« Neuf ans après sa parution, il y a désormais un avant et un après “Laudato si’” »
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Réalisée par six universités européennes, la première enquête sur les catholiques européens et l’écologie montre que l’esprit de l’encyclique du pape François se diffuse dans les communautés, constatent la juriste Laura Morosini et l’essayiste William Clapier, dans une tribune.
La première grande enquête sur les catholiques européens et l’écologie lancée par l’Alliance européenne Laudato si’ et réalisée par six universités européennes vient d’être rendue publique. Celle-ci comporte divers enseignements sur l’engagement des chrétiens catholiques sur la « conversion écologique » encouragée par le pape François dans son encyclique Laudato si’, publiée en mai 2015.
Que nous révèle plus précisément cette enquête ? Tout d’abord que 95 % des organisations européennes ayant répondu ont procédé à des changements à la suite de la publication de l’encyclique et que, pour plus du tiers (36 %), ces changements ont été substantiels. Près de la moitié d’entre elles prévoit de rester engagée, de manière déterminée, dans le processus de l’« écologie intégrale » à l’avenir. Jamais on n’a constaté un tel impact d’un texte papal en seulement neuf ans !
Par ailleurs, l’« esprit Laudato si’ » infuse au sein des diverses communautés catholiques – associatives, diocésaines, paroissiales et autres – une démarche mobilisatrice et participative que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « synodale » (rappelons qu’une démarche mondiale – un synode – est en cours depuis deux ans sur le fonctionnement de l’Eglise, qui aboutira en novembre prochain).
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Une Eglise « ouverte »
Enfin, ce même « esprit Laudato si’ » construit, sur le terrain, une Eglise « ouverte », comme en témoigne un dialogue multidirectionnel tant à l’égard des autres religions qu’avec les différents acteurs de la société civile. L’enquête met également en lumière le manque de ressources financières et d’affectation d’un personnel chargé d’initiatives environnementales.
Transformative, responsabilisante, collaborative, dialogale. Voilà les principaux fruits générés par la diffusion de Laudato si’ depuis près de dix ans. Au moment de la parution de cette encyclique, Edgar Morin n’hésitait pas à reconnaître dans le « message » de l’encyclique papale le probable « acte I d’un appel à une nouvelle civilisation ». L’impact croissant de sa diffusion semble accréditer son discernement.
En effet, comme le démontre l’enquête, cet « appel » à une profonde transformation personnelle et collective, ouvrière d’une « révolution culturelle courageuse » (Laudato si’ 114) parce que pierre angulaire d’une « conversion qui nous unit tous » (Laudato si’ 14) est largement entendu et concrètement traduit sur le terrain. Ceci en contraste avec la visibilité médiatique de certains discours anti-écologistes, de la montée des climato-dénialistes de tout poil et autres phénomènes de « backlasch » écologique ou de « greenblaming ».
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Un écho au-delà de la sphère chrétienne
Le pape François ne prêche pas dans le désert. Sa volonté de promouvoir une Eglise non « autoréférentielle », animée d’une « liberté à sortir d’elle-même pour aller jusqu’aux périphéries », trouve un ample écho dans l’Eglise catholique et au-delà de la sphère chrétienne. « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune, écrit-il dans les premières pages de Laudato si’, inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine » (Laudato si’ 13).
Oui, la première encyclique du pape François ouvre, sans nul doute, une nouvelle page non seulement dans l’histoire de la doctrine sociale du magistère l’Eglise catholique, à l’instar de l’encyclique Rerum novarum, mais aussi dans l’histoire de l’Eglise tout court.
Il y a désormais un avant et un après Laudato Si’. Incontestablement, l’« écologie intégrale » prônée par le pape François n’est pas une mode passagère, ni un éphémère frémissement sur les bancs de l’Eglise. Quelque chose de nouveau et d’irréversible se vit au sein de la chrétienté catholique. Et force est de constater que ce « quelque chose » outrepasse ses limites visibles.
Neuf ans après sa parution, de nombreux chrétiens de tout bord et autres humanistes agnostiques trouvent dans Laudato si’ un ressourcement spirituel, un dynamisme inspirateur de renouvellement de la vie personnelle et de transformation sociétale.
William Clapier est essayiste, auteur d’« Effondrements ou révolution ? Fin du monde ou fin d’un monde… Un appel au sursaut spirituel » (Le Passeur, 2020).
Laura Morosini, juriste de l’environnement, est directrice Europe du Mouvement Laudato si’.