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Homo Cretinus. Le triomphe de la bêtise

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Homo Cretinus. Le triomphe de la bêtise

Postel-Vinay Olivier; Éditeur : Presses de la Cité; Collection / Série : La Cité ; Prix de vente au public (TTC) : 22.90€; 336 pages ; 21,2 x 12,2 cm ;

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Résumé :
Enquête historique et philosophique sur la bêtise, Homo cretinus est un acte de résistance, savant et drôle à la fois. Notion encore plus floue que l’intelligence, la bêtise est insaisissable mais omniprésente, protéiforme mais immédiatement reconnue – chez les autres s’entend ! Ses manifestations en sont si nombreuses qu’elles forment une véritable ménagerie : la bêtise bête, qu’augmente la société numérique, est poreuse aux fake news du complotisme et corrompt le sens critique de l’individu. La bêtise collective se laisse piéger par les nombreux mirages idéologiques : théorie du genre, décroissance, transhumanisme, suprémacisme, animalisme… autant de concepts construits sur du sable. La  » bêtise intelligente « , telle que la qualifie Robert Musil, se moque quant à elle du QI. C’est que l’instinct de troupeau gangrène aussi le cerveau des élites et des experts en tout genre, adeptes du  » Je sais donc je suis « . Pour tous et toutes donc, une constante : la clôture de l’esprit, épinglée par le philosophe V. Jankélévitch :  » La bêtise, c’est de s’en tenir là, peu importe où. « 

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La bêtise vaut bien un livre

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« Homo cretinus. Le triomphe de la bêtise ». C’est un essai plaisant et érudit que propose Olivier Postel-Vinay sur un sujet universel et qu’il sait inépuisable. Nous sommes tous concernés mais ne comptons pas sur cette lecture pour nous rassurer.

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Olivier Postel-Vinay se lance à la poursuite de la bêtise comme on le ferait d’une chasse aux papillons.

Olivier Postel-Vinay se lance à la poursuite de la bêtise comme on le ferait d’une chasse aux papillons.
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Faut-il comprendre qu’en consacrant son ouvrage au « triomphe de la bêtise », Olivier Postel-Vinay s’est considéré, a priori, comme définitivement à l’abri du syndrome ? Il faut quelque impudence pour oser cela. Sauf à considérer que la bêtise, ce sont les autres, ce qui le rapprocherait du jugement commun. Lui ne nie, certes, pas l’écueil, en notant d’entrée : « Drôle de monstre, insaisissable mais omniprésent, protéiforme mais immédiatement reconnu – chez autrui, s’entend ».

L’autre difficulté, c’est évidemment que le sujet lui-même est inépuisable et qu’un tel essai, aussi ambitieux soit-il, ne saurait en appréhender que quelques aspects. Armé de son expérience et de son érudition multidisciplinaires, Olivier Postel-Vinay se lance donc à la poursuite de la bêtise comme on le ferait d’une chasse aux papillons. En esthète attentif, avec l’intention de montrer du doigt, avec un mélange d’amusement et d’exaspération, parfois même avec une pointe d’admiration paradoxale, mais sans jamais prétendre se livrer à une œuvre d’extermination, même si on peut en approuver l’intention. Il prend ainsi Roland Barthes à témoin qui écrivait : « Comme la suprême beauté, la bêtise est indicible (indescriptible) ». Il parvient cependant à surmonter l’obstacle, non sans humour, convenons-en, souvent en visant juste, surtout avec l’intention de nous éclairer sur ces travers d’hier et d’aujourd’hui à l’égard desquels il nous arrive probablement de faire preuve d’une certaine complaisance.

Se référant volontiers à ses propres expériences, celles qui ont contribué à former son jugement, Olivier Postel-Vinay brasse donc large, consacrant chaque chapitre à un domaine sur lequel il a su distinguer les stigmates de la bêtise. Les religions, les idéologies, les sciences, les mœurs, les médias, etc. il y a tant d’occasions de dénicher la bêtise et l’auteur s’y applique avec gourmandise et avec un certain esprit.

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Parfois, le lecteur pourra être irrité par telle ou telle affirmation ou démonstration. N’est-ce pas risqué de l’exercice ? Quoi qu’il en soit, Olivier Postel-Vinay peut se targuer d’avoir réussi un défi que Raymond Aron n’a pu relever, lui qui confiait : « Le dernier livre que je voudrais écrire c’est ‘‘Le Rôle de la bêtise dans l’Histoire’’ ». Pour autant, il sait qu’il serait bien bête de prétendre avoir signé une œuvre définitive. Pour nous rassurer, à cet égard, il se réfère à la formule d’Einstein : « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. En ce qui concerne l’univers je n’ai pas acquis la certitude absolue… ». À méditer en attendant le Tome 2.

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Stéphane Bugat

Le 21 octobre 2024

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