Expo photo en plein air : Aux Bastions, les femmes étalent leur crinière blanche
La photographe Ghislaine Heger a immortalisé «des Romandes fières de leurs cheveux gris» dans «Silver Power», à découvrir au parc et en catalogue.
Genève-Die : 239kms soit 3h12mn

«Quand mes premiers cheveux blancs sont apparus, autour de mes 30 ans, il ne m’est même pas venu à l’idée de les teindre – c’est si je les avais teints que je me serais sentie vieille, je crois, et dans un sens négatif.» La pirouette revient à l’essayiste genevoise Mona Chollet («Sorcières…», «Réinventer l’amour…»), dans un court texte qui sert à la fois d’exergue et de caution à la série photographique de Ghislaine Heger, «Silver Power, des Romandes fières de leurs cheveux gris», à voir jusqu’à la fin du mois au parc des Bastions.

Si les quinquas et sexas, filles des féministes des années 70, se reconnaîtront sans doute dans cette revendication d’une apparence au naturel, pas certain que les plus jeunes générations partagent le point de vue. En effet, le marché des soins capillaires – comme des interventions esthétiques en général – n’a pas cessé de croître au fil des décennies, y compris d’ailleurs chez les garçons. Les codes et les canons ont bel et bien évolué, marqués entre autres par les combats contre le sexisme et l’âgisme, mais n’ont pas disparu pour autant.

Toujours est-il que l’exposition de Ghislaine Heger ne nous renseigne pas sur l’année de naissance de ses modèles. Saisies le sourire aux lèvres – ou, à défaut, le regard crâne –, celles-ci accompagnent leur portrait d’une bio personnalisée ainsi que de quelques lignes retraçant la relation plus ou moins triturée qu’elles ont entretenue avec leur chevelure. Sans fioritures formelles hormis l’éclairage bienveillant, les photographies se contentent de mettre en valeur les visages, diversement auréolés de leurs nuances de gris.

À Genève, l’accrochage extérieur n’expose que des Genevoises – de même qu’il n’a exhibé que des ressortissantes des cinq cantons (huit villes) où «Silver Power» a fait halte depuis près d’un an, avant son terminus aux Bastions. Les visiteurs et visiteuses identifient plusieurs figures locales qui rayonnent pour d’autres raisons que le choix de laisser leurs crinières se dépigmenter à vue. On signalera parmi elles l’éthicienne Samia Hurst-Majno ou la comédienne et marionnettiste Fanny Brunet. D’autres optent pour un semi-anonymat en se cachant derrière une initiale.

À l’intention de la simple Genevoise, Ghislaine Heger, diplômée de la HEAD en 2006, section cinéma, a du reste prévu un challenge festif pour conclure la tournée romande de son projet. Le samedi 20 avril, à 14 h, toujours aux Bastions, elle invite toute femme orgueilleuse de son scalp argenté à se rassembler à l’occasion d’une photo collective. Quels que soient les millésimes, les fonctions sociales et les motivations à boycotter les teintures, les têtes chenues pourront ensuite admirer le résultat sur le site de l’Association TokyoMoon.

À la même enseigne, les intéressés et intéressées pourront se procurer le catalogue de l’exposition, qui compile les 101 tirages effectués de part en part de la Suisse romande. Y figurent des célébrités nationales telles que la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, la conseillère d’État vaudoise Nuria Gorrite ou la journaliste et présentatrice de la RTS Claire Burgy, également marraine de l’opération.
En tournant ses pages, on fouillera par le biais du témoignage une thématique sans âge. Et on se forgera au gré des exemples l’opinion qui présidera à sa propre décision. Ou pas. Car, comme l’écrit encore Mona Chollet, grâce aux différentes expériences qu’elles confrontent, les femmes ont «la possibilité de choisir en toute lucidité l’option qui leur convient le moins mal, et d’en changer aussi souvent qu’elles en ressentent le besoin».
«Silver Power, des Romandes fières de leurs cheveux gris», expo jusqu’au 30 avril au parc des Bastions, catalogue disponible auprès de l’association TokyoMoon, www.tokyomoon.ch. Je 18 avril: 17 h visite de l’accrochage par la photographe, 18 h discussion avec Amanda Castillo et Charlotte Dumartheray au Palais Eynard.
