Le franc-parler : EELV s’enfonce tous les jours un peu plus !
Le ver est dans le vert : le franc-parler de Caroline Fourest
Imaginez qu’un rappeur se fasse appeler « Vatican ». Qu’il ait converti une partie de la jeunesse au rap identitaire chrétien, tel un juteux business. Qu’en pleine série d’attentats au nom de Jésus, ce rappeur baptise son album Croisade, incite son public à « crucifier les laïcards comme à Golgotha », multiplie les quenelles contre des sites juifs, prône une virilité toxique se moquant des « tarlouzes »… Ce rappeur chrétien, s’il existait, serait-il invité en grande pompe à l’université d’été du parti Les Écologistes ? Papacito, puisqu’il existe, pourrait-il être convié à deviser, avec la cheffe du parti en personne, sur « Force de la culture face à la culture de la force » ? Bien sûr que non.
Il faut une barbe noire bien taillée, se revendiquer de la « religion des opprimés » et pouvoir se vanter d’être détesté par le RN, pour se déguiser ainsi en « mère-grand ». Promettre aussi d’avoir un peu changé. Ce qui est peut-être vrai permet de protéger son business et son succès. Reste que les textes de Médine dégoulinent d’éléments de langage islamistes. Qu’à côté de sa virilité toxique, Denis Baupin passerait volontiers pour un « non-binaire » en transition. Pourquoi célébrer sa « force » culturelle ? Parce qu’il veut convertir en douceur désormais ? Pas de chance pour Médine, « avoir changé » fait exactement partie de la tactique des Frères musulmans, ces trotskistes de l’islam. Tariq Ramadan, qu’il a tant admiré, a longtemps usé de cette ruse pour faire passer les féministes laïques qui s’inquiétaient de le voir invité à gauche, en vertu de sa soi-disant « évolution », pour de dangereux paranoïaques « islamophobes ».
Le même refrain frelaté nous est donc resservi. Ce n’est pas une faute isolée. Cette invitation ne ferait pas autant de bruit si elle ne venait pas d’un parti qui, sous d’autres noms, a soutenu la construction d’une mosquée frériste à Strasbourg, si Sandrine Rousseau ne défendait pas un féminisme qui s’arrête au « voile » (qu’elle trouve beau), et si des militants laïques n’avaient pas dû fuir des sections entières tombées sous l’emprise de militants fréristes, comme ce fut le cas à Roubaix.
En voyant des intégristes noyauter les Verts avec facilité et délice, je me suis souvent demandé pourquoi la gauche écologiste offrait un fruit si juteux au ver islamiste. Le fait d’aimer la même couleur ne peut suffire… J’en suis arrivée à la conclusion que, contrairement à La France insoumise (convertie à ces alliances par cynisme électoraliste), les écologistes cultivent la naïveté et la repentance postcoloniale à un degré de bêtise qui les rend prenables par n’importe quelle brute se disant victime de racisme. En matière de danger totalitaire, ils n’ont tout simplement aucune boussole, autre que l’opposition au RN. Leur incapacité à voir que l’extrême droite peut avoir plusieurs visages, en l’occurrence une barbe, les transforme en parfaits idiots utiles de l’extrême droite islamiste comme de l’extrême droite raciste. Cette invitation a de quoi tous les régaler.

« on se saurait comprendre l’attitude ambivalente de la Nupes face au cas du rappeur Médine en dehors de la double séquence politique de dénonciation radicale des « violences policières » et de la montée des périls liés à « l’ultra-droite ». »
Journées d’été d’EELV : « La présence de Médine révèle les écueils de la pensée néoprogressiste »
Sami Biasoni, docteur en philosophie, explique en quoi l’invitation aux journées d’été d’EELV d’un rappeur comme Médine révèle les trois paradoxes de la gauche française : la subjectivité des jugements moraux, l’utilisation en fonction des circonstances de la notion de « continuum » des discriminations et le deux poids deux mesures en termes de violences d’extrême droite ou d’extrême gauche.
« Morale contextuelle »
Sur le plateau de la chaîne LCI, Sandrine Rousseau a récemment réagi à la polémique en tentant de dissimuler sa gêne, arguant que Médine avait « évolué » et qu’il avait « fait un parcours », sans nuance ni réserve spontanée. Dans le même temps, elle n’a pas hésité à conspuer l’héritage de Geneviève de Fontenay à la mort de cette dernière, en affirmant qu’avec « le concours Miss France [elle] a fait reculer l’image et les droits des femmes » ! Cette ambivalence est caractéristique de la posture néoprogressiste : quand il s’agit de défendre des alliés putatifs, on invoquera la trajectoire et les circonstances. Quand il faut étayer une thèse militante – ici celle du « sexisme » des concours de beauté – on se contentera de condamner le fait résiduel.
Un tel procédé est régulièrement à l’œuvre : il a servi à la relativisation, voire à la défense, au sein de la Nupes, des agissements reprochés à Adrien Quatennens, Éric Coquerel et Taha Bouhafs alors que les élus de ce mouvement sont d’ordinaire si prompts à vouer aux gémonies telle ou telle personnalité sans tenir compte, ni des circonstances, ni du « parcours » environnant les faits incriminés. Les jugements moraux ont ceci de commode qu’ils sont, bien souvent, aussi subjectifs que les principes qui les fondent. L’extrême gauche le sait et n’hésite pas à se servir de cela pour se prémunir de la complexité inhérente aux situations humaines.
Le paradigme du continuum
Comme pour Taha Bouhafs, l’affaire « Médine » met en jeu un autre écueil de la pensée néoprogressiste, celui de la logique de « continuum » des violences et des discriminations. Cette dernière s’énonce ainsi : la condition sociale des individus relève en premier lieu des rapports de domination entre eux et leurs pairs. Ces rapports de domination sont permanents et opèrent selon un gradient. En matière d’oppression, il existe – selon cette conception – un continuum entre une « micro-agression » verbale (sarcasme, emploi d’un terme mal choisi), une atteinte à l’intégrité psychologique (insulte, harcèlement) et un crime (menace physique, coups, etc.).
Cela vaut pour les offenses liées à la race, au sexe (la notion de « culture du viol » répond de ce continuum), à la condition physique (obésité, handicap), et même à l’environnement ou au rapport à l’animal, selon la doxa antispéciste. En revanche, et voilà un impensé embarrassant ici à l’œuvre, il y aurait une césure franche entre islam et islamisme, comme il ne saurait y avoir de lien d’entraînement répréhensible entre certaines cultures virilistes méditerranéennes ou subsahariennes et les comportements des individus qui ont été influencés par elles.
Paradoxalement, il est fort probable que là où il est question d’un continuum, il faille considérer des ruptures d’échelle, conformément aux principes de justice qui régissent notre pacte républicain, et que là où l’on rechigne à jeter des ponts, il soit pertinent d’envisager une articulation pour convenablement penser les phénomènes traumatiques dont il est question. En somme, le néoprogressisme propose non seulement une inversion du raisonnable, mais il impose aussi, à sa convenance, une grille de lecture du monde contingente aux intérêts politiques qu’il défend. C’est d’ailleurs pourquoi le Parti communiste et les franges humanistes et laïques du Parti socialiste font preuve de circonspection dans l’affaire qui nous occupe, conscients des incohérences qui structurent le débat.
« Ultra-droite » et panique morale
Enfin, on se saurait comprendre l’attitude ambivalente de la Nupes face au cas du rappeur Médine en dehors de la double séquence politique de dénonciation radicale des « violences policières » et de la montée des périls liés à « l’ultra-droite ». L’artiste est en effet publiquement engagé sur ces deux terrains militants. Il constitue donc un allié de circonstance, qui plus est très écouté par les catégories les plus jeunes et souvent les plus radicales du mouvement. Souvent accusés de servir une vision « islamo-gauchiste » ou woke du monde, vision incompatible avec les principes universalistes et humanistes les plus élémentaires, les élus d’extrême gauche dénient ces accusations en invoquant le concept central de « panique morale », concept sociologique développé par Stanley Cohen dans les années 1970 en vertu duquel à partir d’un phénomène marginal ou fantasmé, on induit une réaction collective disproportionnée par le biais des médias et souvent jusqu’au domaine de l’action politique concrète.
Or, s’il est bien une panique morale incontestablement orchestrée actuellement, c’est celle de la menace que représenteraient les mouvements actifs à la « droite de la droite » (identitaires, ultranationalistes, voire suprémacistes) alors que régulièrement dans notre pays, chaque manifestation donne désormais droit à des provocations, des exactions et des confrontations violentes fomentées par des groupuscules se réclamant de l’extrême gauche anticapitaliste, antiraciste et environnementale engagée dans le camp de la « justice sociale ». Ce troisième paradoxe est par ailleurs rendu possible par un attelage de circonstance des mouvements cités et du parti gouvernemental, qui ne manque pas une occasion de dénoncer le même phénomène pour bénéficier de l’opportunité d’apparaître comme l’option républicaine raisonnable, seule réponse aux extrémismes.
L’attitude ambivalente de Gérald Darmanin – si impuissant à faire cesser les débordements et à contenir les menaces à l’encontre des forces de l’ordre, mais intransigeant lorsqu’il s’agit d’empêcher le déploiement d’une banderole ou la tenue d’un happening symbolique – ou la tactique politique de Pap Ndiaye qui élude la faiblesse de son mandat en invoquant au premier chef un acharnement de l’extrême droite à son encontre sont autant de preuves de la séquence politique dont il est question. Marine Tondelier a raison : « Ce n’est pas l’extrême droite qui décide des invitations ». Mais ce principe ne vaut que s’il est réciproquement appliqué. Seuls les principes de la République doivent nous guider dans l’appréhension des situations limites ou, comme ici, la liberté des opinions, mêmes radicales, s’oppose à la bienséance et à la tempérance.
Sami Biasoni, docteur en philosophie
Tu es l’interprète d’un album qui s’appelle Jihad, tu appelles dans ton rap à crucifier les laïcards, tu aimes le pire de tes frères, « ongles et bec, qu’il soit de Saint-Denis ou de Molenbeek », tu dégueules sur la France et sur ses lois, tu « mets des fatwas sur la tête des cons », tu tapes la pose avec Houria Bouteldja et Iquioussen, tu adhéres à l’idéologie du Cheik Youssef Al-Qaradawi et de Hani Ramadan (lapidation des femmes, antisémitisme, tout ça, ça te parle ?)… Tu joues à quoi ?
Pas à nous, le coup de l’ambiguïté ou de l’amalgame.
Alors merci d’être ce que tu es. Ça permet de savoir ce que sont EELV et LFI.
Maud koffler