La Plus Précieuse Des Marchandises
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Michel Hazanavicius, cinéaste : « Ce film trace une voie de dignité et d’humanité »
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« Il était une fois, dans un grand bois, un pauvre bûcheron et une pauvre bûcheronne.
Le froid, la faim, la misère, et partout autour d´eux la guerre, leur rendaient la vie bien difficile.
Un jour, pauvre bûcheronne recueille un bébé. Un bébé jeté d’un des nombreux trains qui traversent sans cesse leur bois.
Protégée quoi qu’il en coûte, ce bébé, cette petite marchandise va bouleverser la vie de cette femme, de son mari , et de tous ceux qui vont croiser son destin, jusqu’à l’homme qui l’a jeté du train.
Leur histoire va révéler le pire comme le meilleur du cœur des hommes ».
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De l’humanité des Justes durant la Seconde Guerre mondiale à la France de René Coty en passant par la guerre de Tchétchénie, le réalisateur Michel Hazanavicius ne détourne pas le regard de l’histoire et explore les époques en noir et blanc, ou en couleurs.
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La Plus précieuse des marchandises » de Michel Hazanavicius (2024).
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Comment dire les choses sans les dire, afin d’être compris de tout le monde ? Comment dire l’horreur et la complexité du choix face à l’horreur ? Quelle voie suivre pour raconter le passé, en couleurs ou en noir et blanc, avec de la profondeur et parfois de l’humour, ou encore avec des dessins ? Quelle est La Plus Précieuse des marchandises ? Michel Hazanavicius, réalisateur, scénariste et producteur… et fou d’histoire !
Il était une fois un train…
Une forêt enneigée de Pologne, le froid de l’hiver, les bruits sourds des pas d’une « pauvre bûcheronne » qui ramasse le bois. Soudain un cri, celui d’un train – dieu ou démon – qui transporte la mort sur des rails. Et un deuxième cri, celui de la vie, celui d’un bébé jeté du train tel une marchandise pour échapper à une destination fatale.
Cela pourrait être un conte si ce n’était pas de l’histoire. Celle de la Shoah, de la déportation, des camps, racontée grâce à la distance des récits pour enfants, dans le conte La Plus Précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg, et à la symbolique du dessin, dans l’adaptation cinématographique de Michel Hazanavicius. « Quand on s’adresse aux enfants, il y a une obligation de délicatesse, mais il y a aussi une obligation de vérité. La force du conte, c’est d’utiliser des métaphores tout en disant la vérité et les dangers du monde », constate le cinéaste.
Le choix de l’animation s’est imposé au réalisateur, qui est aussi dessinateur, dans l’adaptation de La Plus Précieuse des marchandises : « L’animation [est] au cinéma ce que le conte est à la littérature. [C’est] une manière de raconter qui n’est plus prisonnière du réalisme et des lois de la gravité, qui nous contraignent quand on travaille avec des acteurs ou de véritables décors. C’est comme si on avait accès à une réalité augmentée, qui donne accès à la poésie. »
Comment représenter la Shoah au cinéma ?
Un « pauvre bûcheron », une « pauvre bûcheronne », une « gueule cassée ». Le conte de Jean-Claude Grumberg a recours à des personnages élevés au rang d’archétype, qui donnent une portée universelle au récit et à l’histoire qu’il métabolise. « La force du geste littéraire de Jean-Claude Grumberg est de nous dire que les hommes et les femmes qui ont massacré en masse d’autres hommes et d’autres femmes sont nos semblables, et donc, que nous en sommes tous capables. Il nous dit aussi que nous sommes capables de faire les bons choix. Le film, en acceptant notre part la plus sombre, nous incite à aller vers notre part la plus lumineuse. Il nous rappelle que nous avons toujours le choix de notre comportement et de nos actes », confie Michel Hazanavicius.
Depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma est confronté à une question éthique fondamentale : comment représenter l’horreur de la Shoah et l’enfer des camps d’extermination ? De quelle manière rendre compte de l’expérience des déportés et leur rendre leur humanité ? Une question que s’est posé Michel Hazanavicius dans l’adaptation de La Plus Précieuse des marchandises, comme au moment de représenter le transport en train des déportés : « Mettre 90 personnes dans un wagon à bestiaux, les faire tourner pendant cinq jours sans leur donner à boire, à manger, avec un seul pot de chambre, c’est la mise en scène des nazis. En tant que metteur en scène, est-ce que j’accepte, au nom de l’histoire, leur mise en scène ou est-ce que je la refuse ? J’ai voulu réhumaniser [les déportés], leur redonner de la dignité, redire que ces gens étaient des êtres humains. Le temps d’une séquence, j’ai fait un pas de côté, qui est plus moral qu’historique. »
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Si clair, si obscur…(la plus précieuse des marchandises)
Michel Hazanavicius nous plonge dans un film d’animation bouleversant qui poursuit un but unique : trouver en chacun la part d’humanité, convaincre de la possibilité de faire le bien dans un monde abject. Adapté du livre de Jean-Claude Grumberg, publié en 2019, La plus précieuse des marchandises est un conte aussi lumineux qu’impitoyable.
Un univers pas si lointain
Rien ne nous est épargné. Ni le désespoir d’un père qui abandonne son enfant dans la neige, ni les corps affamés des camps de concentration, ni la gueule cassée d’un voisin armé, ni les langues délatrices des collègues soupçonneux. Nous sommes en Pologne. Partout, c’est la guerre. L’ennemi est désigné. Ce sont les sans-cœurs. Inhumains, insensibles, nuisibles. Sans-cœurs, donc parasites, donc à éliminer. Dans la forêt, vit un couple, Bûcheron et Bûcheronne. Bûcheron travaille à la scierie, abat des arbres et scie des branches. Bûcheronne alimente le feu du foyer et nourrit son homme. Dans le froid et la privation, ils survivent.
Nous sommes dans un conte. Des lumières éblouissantes, des personnages rugueux. Des voix magistrales pour animer les images : le regretté Jean-Louis Trintignant prête sa voix au narrateur, Dominique Blanc, Grégory Gadebois et Denis Podalydès complétant cette distribution d’exception. Les dessins sont magnifiques et le propos saisissant. À quelle moment une femme fait le choix de tendre la main à un nourrisson mis sur son chemin ? Et comment l’impose-t-elle à un mari et à une vie débordante de manques ? Car on mange peu, on parle peu et on aime peu.
Quand la haine vacille
Pire ! L’enfant est de cette race-là, un sans-cœur. À force de patience, l’homme découvrira qu’il a un cœur. Si les sans-cœurs ont un cœur, alors le monde s’écroule. Le monde patiemment tissé par les racistes, les xénophobes, les ignorants, les anti-autres, les intolérants, les antisémites s’écroule. Il explose et, face à lui, la bonté, le bonheur et la solidarité. Une femme et des hommes qui sont bons dans un océan d’ignominie.
Parce que, dans les contes et dans la vie, on a toujours la possibilité d’être la meilleure version de soi-même. On a toujours, face à soi, un point de bascule à repérer et un seul mot à prononcer : non. S’opposer à la barbarie, d’un mot, d’un regard, d’un geste. Nous sommes dans un conte et il finira bien. C’est cela qui nous porte, nous donne le courage d’affronter la rudesse de la vie de nos personnages, la méchanceté des uns, l’indifférence des autres. C’est cela qui nous encourage à regarder l’effroyable réalité des camps d’extermination, suggérés puis visités par le truchement d’un oiseau qui nous offre ses ailes et une vue décuplée du monde.
Au bout du conte
Michel Hazanavicius a déclaré : « Je n’ai pas fait un film sur la Shoah ». C’est vrai, il a fait un film sur la vie, la mort, la filiation et les liens qui nous unissent. Il a tissé une famille à un bébé qui devait mourir, montrant en image à quel point il faut un village pour élever un enfant. Il a fait reposer sur les épaules frêles d’un nourrisson affamé la capacité de chacun et chacune à ne jamais rien céder aux faiseurs de cruauté.
Les sans-cœurs sont ceux-ci, ceux qui, par bêtise ou calcul, ouvrent le chemin aux monstres et aux brutes. Et que ce conte immaculé de blanc cotonneux, recueillant un enfant souriant dans le confort d’un lange ouaté, vient enfouir au plus profond de la terre pour ne révéler qu’une seule beauté : la chaîne de l’humanité.
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Marlène Collineau
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La plus précieuse des marchandises, de Michel Hazanavicius, d’après un conte de Jean-Luc Grumberg, France/Belgique, 2024.
Avec humilité et délicatesse, en poussant la logique du conte jusqu’à choisir la forme du dessin animé, Michel Hazanavicius, qui a dessiné lui-même chaque personnage, rend justice au matériau de Grumberg tout en donnant naissance à une œuvre autonome qui serre le cœur et rend heureux tout à la fois. Un classique instantané, qui trouvera sa place parmi les grandes œuvres cinématographiques et littéraires de notre temps. Un film à voir, revoir, et surtout à partager, comme un trésor précieux que l’on transmettrait de génération en génération. En adaptant en film d’animation un conte de Jean-Claude Grumberg, Michel Hazanavicius réussit l’exploit de raconter une histoire belle, humaniste et universelle sans éluder les horreurs de la Shoah. Un hymne à l’amour au temps le plus insensé de l’inhumanité de la Solution finale. Par le chemin du conte, l’auteur de « The Artist » reconstitue les années 1940 et la déportation. Son premier film d’animation est aussi son plus beau film. Sans déni ni voyeurisme, ce doux et modeste chef-d’œuvre lutte à sa manière contre l’effacement progressif et inéluctable de notre mémoire collective.
APPIS
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