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« Au commencement était l’écoute » : pour en finir avec « la société du défouloir »

Sibyle Veil, PDG de Radio France, s’attaque à l’omniprésence des écrans dans nos vies et à « l’ère du clash ». Elle met en avant les bienfaits de l’écoute, tout en défendant son bilan à la tête de la « maison ronde ».

Brice Laemle

La présidente-directrice générale de la Radio France publique, Sibyle Veil, signe un premier essai (Au commencement était l’écoute, L’Observatoire, 176 pages, 18 euros) dans lequel elle vilipende l’omniprésence des écrans dans nos vies et « l’ère du clash », carburant des réseaux sociaux, qui contamine désormais certains médias. « Puisqu’une tribune chasse l’autre, (…) il fallait écrire dans ce qui est encore durable. » Comprendre : un livre.

L’ancienne conseillère d’Etat rappelle, par exemple, que l’animateur Cyril Hanouna s’en est pris à elle dans « Touche pas à mon poste ! » sur C8 en janvier, mécontent d’un tweet le concernant la veille. Plus qu’une stratégie d’intimidation, « une dérive symptomatique de la société du défouloir », cingle-t-elle. Constatant que « l’invective prend le pas sur la discussion », Sibyle Veil invite à affronter « une crise profonde de la parole, qui mine nos relations et menace l’équilibre de notre démocratie ».

Soulignant notre addiction aux écrans comme aux réseaux sociaux – et l’aliénation qui en ressort –, elle ne souhaite pas les congédier, mais leur rendre une juste place. Comme remède à une société de plus en plus clivée, la dirigeante livre un plaidoyer pro domo pour l’écoute et pour l’audio, s’appuyant sur des références multiples (du philosophe Pascal Bruckner aux artistes Angèle et Orelsan, ou encore l’économiste Daniel Cohen).

Ping-pong verbal

Sibyle Veil en profite pour défendre ses cinq premières années à la tête de la radio publique : l’urgence à s’adresser à la jeunesse, la lutte contre la désinformation ou le choix de développer une application réunissant tous les contenus des antennes de Radio France. L’ex-conseillère à la présidence de la République du temps de Nicolas Sarkozy, aux côtés de Raymond Soubie, dispense également quelques conseils aux manageurs en devenir en prônant notamment « l’écoute trampoline », ping-pong verbal qui doit enrichir la prise de décision et son acceptabilité.

L’ouvrage se termine sur les pistes pour revitaliser l’écoute – s’inspirer des autres, penser contre soi-même, reconquérir notre temps libre – et résonne étrangement avec l’actualité, particulièrement depuis le 29 octobre. Ce soir-là, la phrase d’un sketch de Guillaume Meurice avait provoqué nombre de réactions sur X de contempteurs réguliers des émissions de France Inter et plusieurs centaines de plaintes d’auditeurs. L’humoriste avait qualifié le premier ministre israélien d’« une sorte de nazi mais sans prépuce ».

Convoqué par la patronne de Radio France, Guillaume Meurice avait refusé de s’excuser, estimant n’avoir « pas commis de faute ». Mme Veil lui adressait, le 6 novembre, un avertissement qu’il entend contester aux prud’hommes, sans qu’il soit privé d’antenne pour autant, en vertu de la « liberté d’expression ». « Les organisations ont des personnalités, et la mienne a indéniablement du caractère », écrivait elle-même la dirigeante trois mois plus tôt.

« Au commencement était l’écoute » de Sibyle Veil, L’Observatoire, 176 p., 18 €

« Au commencement était l’écoute » de Sibyle Veil, L’Observatoire, 176 p., 18 €

Brice Laemle

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