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Netiporn “Bung” Sanesangkhom au milieu d’autres membres du groupe Bad Students, à Bangkok, le 19 septembre 2020.
Netiporn “Bung” Sanesangkhom au milieu d’autres membres du groupe Bad Students, à Bangkok, le 19 septembre 2020. 

Plus de trois mois après avoir entamé une grève de la faim, Netiporn Sanesangkhom, davantage connue sous son surnom de “Bung” (“chenille”), est morte mardi 14 mai, à l’âge de 28 ans, rapporte le Bangkok Post. Incarcérée pour crime de lèse-majesté, elle observait une grève de la faim depuis la fin de janvier.

La jeune femme a occupé un rôle central dans les manifestations antigouvernementales qui ont secoué la Thaïlande à partir de 2020. Des milliers de jeunes sont alors descendus dans la rue pour réclamer des réformes démocratiques et, en particulier, de l’institution monarchique. “Netiporn a commencé à s’impliquer en 2020 dans les mouvements politiques au sein des Bad Students avant de rejoindre le groupe Thaluwang en 2022”, rappelle le site Prachatai.

“Au total, elle a été poursuivie dans sept affaires, dont deux au titre de la loi sur la diffamation de la royauté.”

Elle a été détenue à deux reprises. En mai 2022, tout d’abord, après avoir réalisé un sondage sur la priorité accordée aux cortèges automobiles de membres de la famille royale. “Pour la première fois, elle a commencé une grève de la faim avant d’obtenir une libération conditionnelle le 4 août de la même année”, détaille Prachatai. Le 26 janvier 2024, elle a été condamnée à un mois de prison pour outrage au tribunal. Le même jour, sa libération conditionnelle pour le premier délit a été révoquée.

Deux autres militants en grève de la faim

Dès le lendemain, elle a cessé de s’alimenter pour exiger une réforme du système judiciaire et la libération des prisonniers politiques. Elle a également refusé tout soin médical. “Elle avait exprimé son intention de donner son corps à la faculté de médecine de l’université Thammasat”, indique le média indépendant.

Dans un entretien accordé en 2022 à BBC Thai, rappelle le site Khaosod, “Bung” avait raconté avoir grandi dans une famille impliquée dans la justice, avec un père juge et une sœur avocate. À l’école, l’élève brillante a commencé à militer en faveur de réformes du système éducatif. “L’une de ses premières batailles a consisté à défendre la liberté de coiffure pour les étudiants et le droit des étudiants LGBTQI à pouvoir exprimer leur identité de genre”, raconte Khaosod.

Selon le collectif d’avocats Thai Lawyers for Human Rights (TLHR), deux autres militants observent actuellement une grève de la faim. Parmi eux, Tantawan Tuatulanon, qui a elle aussi cessé de s’alimenter depuis janvier. Après l’annonce du décès de Netiporn Sanesangkhom, rapporte Thai PBS World, le ministre de la Justice, Tawee Sodsong, a annoncé qu’il allait rendre visite à cette militante qui avait protesté contre le passage d’un cortège royal.

Cité par Thai PBS World, Krisadang Nutcharat, de TLHR, s’est en outre publiquement demandé si “le système judiciaire n’applique pas deux poids et deux mesures”. Il a affirmé avoir réclamé en vain la remise en liberté de la jeune femme, alors que sa santé se détériorait dangereusement. Les jeunes détenus politiques sont-ils traités de la même façon que “certains adultes”, s’est-il interrogé “dans une référence à peine voilée à la récente mise en liberté conditionnelle de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, partiellement justifiée par sa prétendue mauvaise santé”.

Courrier international

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Thaïlande. Le décès tragique d’une militante placée en détention doit servir de signal d’alarme

En réaction à la mort de Netiporn « Bung » Sanesangkhom, militante pro-démocratie thaïlandaise décédée le 14 mai 2024 au terme d’une grève de la faim prolongée en détention, Piyanut Kotsan, directrice d’Amnesty International Thaïlande, a déclaré :

« Amnesty International exprime ses plus sincères condoléances à la suite de la mort de Netiporn ” Bung ” Sanesangkhom, qui avait entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention arbitraire et celle d’autres personnes, notamment pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux.

« Son décès rappelle de manière choquante que les autorités thaïlandaises privent les militants pro-démocratie de leur liberté dans le but manifeste de faire taire toute expression pacifique de dissidence. Nombre d’entre eux sont actuellement en détention et se voient refuser le droit à une libération provisoire sous caution.

« Ce tragique événement doit servir de signal d’alarme et inciter les autorités thaïlandaises à abandonner les poursuites contre tous les défenseur·e·s des droits humains et tous les citoyen·ne·s injustement détenus, et à les libérer. Le gouvernement thaïlandais doit se conformer aux recommandations formulées de longue date par les experts des droits humains de l’ONU, à savoir protéger les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, abandonner les poursuites incompatibles avec le droit international relatif aux droits humains et mettre fin aux détentions arbitraires.

« Netiporn et d’autres militant·e·s et défenseur·e·s des droits humains détenus en Thaïlande ont décidé de risquer leur vie en observant une grève de la faim pour attirer l’attention sur le fait qu’ils sont privés à répétition de leurs droits fondamentaux, ce qui a des conséquences tragiques.

« Le gouvernement thaïlandais doit mener d’urgence une enquête indépendante sur les circonstances de la mort de Netiporn et sur la manière dont elle aurait pu être évitée. En vertu du droit international, les autorités doivent toujours garantir les droits à la vie et à la santé des grévistes de la faim, comme de tout autre prisonnier.

« La communauté internationale doit engager le gouvernement thaïlandais à mettre un terme à la répression systématique qu’il exerce, notamment en refusant le droit à la libération provisoire sous caution. »

Complément d’information

Netiporn « Bung » Sanesangkhom, 28 ans, tutrice d’anglais en ligne et militante, est décédée le 14 mai d’un arrêt cardiaque à l’hôpital de l’Institution correctionnelle centrale pour femmes. Depuis le 26 janvier, elle a observé une grève de la faim pendant 110 jours pour protester contre sa détention arbitraire et celle d’autres personnes. Elle demandait également que d’autres militant·e·s bénéficient d’une libération sous caution à titre provisoire.

La police avait engagé des poursuites pénales contre Netiporn en mars 2022 parce qu’elle avait réalisé un sondage auprès de passants dans un centre commercial de Bangkok au sujet de leur opinion sur les contrôles routiers imposés lors des déplacements des cortèges de la famille royale. Elle était accusée du crime de lèse-majesté et de sédition en vertu des articles 112 et 116 du Code pénal.

Elle avait déjà été détenue entre le 3 mai et le 4 août 2022, et avait alors observé une grève de la faim pendant 64 jours en guise de protestation. Elle a été renvoyée en détention après l’annulation de sa libération provisoire sous caution le 26 janvier 2024, puis condamnée à un mois de détention pour outrage à magistrat.

Aux termes des normes internationales relatives aux droits humains et notamment au droit à la vie, les États ont une obligation accrue de protéger la vie des personnes qu’ils détiennent. Les décès en détention créent une présomption de responsabilité de l’État pour la privation arbitraire de la vie, qui ne peut être démentie que par une enquête appropriée, par le biais d’investigations rapides, impartiales et efficaces sur les circonstances et les causes de ces décès.

Les autorités thaïlandaises mènent une répression de grande ampleur contre les manifestations pacifiques et le débat en ligne depuis le mois de juillet 2020, au cours duquel ont débuté des manifestations, très majoritairement pacifiques, en faveur de la démocratie.

Le pouvoir utilise des dispositions législatives formulées de façon vague – sur la sécurité, la monarchie et la cybercriminalité – comme instruments de répression et traite l’exercice pacifique des droits humains comme une menace pour la sécurité ou l’ordre public, ou une atteinte à la monarchie.

En outre, des manifestant·e·s bien connus sont placés en détention provisoire arbitraire pendant des mois : ils se voient refuser leur droit à une libération provisoire sous caution ou sont soumis à des conditions de libération sous caution restrictives qui limitent fortement leurs droits fondamentaux à la liberté de mouvement, d’expression et de réunion pacifique. Le pouvoir continue d’intensifier le harcèlement judiciaire à l’égard des personnes qui mènent des activités perçues comme des actes de dissidence publique.

Des expert·e·s des droits humains des Nations unies, notamment le Comité des droits de l’homme des Nations unies, les rapporteurs spéciaux sur la liberté d’expression et d’opinion, les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association et le Groupe de travail sur la détention arbitraire, ainsi que les gouvernements lors des examens périodiques universels (EPU), appellent depuis longtemps le gouvernement thaïlandais à mettre un terme aux détentions arbitraires et à imposer des restrictions excessives à l’exercice légitime des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Amnesty Internationale

https://www.amnesty.org

 

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