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« Il faut agir » : Juliette Binoche révèle l’origine de son engagement écologique…

15 mai 2025Activité, Climat, Énergies renouvelables, Nature, Santé, Société, Vie localedie, écologie0 commentaires

« Il faut agir » : Juliette Binoche révèle l’origine de son engagement écologique

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Sarah Ugolini

09/03/2021

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"Il faut agir" : Juliette Binoche révèle l'origine de son engagement écologique

L’actrice iconique fête ses 57 ans ce mardi 9 mars. L’occasion de rappeler l’engagement de Juliette Binoche pour l’écologie. « Une urgence absolue » dont elle a récemment avoir pris conscience dès son enfance passée dans le Loir-et-Cher.
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Juliette Binoche est l’une des actrices françaises les plus connues à travers le monde. Elle est la première à avoir remporté un prix d’interprétation dans les trois plus grands festivals de cinéma que sont Cannes, Venise et Berlin. Une comédienne engagée dans plusieurs causes, dont l’écologie. Celle qui fête ce mardi 9 mars son 57e anniversaire a confié récemment l’origine de cet engagement. « En 1975, j’avais 11 ans. Nous sommes arrivées dans le Loir-et-Cher avec ma mère, qui avait déjà ce désir d’échapper à un monde trop industrialisé », explique l’actrice.

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« C’est une question d’urgence absolue »

« L’ancienne ferme » où vit alors Juliette Binoche se retrouve « cernée par des champs arrosés de pesticides et d’insecticides ». « Nous faisions parfois des kilomètres pour trouver des agriculteurs qui travaillaient sans chimie », se souvient l’actrice. Elle explique quedéjà à cette époque, « dans les campagnes, les gens savaient que le système clochait ». « La folie du remembrement, avec la disparition des haies, avait commencé, ainsi que le dérèglement de la biodiversité, sans compter les maladies graves… », énumère Juliette Binoche. Pour elle, le temps du constat est fini depuis longtemps. « Aujourd’hui, nous sommes au-delà de la prise de conscience, il faut agir, c’est une question d’urgence absolue », s’insurge-t-elle.

Afin de faire changer les choses, elle est à l’initative de nombreuses pétitions, notamment avec l’astrophysicien Aurélien Barrau. « Lors de la préparation de High life, de Claire Denis, Aurélien était venu nous parler des trous noirs ! Nous avions gardé contact. Au fil du temps, sidérés par l’inaction générale, nous avons initié une première pétition, puis une autre dans Le Monde, ainsi qu’une plainte en justice contre l’État : ‘L’affaire du siècle’, signée par plus de 2,3 millions de personnes ». Selon Juliette Binoche, « il faut bousculer l’immobilisme et les vieux paradigmes de la croissance économique ». « De nombreux jeunes l’ont compris ! », conclut-elle.

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Un documentaire sur les effets de l’Homme sur la nature

L’actrice qui fête aujourdui ses 57 ans s’est d’ailleurs lancée dans un documentaire baptisé « La fabrique des pandémies », avec la lanceuse d’alerte Marie-Monique Robin. Un documentaire qui s’interrogera, avec Juliette Binoche dans le rôle de la narratrice, sur les effets néfastes de l’espèce humaine sur son environnement.

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Juliette Binoche : l’écologie, c’est pas du cinéma

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Son amour pour la nature, Juliette Binoche le cultive d'abord dans son jardin.
Son amour pour la nature, Juliette Binoche le cultive d’abord dans son jardin. 

L’actrice n’entend pas jouer les belles plantes. Elle s’engage contre les pesticides, la surconsommation et la déforestation.

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 A quand remonte votre prise de conscience écologique ?
Juliette Binoche : «  A mes 11 ans, lorsque j’ai commencé à vivre dans le Loir-et-Cher. On habitait une ancienne ferme, en pleine campagne. Mes copains d’école étaient des enfants d’agriculteurs, on faisait du théâtre ensemble. A l’époque, je me souviens d’avoir régulièrement senti de mauvaises odeurs. Pas celles du purin, mais celles de substances chimiques. On entendait déjà parler des morts et des maladies liées à ces poisons. Je me souviens aussi du désespoir des agriculteurs, contraints de produire toujours plus, et de déverser toujours plus de produits toxiques. Un engrenage infernal ! Je me souviens encore de l’abattage des haies champêtres et des arbres immenses, que la politique du remembrement imposait. Entre les années 1960 et 1980, près de 170 000 kilomètres de haies ont disparu. Une catastrophe pour la biodiversité, sans parler de l’appauvrissement des terres. Récemment, j’étais aux Etats-Unis pour préparer un film et j’ai vu des camions qui acheminaient des abeilles d’un Etat à l’autre, car il n’y en a plus assez pour polliniser. Quel monde de dingues !

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Les documentaires peuvent créer un choc de conscience

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Vous présidez le Porquerolles Film Festival, consacré à l’environnement. C’est un rendez-vous que vous ne pouviez pas manquer ?
Cette première édition est une belle initiative, et une nécessité. Il est important, en France, d’avoir un espace de réflexion et de rencontre entre le cinéma et l’écologie. Les films documentaires, par exemple, permettent d’établir un constat, étayé par une vraie enquête et par la parole des scientifiques. En s’appuyant sur les faits, sur des images, les films peuvent créer un choc de conscience.

Pourquoi est-ce si dur de faire évoluer nos comportements ?
Pour faire naître le nouveau, il faut quitter l’ancien, sortir des habitudes et se débarrasser du superflu, en préservant le bien commun et non le privilège de quelques-uns. Nous nous sommes laissé entraîner par une idée de prospérité, une illusion de grandeur. Pour moi, la vraie transformation écologique réside d’abord dans un retournement intérieur, qui recrée un lien avec l’âme du vivant. Comment passer de l’égocentrisme à la sobriété ? De l’irresponsabilité à la solidarité ? Au fond, quelle est notre intention véritable ? Avoir tout et tout le temps dans les supermarchés ? Ne rien laisser aux générations futures ? Nous continuons à inonder la terre de produits toxiques qui polluent les nappes phréatiques, l’air et nos aliments. Ils provoquent des cancers ou des problèmes de stérilité. Au lieu d’éliminer les causes de cet empoisonnement collectif, on nous propose d’en “soigner” les effets. Ça s’appelle un monde à l’envers !

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On ne peut plus séparer l’écologie de l’économie

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Pensez-vous que, même si les messages d’alerte sont répétés inlassablement, rien ou presque ne bouge ?
Nous ne bougeons pas assez vite, c’est évident. La destruction de la biodiversité est déjà bien engagée, à cause de la déforestation et de l’agriculture industrielle. La pandémie de Covid-19 en est d’ailleurs une des conséquences. Nous avons deux options : soit nous subissons dans la panique et la douleur, surtout pour les plus pauvres, soit nous anticipons en prenant des dispositions nécessaires et responsables. Planter des arbres, garder les forêts existantes, aider les agriculteurs à la transition écologique, repenser les transports, l’énergie et notre mode de production industriel, taxer les pollueurs, c’est l’urgence ! Il faut revoir la politique dans son ensemble, on ne peut plus séparer l’écologie de l’économie.

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On pense toujours que la déforestation a lieu ailleurs. Ça se passe aussi chez nous !

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Avec l’astrophysicien Aurélien Barrau, vous avez été à l’initiative de l’appel de 200 artistes et scientifiques, publié dans “Le Monde”, pour dire “Non à un retour à la normale” après le Covid et éviter une catastrophe écologique annoncée. Que faudrait-il changer ?
L’urgence, c’est de réduire notre empreinte écologique en faisant appel au bon sens. Pourquoi couper à blanc des forêts dans les Hautes-Alpes pour mettre des panneaux solaires, alors qu’on peut les installer sur les toits ? La Société alpine de protection de la nature essaie d’alerter, mais les oreilles n’entendent pas. En septembre 2019, j’ai rencontré Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres. Cet élagueur qui milite contre l’abattage a décidé d’occuper un platane pendant un mois devant le ministère de la Transition écologique. Je l’ai rejoint en haut de son arbre pour le soutenir. Aujourd’hui, il m’apprend qu’une société italienne, Florian, veut installer une méga-scierie dans les Pyrénées, à Lannemezan, pour exploiter chaque année 250 000 mètres cubes de bois, l’équivalent de 2 500 terrains de football… pour la création d’environ 25 emplois seulement ! On pense toujours que la déforestation a lieu ailleurs. Ça se passe aussi chez nous ! Je pense que le changement se fera à une échelle plus humaine et locale. On le voit déjà un peu partout en France, où des villes, villages et régions essaient de renouer avec l’autonomie alimentaire et énergétique, en promouvant l’économie circulaire, et utilisent des monnaies locales en complément de l’euro. C’est aussi un moyen de retrouver une dynamique et une foi communes.

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Quelles relations entretenez-vous avec la nature ? Comment la respectez-vous ?
Quand je peux, je m’occupe de mon jardin, de mes fleurs et de mes herbes… J’ai un plant de la fameuse “Artemisia annua” que je regarde pousser avec ravissement. C’est une herbe qui renforce l’immunité, et j’attends qu’elle fasse des graines pour en donner aux amis. On ne peut pas l’acheter, car elle est interdite à la vente en France, mais on a le droit de se procurer des graines chez Kokopelli et de faire des semis au printemps. J’ai été épatée que Paris Match en parle récemment . Elle est utilisée en Afrique contre la malaria, mais son efficacité n’a pas encore été “prouvée” par des essais scientifiques. En attendant, je prends des tisanes tous les jours et je me porte comme un charme ! Et puis je fais attention à ce que j’achète et à ce que je jette. Je suis étonnée de voir tant de nourriture sous plastique dans les magasins bio, ou de produits qui contiennent de l’huile de palme. Je suis sensible à la charte éthique. Miyam, un magasin de nourriture biologique à Paris, réalise un travail formidable en aidant les producteurs à faire le lien direct avec la clientèle. Ils ne vendent que les produits de saison et cultivés en France. Ils ne jettent rien et font des bocaux eux-mêmes, qu’ils mettent en vente. C’est du bon sens et ça marche !

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La période du confinement a-t-elle été bénéfique pour vous ?
Oui, je peux dire qu’il y a eu un “avant” et un “après”. Je me suis occupée de ma mère, je me suis rapprochée d’elle, et j’étais avec mes enfants. Nous avons beaucoup cuisiné ensemble. Ces deux mois avec eux ont été riches d’échanges, d’entraide et de bonne humeur. Cela m’a permis aussi de lire et d’avoir un temps intérieur différent. Et puis j’ai fait le tri. J’ai donné des livres, des vêtements, j’ai préparé une grosse valise de robes longues qui m’ont servi pour les festivals et je m’apprête à les donner pour le cours de théâtre de Ladj Ly qui s’ouvre bientôt en banlieue parisienne. J’ai passé au scanner toute la maison ! Ça a allégé ma vie… J’ai mis d’autres petites choses en œuvre : installer un système de compost avec les épluchures et les feuilles mortes, ouvrir mon jardin aux voisins, inventer avec eux de nouveaux projets, comme mettre en commun une armoire à outils et une petite bibliothèque. La solidarité est le mot-clé du futur..

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Pensez-vous que le discours écologique doit être menaçant, culpabilisant, pour permettre une prise de conscience ?
Oui ! Il faut qu’il soit très culpabilisant pour les industriels et les investisseurs internationaux comme nationaux, qui n’ont aucune déontologie et qui, de surcroît, se font passer pour des sauveurs de l’humanité ou des fournisseurs d’emplois. C’est honteux de faire de l’argent sur la santé de l’humanité ou de polluer impunément en détruisant nos biens communs que sont la terre, l’air et l’eau ! Mais je crois que l’accélération du dérèglement climatique provoque une prise de conscience croissante. La grande journaliste d’investigation Marie-Monique Robin, qui prépare un film sur les liens entre la biodiversité et la pandémie, m’a embarquée dans une formidable aventure. Nous allons rencontrer scientifiques et chercheurs dans le monde entier. Le film sera d’ailleurs financé en partie par les citoyens, car le sujet concerne tout le monde. On peut le soutenir sur le site de M2R Films. Les graines plantées dans le sol ne suffisent pas, la graine doit aussi pousser dans les cœurs.

APPIS et EaQ ( Ecologie au Quotidien ), en décembre 2024…

Juliette Binoche, invitée « perpétuelle  » des Rencontres de Die et de la Biovallée

 

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