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Le Convoi de l’eau s’achève sans moratoire sur les grands stockages

Le Convoi de l'eau s'achève sans moratoire sur les grands stockages
Soulèvement de la TerreLe Convoi de l’eau a rejoint Paris, le 26 août.

« Puisque le Gouvernement et l’agence de l’eau démontrent aujourd’hui qu’ils n’ont aucune volonté de dialogue réel et continuent à passer en force, (…) nous allons devoir appeler à de nouvelles actions encore plus fortes et massives contre les chantiers », a indiqué le collectif Bassines non merci à l’issue du Convoi de l’eau. Organisé par un collectif de syndicats, de partis politiques et d’associations, ce cortège composé de vélos et de tracteurs a parcouru 450 km, de Lezay (Deux-Sèvres) à Orléans (Loiret), avant de rejoindre Paris, le 26 août. Leur objectif : demander un moratoire aux grands projets de stockages d’eau.

À chaque étape étaient associés une thématique et un projet dénoncé par le collectif : mégabassines, accaparement des terres agricoles, élevage industriel, dégradation de la qualité de l’eau de la Loire. Mais également une mise en lumière du modèle des fermes collectives et coopératives.

À l’issue de ce cortège, des représentants du collectif ont rencontré le président du comité de bassin Loire-Bretagne et la préfète de région et de bassin sans obtenir de moratoire. « En même temps, le panneau de permis de construire est déposé à Priaires. Cela signifie un démarrage imminent d’un nouveau chantier de bassine, regrette Bassines non merci. À Sainte Soline, les travaux de sécurisation sont annonciateurs de la plastification et de la pose de la bâche en vue du remplissage, cet hiver. » Les membres ont fixé une première date de mobilisation, le 8 septembre, lors du procès de militants.

« Nous sommes tous des écoterroristes ! » : la galaxie hétéroclite des soutiens aux Soulèvements de la Terre

Au terme d’un périple d’une semaine entre Sainte-Soline et Paris, dont un rassemblement à Orléans, les opposants aux retenues d’eau mobilisés par la Confédération paysanne et par le collectif Bassines non merci ont voulu donner l’image d’un « convoi de l’eau » festif et rassembleur.

Des participants au « convoi de l’eau » à leur arrivée à Paris, le 26 août 2023.

Des participants au « convoi de l’eau » à leur arrivée à Paris, le 26 août 2023.

De bon cœur, devant les grilles de l’agence de l’eau à Orléans, vendredi 25 août en fin d’après-midi, une petite foule de 600 personnes a crié : « Nous sommes tous des écoterroristes ! » Un clin d’œil aux déclarations du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et à sa décision de dissoudre les Soulèvements de la Terre, une galaxie hétéroclite d’associations et de militants impliqués notamment dans la lutte contre la construction de mégabassines à Sainte-Soline et dans les Deux-Sèvres.

La manifestation était attendue après la dissolution des Soulèvements de la Terre – suspendue en août par le Conseil d’Etat – décidée par le gouvernement après les affrontements, très violents, avec les forces de l’ordre, en mars, autour de la mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), une retenue artificielle d’eau défendue par certains représentants agricoles mais critiquée par des associations. Les organisateurs, dont la Confédération paysanne et le collectif Bassines non merci, avaient appelé les volontaires pour un périple en tracteur ou à vélo, appelé « convoi de l’eau », pendant une semaine entre Sainte-Soline et Orléans, avec un rassemblement devant l’agence de l’eau Loire-Bretagne, l’instance pilotée par l’Etat qui autorise et subventionne ce type de chantiers.

Aux images de violences, les organisateurs avaient voulu substituer, au moins temporairement, celles d’un défilé festif. De fait, hormis la dégradation de la pelouse d’un golf près de Poitiers, le 20 août, la manifestation s’est déroulée dans le calme, dans une ambiance de kermesse militante, avec cuisine collective, toilettes sèches, fanfare et chants puisés dans le répertoire traditionnel de l’extrême gauche, surveillée par une poignée de policiers et de gendarmes. Le gros des militants est venu des régions voisines. Mais des activistes de dizaines de collectifs se sont associés – la plupart d’entre eux refusent de donner leur nom.

« Est-ce qu’ils vont continuer tête baissée à construire des bassines ? Il y aura des luttes. S’ils ne nous écoutent pas, il faudra désarmer [détruire] ces bassines », souligne une militante de 27 ans, qui se définit comme « nomade », passant d’une ferme à une autre et d’une lutte à une autre, dont Sainte-Soline, le tunnel Lyon-Turin et bientôt le site d’enfouissement de déchets toxiques de Stocamine, en Alsace. « Ils ont la volonté de nous stigmatiser comme terroristes. On leur fait tant peur que ça ? », demande-t-elle. Des militants du Berry décrivent leur lutte contre l’artificialisation des sols ou l’installation de plates-formes logistiques. Un accompagnateur en moyenne montagne, venu de La Clusaz, en Savoie, raconte la mobilisation contre une retenue destinée à la neige artificielle. Une militante de la Confédération paysanne relate, sous les applaudissements, la bataille des quotas d’eau dans le Loiret contre des céréaliers.

« C’est le convoi du dernier dialogue »

Thérèse, 68 ans, infirmière retraitée, est venue de Dijon. Militante d’Attac et sympathisante des Soulèvements de la Terre, elle interroge. « Qu’est-ce qu’il faut faire pour se faire entendre ? » « Ça fait du bien, c’est une autre façon de faire de la politique, c’est réjouissant de voir cet enthousiasme », abonde sa voisine, Brigitte, 68 ans, médecin retraitée, ancienne du mouvement Sortir du nucléaire, passée par Nuit debout et les « gilets jaunes ». Même si, finalement, la mobilisation est restée des plus modestes, malgré les déclarations tonitruantes des organisateurs, y compris pour le rassemblement qui a clôturé samedi à Paris le « convoi de l’eau » sur le Champ-de-Mars, où quelques centaines de personnes se sont mobilisées dans le calme avant de traverser la capitale à vélo.

Sur le fond, rien n’a vraiment évolué. « C’est le convoi du dernier dialogue », avait lancé une des militantes, à l’arrière d’un tracteur de la Confédération paysanne, en réclamant que soient suspendus les travaux préparatoires au chantier des six bassines déjà financées et autorisées. Les représentants des manifestants – reçus vendredi par la préfète de région, Sophie Brocas, présidente de l’agence de l’eau – n’ont pas obtenu de moratoire.

« Un dialogue de sourds », a regretté la préfète. « J’ai fait des propositions d’avancées qu’ils ont refusées », explique la représentante de l’Etat, en citant l’idée d’une pause de quelques semaines dans les travaux ainsi qu’une révision des critères d’autorisation et de subventionnement pour les dix bassines suivantes – un point tout de même salué par les organisateurs. « Pour les six réserves autorisées et financées, on a créé des droits qu’on ne peut pas annuler (? )», plaide la haute fonctionnaire.

« On détruira toutes les bassines »

La mobilisation devrait se poursuivre. « Puisque ce gouvernement refuse de mettre en œuvre un moratoire, nous devrons le faire nous-même par de prochaines actions massives pour arrêter directement les chantiers », a expliqué le collectif sur sa chaîne Telegram. Outre Sainte-Soline, les tensions risquent de se concentrer sur le projet de mégabassine de Priaires, dans les Deux-Sèvres. « Grille par grille, bâche par bâche, on détruira toutes les bassines », a scandé Julien Le Guet, un des porte-parole du mouvement, annonçant de futurs rassemblements sur le terrain.

Une tentative de médiation va néanmoins se poursuivre dans les prochaines semaines, conduite par Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne, une instance consultative. Dans une petite salle de l’agence de l’eau, alors que les manifestants protestent à l’extérieur, celui-ci insiste sur l’urgence d’une sortie de crise : « Le dérèglement climatique s’accélère, il y a une vraie prise de conscience que l’eau n’est plus inépuisable. » Début juillet, le comité a voté une motion, à la quasi-unanimité, appelant à des discussions jusqu’en décembre. Une mission éminemment complexe tant les tensions sont vives.

Devant l’agence de l’eau, les manifestants ont longuement chanté « tout le monde déteste les bassines » et « tout le monde déteste la police ». Sur les grilles, une banderole a été accrochée : « L’Etat tue pour le capitalisme. » Le slogan résume bien une des difficultés de ceux qui voudraient parvenir à une forme de conciliation : derrière les Soulèvements de la Terre, c’est une bataille pour un modèle agricole, économique, social, voire démocratique, qui oppose manifestants et défenseurs de la construction de mégabassines.

Luc Bronner

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