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Asma Mhalla : la technologie nous dépossède-t-elle de notre liberté ?

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Asma Mhalla est politologue, essayiste et chercheuse à l’EHESS et au CNRS. Elle a publié en début d’année « Technopolitique » aux éditions du Seuil, un essai questionnant la place éminemment politique de la technologie.

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Avec
  • Asma Mhalla Spécialiste des enjeux politiques et géopolitiques de la Tech

L’édito de Charles Pépin : « Je voudrais ce matin vous raconter l’histoire d’une jeune fille et de sa décision. TikTok, c’est fini ! Autour d’elle, c’est la sidération : Quoi ? T’es plus sur Tik Tok ? C’est tes parents ou quoi ? T’as pas peur de rater des trucs ? Mais ce n’est pas vraiment ça. C’est peut-être ça, mais c’est bien plus que ça. Elle essaie de leur expliquer que ça va bien au-delà de son attention, de ses notes à l’école, que ça va bien au-delà de son propre cas.

Pourquoi croyez-vous que les Chinois ont interdit TikTok à leurs propres enfants ? Vous ne trouvez pas ça louche ? Oh ça va, lui rétorque une copine, il ne faut pas se prendre la tête plus que ça, c’est du divertissement ! Des petites vidéos marrantes, tu te détends deux minutes et après, tu passes à autre chose, c’est tout.
Mais non, ce n’est pas tout ! Elle s’énerve, elle bafouille. Ce n’est pas tout, pas du tout ! C’est loin de n’être que du divertissement. Vous ne voyez pas que c’est politique ! Ça y est, elle a lâché le gros mot : politique.
Oh c’est bon, rebondit une autre copine, arrête ton numéro, t’es complotiste ou quoi ? Tu crois vraiment que Xi Jinping en a quelque chose à faire des vidéos que tu mates dans ton pieu le matin ? Vas-y détends toi, si t’as pas envie de perdre ton temps sur TikTok ça se comprend, mais pas la peine de sortir les gros mots, pas la peine de dire que c’est… « politique ».

Savez-vous, reprend-elle, qu’un quart des vidéos TikTok colportent de fausses informations ? Que les États-Unis et la Chine se font la guerre pour la maîtrise mondiale de la technologie ? Et vous voyez bien que TikTok vous rend débiles, que les vidéos défilent sans que vous le décidiez, que cette vitesse est faite pour vous abrutir et vous hypnotiser ? Alors, est-ce être complotiste que de mettre en relation ces deux faits évidents :

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  1. La Chine fait la guerre aux Etats Unis et par-delà à tout l’Occident.
  2. TikTok nous prend dès le plus jeune âge pour nous rendre débiles.
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Alors, oui, c’est vrai : je me demande si TikTok n’est pas l’arme par laquelle la Chine affaiblit son ennemi en le prenant au sortir de l’enfance pour l’empêcher d’apprendre à réfléchir. Ça m’est apparu comme ça, c’est vrai : TikToker, c’est être un bon petit soldat au service des intérêts chinois, et c’est pour ça que j’ai arrêté : je ne veux plus être un soldat, je veux retrouver le goût de ma liberté ! Elle n’est pas bien cette meuf, elle est complètement malade !

Mais est-ce si sûr ? La technologie n’est-elle pas en effet, comme le prétend notre jeune fille, toujours politique ? Pour en parler ce matin, j’ai la joie de recevoir une docteure en science politique, chercheuse à l’EHESS et au CNRS, autrice d’un essai détonnant sur la question, Technopolitique, Asma Mhalla qui nous a rejoints sous le soleil de Platon, dans la caverne de France Inter, pour nous aider à réfléchir à cette difficile question : la technologie fait-elle de nous de bons petits soldats au service d’empires que nous ne voyons même ? La technologie nous dépossède-t-elle de notre liberté ? »

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Bons petits soldats

C’est le sous-titre du livre d’Asam Mhalla. Et il y tenait, « parce que justement, explique-t-elle, ça permettait de faire la jonction entre ces deux concepts, technologie et politique, puisque l’essence de la technique est anthropologique et politique, elle n’est pas essentiellement technique ou en tout cas dans ma grille d’analyse, c’est secondaire, mais il fallait un sous titre qui pose une thèse très forte, que je développe et que j’essaie de démontrer dans techno politique, c’est que ces technologies contemporaines qui sont aujourd’hui absolument partout dans notre quotidien, dans nos vies, sont par nature duales, c’est à dire à la fois civil et militaire. Et donc tout d’un coup, on a dans notre poche des trucs qui ont l’air complètement anodins, qui sont complètement entrés dans nos réflexes de vie, et même dans nos réflexes cognitifs, et qui pourtant ne sont absolument pas neutres en termes d’impact sur notre cognition, sur les enjeux géopolitiques du monde actuel, sur la dimension démocratique. Et donc de ce point de vue là, parce que c’est dans la poche de chacun, avec ce truc qui s’appelle smartphone, qui est le point d’accès à toutes ces applications qui sont elles aussi potentiellement duales, nous devenons des utilisateurs, des citoyens, potentiellement des cibles. »

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Un début du XXIᵉ siècle chaotique

Les réseaux sociaux, ces espaces où vous pouvez faire de la veille d’information, poster ce que vous avez mangé la veille, parler à vos amis, prendre des nouvelles, stockées à l’occasion sont aussi des espaces d’influence souligne la chercheuse. Espace où se jouent aujourd’hui en premier lieu les luttes informationnelles, les ingérences étrangères et les tentatives de manipulation d’informations : « ça a vraiment explosé dans le débat public. C’était très antécédent à ça, mais ça a explosé dans le débat public, évidemment, à partir de la guerre d’Ukraine. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui des armes de guerre invisibles. C’est ce qu’on appelle les nouvelles conflictualités cyber hybrides. Et de ce point de vue là, elles se jouent sous le seuil. Elles sont invisibles et pourtant elles sont là. Et c’est cette prise de conscience qu’il faut avoir. »

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On aime se faire peur

Souvenez vous. En 2016, il y a eu une vague sur la question de la technologie de l’IA. Ce qui n’étonne pas Asma Mahla : « on fonctionne vraiment par vague. Ce qu’on est en train de vivre là, su ChatGPT, on l’avait vécu il y a dix ans et puis il y a 20 ans, etc. Donc en fait, tous les dix ans, on se fait un peu, on se fait une petite piqûre de peur collective. Donc en 2016, il y a eu un moment donné tout un tas d’articles dans les médias mainstream nous expliquant que c’était la fin des États, c’était la fin de la souveraineté, que c’étaient les grands géants technologiques, les fameux GAFAM qui de qui étaient les nouveaux rois du monde et qu’il remplaçait les États. Et je ne le crois pas du tout. En fait, ce qui est en train de se passer, ce sont des relations, disons, de codépendance toxique, parfois, entre les États et ces acteurs technologiques.« 

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La suite de ce dialogue passionnant est à écouter

A lire

  • Asma Mhalla, Technopolitique – Comment la technologie fait de nous des soldats (Seuil, 2024)

L’équipe

  • Charles Pépin
    Production
  • Antoine Larcher
    Réalisation
  • Estelle Gapp
    Chargé(é) de programme
  • Florence Gimalac
    Chargé(é) de programme
  • Laura Dumez
    Attaché(e) de production

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