Monoparentalité : le gouvernement doit agir, une famille sur quatre en dépend
Dans 25% des foyers français, un seul parent a la charge des enfants (la mère dans la très grande majorité des cas), et leur situation s’est fortement dégradée ces dernières années. Il est urgent pour le gouvernement d’agir en leur faveur.
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Sandrine, mère célibataire, le 11 janvier.
Lauren Provost, Directrice adjointe de la rédaction
Il est vertigineux de se dire que 2024 peut être une année de bascule pour une famille sur quatre en France. Ces familles, ce sont les familles monoparentales. Et, disons-le clairement, les mères isolées, puisqu’elles représentent 82 % de ces foyers. Il y a cinq ans, elles déboulaient dans l’espace médiatique et politique en s’installant sur les barrages. On se souvient notamment que l’une des figures du mouvement était Ingrid Levavasseur, qui élevait seule ses deux enfants. Emmanuel Macron louait alors les «mères courages». Et l’opinion publique prenait conscience de la place de ces familles dans la société française (23 % des foyers à l’époque, 25 % aujourd’hui, contre 12 % en 1990), de leur grande vulnérabilité (41 % des mineurs résidant au sein de familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté, contre 21 % pour l’ensemble des enfants) et de l’absence criante d’aides spécifiques permettant d’améliorer leur quotidien. Depuis ? La situation s’est dégradée. La précarité de ces familles (2 millions de personnes et près de 3 millions d’enfants) s’est creusée, notamment en raison du choc inflationniste et de la crise alimentaire qui en découle. L’invisibilisation de ces femmes a continué, jusqu’à ce qu’on se souvienne d’elles pour leur reprocher de ne pas «tenir» leurs enfants lors des émeutes qui ont suivi la mort de Nahel Merzouk en juin 2023.
La monoparentalité en chiffres : majorité écrasante de femmes, mal-logement, temps partiel…
Mais c’est justement parce que les crises actuelles les atteignent de plein fouet que quelque chose se joue, à l’heure où vous lisez ces lignes, pour ces mères et leurs enfants. Cela n’a pas échappé au gouvernement, qui surveille cette bombe sociale et féministe en lui faisant un tout petit peu de place dans ses discours, et notamment la déclaration de politique générale de Gabriel Attal, lui-même élevé par une mère seule. Ce dernier a missionné la députée Fanta Berete et le sénateur Xavier Iacovelli pour esquisser des propositions concrètes. Leurs conclusions sont attendues pour juillet au plus tard. Mais, surtout, arrive à l’Assemblée une proposition de loi pour «lutter contre la précarité» de ces familles. Ecrit par un groupe transpartisan mené par la gauche, ce texte, s’il était adopté, pourrait considérablement améliorer leur existence : il propose un statut spécifique pour ces familles, duquel découlerait un ensemble de droits, de priorisations (logement, modes de garde) et de tarifications adaptées. Du concret pour un quart des familles françaises qui sortirait au moins de l’oubli, et espérons-le, de la détresse.
Lauren Provost
Les maires mères sont « un angle mort » oubliées des institutions juge Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves
Que se passe-t-il parmi les élus locaux de l’Isère ? Plus d’un maire sur 10 élu en Isère en 2020 a déjà démissionné, c’est 4 fois plus que la moyenne nationale. Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves (Isère) tire la sonnette d’alarme.

« C’est compliqué de gérer le travail et la vie d’élu, on ne peut pas toujours prendre les heures auxquelles on a droit« , témoigne Martine, conseillère municipale à Chasselay. « Moi j’ai tenu deux ans avant d’arrêter mon travail« , confirme sur France Bleu Isère Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves et vice-présidente de l’Association des maires ruraux de France. Pour certains cependant la charge est trop lourde : plus d’un maire sur 10 en Isère (11%) a démissionné depuis les dernières élections municipales en 2020.
« Quand j’ai pris la fonction de maire, j’ai voulu conserver mon métier, à mi-temps, mais en réalité j’ai gardé la plupart de mes missions et en termes de charge mentale, je ne m’en sortais pas« , raconte Fanny Lacroix, alors que le Sénat a commencé mardi d’examiner un texte sur le « statut de l’élu local » pour encourager les vocations et limiter les démissions.
« Quand j’ai été élue maire, mes enfants avaient 4 et 6 ans »
L’élue du Trièves alerte en particulier sur la situation des maires jeunes mamans. « Pour moi, c’est un angle mort cet engagement des femmes dans le milieu politique, en particulier quand elles ont de jeunes enfants. On a de plus en plus de familles monoparentales et c’est encore majoritairement les femmes qui s’occupent des enfants« , constate l’élue de 38 ans. « Moi quand j’ai été élue maire, mes enfants avaient quatre et six ans, c’était extrêmement difficile. Car le rythme des réunions – en soirée surtout – ne correspond pas à votre rythme et à celui des enfants« .
FR3 Isère