Soupe sur la Joconde : les deux activistes témoignent

Mercredi 31 janvier
Deux activistes de la nouvelle campagne de désobéissance civile « Riposte alimentaire » ont jeté dimanche de la soupe sur la vitre de la Joconde. Sasha et Marie-Juliette expliquent le choix de leur action, leur ressenti et leur revendication : une sécurité sociale de l’alimentation durable.
Avec les images qui ont fait le tour du monde dimanche de deux activistes qui jettent de la soupe de potimarron sur le tableau le plus célèbre du monde, la Joconde, au musée du Louvre (sur la vitre blindée qui protège la Mona Lisa). Quelques secondes, avant de se faire évacuer, pour montrer leurs t-shirts avec Riposte Alimentaire écrit dessus, nouvelle campagne de désobéissance civile après Dernière rénovation l’an dernier. Après la rénovation thermique, c’est une sécurité sociale de l’alimentation durable qui est demandée.
Alors ces deux activistes sont Sasha, 24 ans, qui travaille dans le milieu associatif et Marie-Juliette, 63 ans, professeur des écoles retraitée. Elles ont été placées en garde à vue juste après, pendant 25 heures, jusqu’à lundi après-midi… elles en sortent avec une contravention à payer. On a pu leur parler hier, pour comprendre à la fois le choix de l’action, son but, et leur ressenti.
« C’est une action qui a fait sens malgré tout ce que l’on peut en dire. C’est revigorant. Je n’ai pas de regret. »
« Si jamais des gens sont plus choqués par un coup d’éponge que par les 32% des français et françaises qui ne mangent pas trois repas par jour, il faut peut-être qu’ils se posent des questions sur leurs priorités. Il y a dix millions de tonnes de nourriture qui sont jetées chaque année, ce n’est pas un jet de soupe qui va changer quelque chose. Nous on est obligées de jouer le jeu des médias mais c’est pour parler de la sécurité sociale de l’alimentation durable »
La sécurité sociale de l’alimentation durable est la revendication du mouvement Riposte alimentaire. L’idée est simple et totalement faisable selon ses promoteurs :
« C’est 150 euros par personne chaque mois sur un système de carte comme on a une carte vitale et c’est sur la nourriture qui est conventionnée donc c’est des choix de nourriture qui sont faits par des moyens démocratiques, que ce soit l’alimentation bio, locale, réfléchie par des personnes. Le but c’est de pouvoir permettre à tout le monde de manger sainement, et de permettre aux paysans et paysannes de vivre de leur travail et de respecter les limites planétaires »
Mais faut-il pour cela viser Mona Lisa ? La méthode est largement critiquée. Les activistes comprennent mais expliquent qu’elle est plutôt utilisée comme une alliée :
« J’aurais préféré ne pas avoir à faire ça. Il se trouve que ce projet de sécurité sociale de l’alimentation durable n’est pas du tout dans le débat public »
« Je ne voyais aucun autre moyen pour amener ce sujet-là sur la table. Je peux comprendre que quand on voit ça de l’extérieur on peut trouver ça absurde et ne pas comprendre ce qui vient de se passer. Personnellement j’aimerais bien ne pas avoir à faire ça. J’aimerais juste que les moyens légaux – faire des manifestations, des pétitions – soient un moyen efficace sauf que ce n’est pas le cas et on n’a pas du tout le choix de se prêter au jeu des médias et de faire un happening, quelque chose qui va être visible »
« Je pense que ces actions sont efficaces parce que le but est de faire parler de nous »
« C’était pour moi une nécessité d’agir. Je suis désespérée de l’état dans lequel on laisse le monde aux générations suivantes. Il y a quelques temps je n’aurais jamais imaginé m’engager de cette façon-là, comme j’étais enseignante j’avais peur aussi de la contradiction par rapport aux valeurs que j’ai transmise à mes élèves comme respecter les règles pour devenir un bon citoyen mais je me suis dis que si je ne faisais rien, je les trahissais, je les abandonnais. Moi qui me demandais quoi faire pour être utile, j’ai trouvé comment faire »
Le tout avec quelques émotions au moment de passer à l’action.
« J’avais la chochotte de me prendre les pieds dans la rubalise, de renverser ma soupe par terre ou de ne pas réussir à la jeter sur la Joconde et d’ailleurs j’avais tellement les chochottes que j’ai oublié d’ouvrir mon manteau »
« J’étais un peu stressée mais je me disais qu’il fallait que ça se fasse et qu’on allait pas reculer, j’étais déterminée »
« Même si c’était la Joconde, je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi diffusé »
Riposte Alimentaire annonce que ce n’est que le début.
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Camille CrosnierProduction Radio France