« Les arbitrages sur le “pacte en faveur de la haie” devront montrer la détermination de l’Etat à traiter ce sujet à hauteur des enjeux »
Le consensus autour de la préservation et du développement des haies doit se traduire par des engagements forts, passant nécessairement par une trajectoire chiffrée, des moyens financiers et une évaluation de cette politique, souligne, le spécialiste et président d’association Philippe Hirou.
Le devenir de l’arbre dans les paysages de nos campagnes va se jouer dans quelques jours avec la remise des conclusions de la concertation, lancée par le ministère de l’agriculture et le secrétariat d’Etat à l’écologie, sur le « pacte en faveur de la haie », après la publication en avril d’un rapport alarmant du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER).
Car sans les haies, il sera impossible de remédier à la dégradation des écosystèmes et d’atténuer les effets du changement climatique : ce pacte doit être un des emblèmes de la planification écologique. Permettra-t-il de juguler la disparition des haies et d’amorcer une trajectoire de reconquête adéquate pour tenir nos engagements climat et biodiversité d’ici à 2030 et jusqu’en 2050 ?
Réunis autour de la table, les ministères, les organisations agricoles et les structures qui œuvrent pour l’arbre et la haie ont une occasion historique d’agir ensemble. La France pourrait ainsi avoir une longueur d’avance pour la mise en œuvre de la loi sur la restauration de la nature, adoptée au Parlement européen le 12 juillet. Ce geste politique fort répond au constat du CGAAER : la disparition des haies a doublé en passant de 11 500 kilomètres par an entre 2010 et 2014 à 23 500 kilomètres par an entre 2017 et 2021.
Faire des haies une grande cause nationale
La tendance est donc contraire à ce qu’elle devrait être pour adapter notre agriculture et nos territoires au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. La concertation a montré qu’il fallait articuler trois leviers – valorisation, protection, reconstitution – pour penser collectivement une politique efficace pour la haie, sans retomber dans un écueil : le seul soutien à la plantation ne suffit pas à endiguer l’érosion de haies.
La concertation a prouvé qu’il existe un consensus politique solide pour faire des haies une grande cause nationale et incarner aux yeux des Français la planification écologique, en lui donnant une traduction concrète et visible dans nos paysages quotidiens. Mais le consensus autour des haies doit se traduire par des engagements forts.
Les arbitrages qui vont être rendus dans quelques jours devront ne laisser aucun doute sur la détermination de l’Etat à traiter ce sujet dès aujourd’hui, à hauteur des enjeux climat et biodiversité, dans une vision de long terme qui passera nécessairement par une trajectoire chiffrée, des moyens financiers et un outil de pilotage et d’évaluation de cette politique. Faute de quoi les conséquences seront irréversibles, car, face aux évolutions rapides, nous n’avons plus le temps de remettre les choses à demain.
En 2023, les haies sont vieillissantes, détériorées et finissent par disparaître, car elles n’ont pas de valeur économique intrinsèque pour les agriculteurs. Considérées comme une perte de surface cultivée et une charge, elles sont réduites à peau de chagrin avec un entretien coûteux et dégradant.
Déconstruire soixante-dix ans de mauvaises pratiques
Le pacte en faveur de la haie offre l’occasion inédite d’opérer un changement de paradigme en créant les conditions favorables à l’essor de nouveaux modèles économiques et de production valorisant immédiatement les haies existantes, tant pour leur biomasse que pour leurs services écosystémiques.
Les nouvelles haies seront ainsi implantées en ayant dès le départ une finalité et l’assurance que leur maintien et leur gestion fournissent un revenu, à terme, à l’agriculteur. Si cette approche peut s’avérer la meilleure, elle peut aussi être la pire si aucun cadre de gestion durable des haies n’est donné par les pouvoirs publics, en particulier par le pacte. La pression sur cette ressource fragile risque d’être de plus en en plus importante, avec des risques de surprélèvement et de faibles garanties de remise en état des haies.
Retrouver l’optimum de biomasse et de services écosystémiques, supports de nouvelles économies territoriales et agricoles, implique une remise en bon état écologique des haies et de déconstruire soixante-dix ans de mauvaises pratiques. C’est l’autre enjeu majeur de ce pacte que de faire reconnaître l’importance d’un bon état écologique et d’une bonne gestion des haies pour les services rendus et pour leur pérennité.
Accès au bonus haie avec la politique agricole commune
Or, cette gestion, inspirée des pratiques forestières, loin d’être une charge nette, peut être un réel atout économique pour les exploitations agricoles. Des modèles réussis ont fait leurs preuves, encadrés par des plans de gestion durable et par une certification, le Label Haie, soutenue par les ministères concernés.
Les valorisations sont alors directes, par la vente de bois énergie issu de haies certifiées gérées durablement, ou par l’autoconsommation des exploitations pour le chauffage ou la litière des animaux. Ces valorisations sont aussi indirectes : par l’accès au bonus haie de la politique agricole commune et à des paiements pour services environnementaux, notamment dans le cadre de programmes des agences de l’eau. Si de nombreux modèles économiques vertueux pour la haie ont fait leurs preuves dans les territoires, il s’agit désormais d’en organiser le passage à l’échelle nationale tout en apportant les garanties certaines d’une remise en état des haies.
En définitive, le vrai enjeu du pacte en faveur de la haie est de lui redonner une place de choix dans les exploitations agricoles et dans nos territoires, par un intérêt commun et bien compris de tous. Parce que ce capital arboré a de la valeur et qu’il est difficile à reconstituer, il est primordial de mettre la priorité des actions et des moyens sur sa préservation par sa valorisation. Il restera à tous les partenaires réunis à l’occasion du pacte à agir en commun pour le mettre en œuvre sur le terrain.