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Michel Ragon, indispensable écrivain, critique et historien

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Longtemps marginal dans la littérature comme dans les analyses architecturales ou artistiques, il a fini par s’imposer comme une référence incontournable. Le centenaire de sa naissance donne lieu à une floraison d’hommages qui permettent d’analyser cet homme aux mille visages.

Michel Ragon en 1979. | Ulf Andersen / Aurimages via AFP
Michel Ragon en 1979
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André Derval propose la biographie du centenaire de la naissance de Michel Ragon (24 juin 1924 – 14 février 2020), cet écrivain, critique d’art, critique littéraire et historien de l’architecture français inclassable. Dans la revue trimestrielle nantaise 303, André Derval explique pourquoi et comment il a rédigé cette biographie.

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Le chercheur a travaillé sur Robert Massin, le graphiste des éditions Albin Michel. Ce dernier était lié à Michel Ragon et l’a mis en contact avec André Derval. Après le décès de Michel Ragon en 2020, son épouse Françoise Ragon a demandé à André Derval de rédiger une biographie pour le centenaire de la naissance de Michel.

Avec une certaine complicité, Derval a accepté de rédiger le portrait de l’écrivain. Pour ce faire, il a puisé tout à la fois dans l’œuvre de l’auteur, dans sa correspondance, mais aussi dans sa bibliothèque, qui pour un chercheur fourmille d’indications. Il livre in fine une analyse détaillée, dont se dégagent trois temps: les apprentissages de sa naissance à 1953, la construction des années 1950 au milieu des années 1960, et la plénitude jusqu’aux années 2010.

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Dans ce roman, Michel Ragon nous plonge dans une fresque romanesque mêlant personnages réels et fictifs. L’histoire se concentre sur Fred Barthélemy, un personnage complexe, et Flora, sa petite-fille devenue une marchande d’art renommée. Au fil des pages, le lecteur découvre les luttes idéologiques du XXe siècle, entre communisme, anarchisme et fascisme, à travers des portraits saisissants de personnages historiques. Ragon met en lumière les éternels vaincus, tels que Makhno, Durruti ou Lecoin, qui ont lutté pour leur liberté face à un pouvoir oppressant. Un récit captivant sur la mémoire et la résistance.

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Anarchisme

Né le 24 juin 1924 à Marseille, Michel Ragon s’installe très tôt en Vendée avec sa famille. À l’âge de 8 ans, il perd son père et part vivre à Nantes avec sa mère. C’est dans cette ville qu’il s’initie à la peinture, à la littérature, à la poésie. Vincent Rousseau publie dans la revue 303 plusieurs extraits de ses premiers poèmes et ses carnets de lecture (plus de 200 titres par an). Employé au service de la préfecture, Michel Ragon aurait été menacé d’arrestation et a dû quitter son poste –à moins que cela ne soit pour fuir le Service du travail obligatoire imposé par l’Allemagne nazie durant l’Occupation de la France. Il revient à Nantes une fois la Seconde Guerre mondiale finie, puis s’installe à Paris.

En 1945, dans la capitale, il fréquente les écrivains prolétariens, Henry Poulaille en tête, dont il avait découvert les récits (Le pain quotidien et Les damnés de la terre: 1906-1910) à Nantes. Ragon, curieux et passionné, s’était empressé d’aller rencontrer son écrivain préféré une fois monté à Paris. Naît une complicité entre les deux hommes: Henry Poulaille lui confie le secrétariat de rédaction d’une revue de littérature prolétarienne et l’introduit dans les milieux littéraires. Michel Ragon rédige un livre dictionnaire sur la littérature, Les Écrivains du peuple, qui sert de base à la majeure partie de ses publications sur la littérature prolétarienne. Parallèlement, toujours par l’entremise de Poulaille, il commence à fréquenter les milieux libertaires grâce aux librairies où il travaille alors.

Il collabore avec la presse anarchiste (Le Libertaire, Défense de l’homme et plus tard La Rue) et fait sienne la pensée anarchiste, dont il ne se départit jamais, comme en témoignent deux de ses principaux livres sur le sujet: le roman La Mémoire des vaincus, où Ragon met en scène la majeure partie des anarchistes qu’il a fréquentés aux prises avec l’histoire du XXe siècle –la révolution russe, puis la guerre civile espagnole–, et La voie libertaire, essai plein d’empathie sur le mouvement anarchiste. Ces fréquentations lui ouvrent d’autres perspectives. Il croise les artistes du mouvement CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) et se passionne pour l’art contemporain. C’est le troisième axe des essais de l’écrivain, qui lui permet de connaître un certain succès, comme en témoigne sa vingtaine de livres publiés sur l’art.

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Bribes d’autobiographie

L’année 1953 constitue un tournant dans la carrière de Michel Ragon. Après plusieurs années difficiles, il devient bouquiniste à Paris, d’abord quai de la Tournelle puis quai Malaquais. Il est désigné comme secrétaire de la corporation. Ses boîtes deviennent un lieu de rencontres pour les écrivains. Elles lui offrent aussi la liberté de choisir les horaires d’ouverture et de poursuivre sa découverte de l’art contemporain (peinture, sculpture, dessin). Elles lui laissent du temps pour écrire, voyager. C’est la période où Ragon se lance dans la littérature; ses premiers romans évoquent les gens simples et contiennent parfois des bribes d’autobiographies, comme dans Drôles de métiers ou Une place au soleil.

De proche en proche, il se passionne pour l’architecture, dont il dresse une histoire qui demeure une référence. Il abandonne alors les quais, commence des tournées de conférences sur l’art et l’architecture pour différents organismes publics. Il s’interroge sur les rapports entre l’homme, la ville et la santé publique, plusieurs de ses livres posant la question des conditions sociales de l’habitat et des fonctions de l’urbanisme. Enfin, il est nommé enseignant à l’École nationale des arts décoratifs.

Les années 1970 lui offrent la reconnaissance. Néanmoins, Ragon ne se départit pas de son attachement aux idées libertaires et se souvient de son enfance vendéenne (L’Accent de ma mère). Il construit une œuvre personnelle autour des origines. Le soulèvement vendéen est au cœur de plusieurs de ses romans et essais, comme Les mouchoirs rouges de Cholet ou 1793 – L’insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté, dans lequel il tente de résoudre les contradictions entre le message de liberté apporté par la Révolution française et le caractère contre-révolutionnaire de l’insurrection.

Ce soulèvement vendéen représente le refus de la centralisation parisienne. Ce cycle entraîne cependant une certaine désillusion chez l’auteur, qui se voit l’objet d’une récupération. Il préfère alors revenir à ses sujets de prédilection: la littérature prolétarienne et l’anarchisme.

Homme aux multiples centres d’intérêt, Michel Ragon illustre cette polyphonie de la culture populaire dont la biographie et la revue offrent un bel aperçu.

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Michel Ragon, singulier et pluriel

André Derval
Albin Michel 
382 pages
23,90 euros
 
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Revue 303 – Michel Ragon

sous la direction de Bernard Blistène
Éditions 303
96 pages
15 euros
 
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Sylvain Boulouque et MCD.

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