Dans le Vercors, la prédation de la montagne doit cesser
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Vue sur le plateau sommital du mont Aiguille, depuis le sommet du Grand Veymont, en octobre 2021.
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Habitants du Vercors, nous vivons avec ivresse l’esprit alpin, la montagne dans les tripes. Il est impossible de regarder vers le passé sans se rappeler la précarité des sociétés de montagne. La dureté du climat, des saisons souvent peu nourricières et de rares ressources pour commercer ont marqué le quotidien des populations de montagne.
Nous savons combien l’avènement du tourisme d’hiver a libéré nos montagnes d’une précarité séculaire, limitant l’exode vers les villes : l’or blanc. Voir la neige se faire de plus en plus discrète nous inquiète. Pour nous, la neige est bien plus qu’une source de richesse. Elle rythme notre vie, constitue une part de notre culture, de notre rapport au monde et à l’autre : un ciment ancestral, unissant toutes les âmes qui vivent là-haut.
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Economies perfusées par l’immobilier
Depuis 2014, de grands projets d’immobilier touristique sont apparus en Vercors, celui de Ruben Jolly (Federaly) à Corrençon-en-Vercors ; puis en 2019, à Villard-de-Lans, celui de Tony Parker et Pascal Vie. Mais aussi à Méaudre avec Bouygues, et bientôt à Lans-en-Vercors. De grandes fiduciaires, sans attaches particulières à nos territoires, viendront bientôt sceller ces montages. Si le permis de construire n’est pas encore instruit sur Corrençon-en-Vercors et que la procédure de création d’Unité touristique nouvelle structurante est en cours à Villard-de-Lans, certaines mairies ont d’ores et déjà annoncé qu’elles ne tiendraient pas compte de l’évaluation environnementale et économique menée par le Parc naturel régional du Vercors.
Au total, plus de 1 700 lits seront concentrés dans des complexes touristiques situés à distance des cœurs de villages. Nous continuons à perfuser nos économies touristiques par l’immobilier. Ces réseaux d’acteurs restent complexes à identifier car ici s’entrecroise des intérêts et des fonctions, constituant par là même une forme de trust. Cette position dominante nous est d’autant plus violente qu’elle se double d’une dialectique basée sur un chantage que nos élus reprennent en chœur : «Si nous partons, votre économie se meurt.»
Il est troublant de voir se perdre ces réflexes profonds d’adaptation et d’anticipation qui caractérisaient nos sociétés de montagne. Alors que nous devons faire face à ce défi majeur d’un dérèglement climatique, deux fois plus rapide dans les montagnes, nous ne pouvons imaginer que de tels mégaprojets, par leur archaïsme, puissent encore aujourd’hui assurer une économie résiliente.
Nous souhaitons, au contraire, construire un modèle harmonieux de développement issu d’un débat démocratique. Nous ne voulons plus subir la concurrence effrénée et la surenchère des territoires. Nous refusons la prédation sans limite de nos ressources naturelles et territoriales. Plus que jamais face aux défis climatiques et environnementaux, chacun sait combien elles sont sources de pérennité. Qui aurait pu imaginer que le Vercors, pays pluvieux, se retrouverait à court d’eau cette année ? Le paysage, l’histoire, l’eau, la forêt, l’agriculture et toutes ces valeurs que ces projets dégradent ne peuvent plus être bradés ou dilapidés. Les ressources d’aujourd’hui sont aussi celles de demain.
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Assurer un avenir aux plus jeunes
Nous ne pouvons accepter la mise au pli de biens publics pour le profit d’intérêts privés et financiers d’un si petit nombre. Plus largement, ces opérations financières spéculatives figent les voies de développement possibles pour nos territoires. Nous perdons la main sur notre avenir dans une perpétuelle fuite en avant. A eux les profits immédiats, à nous les problèmes futurs.
Nous pensons que les investissements doivent être menés de façon raisonnée et surtout inscrits dans le long terme. Nous savons que la transition écologique est une évolution nécessaire. Plus que jamais, nous devons assurer un avenir et des opportunités réelles aux jeunes. Ils sont nombreux aujourd’hui à quitter nos montagnes faute de logements accessibles. Ils méritent mieux que ces complexes touristiques, voués à devenir de futures friches.
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Mais constater sans agir est vain. Il nous faut bâtir un nouveau récit, puissant et ambitieux, pour notre territoire.
Nous interpellons nos communes qui continuent d’investir sur des modèles économiques périmés. Nous en appelons aux citoyens à venir nourrir de leur puissance imaginative et intellectuelle les espaces montagnards, source d’inspiration pour nos sociétés modernes. Nous en appelons aux entreprises capables d’innovation à venir impulser une dynamique, source d’une nouvelle prospérité humaine, solidaire et créatrice sur notre massif. Nous en appelons aux institutions fédératrices à surmonter les turbulences actuelles pour réintroduire le vivre ensemble au cœur de nos projets de territoire.
A toutes celles et ceux qui veulent porter l’avenir avec espoir.
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Association Vercors Citoyens.