mariole. Le ministre se trompe et notre Loulou surjoue la victime sur Twitter. Bingo.

Illustration : Laura Acquaviva
Nullité revendiquée
Alors que Boyard a déjà ses entrées dans les Grandes Gueules sur RMC, Cyril Hanouna lui propose une place de chroniqueur. La révolution en mode Bolloré est en marche et rétribuée : 300 euros la pige de bagout, moins que pour d’autres, plus que ça ne vaut. Dès sa première dans Touche pas à mon poste !, il dit tout de lui : « Je suis en deuxième année de droit […] je suis nul, vraiment nul, tu ne peux pas me mettre dans une salle de classe… » À cette nullité revendiquée s’ajoute vite un autre aveu qui fait le buzz. En septembre 2021, il lâche : « J’vais pas t’mentir, j’ai dealé, j’vous jure. […] Moi, un moment, j’étais en galère, on m’a proposé le bail, j’ai fait. » Ouais, gros. En début d’année, on retrouve d’ailleurs le bon Louis faisant un caméo dans un clip du rappeur Yanni sobrement intitulé Louis Boyard, où l’artiste rappelle le passé de dealer du député. Un CV assez fourni pour voir La France insoumise l’investir aux législatives dans le Val-de-Marne. Il y bat Laurent Saint-Martin (LREM), rapporteur du budget de l’Assemblée nationale. Un concurrent sans doute meilleur élève que lui, mais moins doué en matière de clashs et de maîtrise des réseaux. Une fois élu, Boyard est au cœur de la stratégie de bordélisation d’une Nupes qui transforme le Palais-Bourbon en plateau de téléréalité. Son premier fait d’armes intervient dès l’élection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée. Suivant la tradition, en tant que plus jeune député, il joue le rôle d’assesseur. Devant serrer la main des votants, il refuse celle de ses collègues du Rassemblement national. Il s’en explique sur La Chaîne parlementaire : « Nous sommes face à une pandémie, il faut prendre ses précautions… Une pandémie de racisme, d’antisémitisme, d’islamophobie ! » Pourtant, sur l’antisémitisme, il ne semble pas dérangé par les hommages de son parti à Jeremy Corbyn ou Salah Hamouri. Qu’importe. Se revendiquant de la « génération Adama » et Acab (All Cops Are Bastards, en français « Tous les flics sont des bâtards »), il prétend lutter contre le racisme et une extrême droite qu’il peine à définir. Comme il le dit sur la chaîne YouTube Le Crayon : « Je ne vois pas vraiment l’intérêt de vouloir clarifier les termes extrême droite. » Pratique. Cela lui permet d’y renvoyer toute pensée contraire à la sienne. Ce qui ne l’empêche pas d’user de méthodes prisées des fachos, à commencer par l’édification de listes d’adversaires. C’est ainsi qu’après l’échec d’un vote sur les repas à un euro pour les étudiants, il tweete la liste de ceux ayant voté contre, les transformant en cibles pour les harceleurs de la toile. Autre combat prioritaire, il demande l’interdiction « du port de costumes aux prix exorbitants » par ses collègues de l’Assemblée.
Télé poubelle et amende record
Retrouvant fin 2022 le plateau de Cyril Hanouna, il profite d’un débat sur les migrants pour attaquer Vincent Bolloré, propriétaire de C8. Proche du milliardaire, Hanouna explose à coups de « t’es une merde », « abruti », « tocard », et révèle les sommes versées au député par la chaîne. La séquence entre dans l’histoire de la télé poubelle et vaut à la chaîne une amende de 3,5 millions d’euros. Mais aussi à Louis Boyard une mise sous protection policière après que son adresse et son numéro de téléphone eurent été illégalement diffusés sur les réseaux. La police a parfois du bon… Arrive alors le débat sur la réforme des retraites. L’ex-piètre étudiant Boyard s’en va encourager le blocage de la faculté de Rennes II. Un exploit aisé, qu’il s’attribue pourtant avec fierté, la paralysie de la fac étant une habitude. L’épisode le grise. Dans une vidéo virale, il propose aux lycéens de bloquer leurs établissements : « Poste la plus belle photo de ton blocus avec le hashtag #BlocusChallenge […]. On tirera au sort une des photos et on emmène l’équipe de bloqueurs visiter l’Assemblée », promet-il, en omettant de préciser que nul n’a besoin de son quitus pour entrer au Parlement. L’opération fait un bide, mais illustre la confusion entre élu et influenceur à l’ère du vide. Un mélange des genres qui porte gravement atteinte à la fonction politique, et nous donne envie de changer de chaîne.
