Transports : Face aux difficultés du quotidien, ces initiatives locales qui font bouger les lignes
.
Quand se déplacer devient un véritable casse-tête au quotidien, les usagers cherchent des alternatives concrètes. Sur nos territoires, comme ailleurs, de nombreuses initiatives ont vu le jour. Tour d’horizon des différents dispositifs mis en place pour pallier les difficultés de mobilité.
.
Le Dauphiné Libéré
Retards, suppressions de train, incidents en pagaille, infrastructures vieillissantes, offre illisible et surtout, moins de villes desservies par le train aujourd’hui que dans les années 1970… C’est le constat que dresse Daniel Grébouval, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) interrogé dans notre dossier.
Pour faire face à ces problématiques de transports, les usagers du rail s’organisent. À l’image de la Fnaut dans le Grand Est et de l’Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise (Astus) en Alsace, qui informent les usagers pour les aider à anticiper leurs trajets.
En Ardèche, un collectif milite même pour un retour des trains de voyageurs sur la rive droite du Rhône. En novembre 2025, les associations membres du collectif prévoient de faire rouler un train desservant une quinzaine de gares entre Lyon Perrache et Bourg-Saint-Andéol.
.
Covoiturage local
Parler mobilité, c’est aussi regarder ce qui se passe sur les routes. En France, 75 % des trajets domicile-travail se font seul et en voiture. Face à cela, le covoiturage se développe avec des plateformes bien connues comme Blablacar ou Mobicoop, mais aussi grâce à des initiatives locales comme Lane, du côté de Lyon. L’originalité de ce réseau, c’est qu’il propose des trajets fixes à la manière d’une ligne de bus, entre l’Isère et le Rhône. L’application compte aujourd’hui plus de 1 300 utilisateurs et son succès intéresse l’Europe.
.
Autre initiative, l’autopartage. En mettant à disposition des usagers des véhicules en libre-service, la coopérative Citiz, née à Strasbourg et pionnière de l’autopartage en France, veut réduire le nombre de déplacements en voiture individuelle. En 2024, 35 nouvelles stations ont été inaugurées dans l’agglomération strasbourgeoise.
À Besançon, ce sont les vélos électriques en libre-service qui cartonnent. Et en Bourgogne-Franche-Comté toujours, l’association Mission Mobilité organise chaque année un “challenge mobilité”, en partenariat avec l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), pour inciter les salariés des entreprises du coin à trouver des alternatives à la voiture.
.
Lignes à la demande
De plus en plus de collectivités proposent par ailleurs des services de transport à la demande. Dans la Communauté de communes du pays de Saverne, Comette existe ainsi depuis 2013. À Lingolsheimla (Alsace), la Lingomobile fonctionne grâce à des chauffeurs bénévoles pour de petits trajets du quotidien et ce, depuis dix ans.
Dans la Plaine de l’Ain, la communauté de communes a lancé, en septembre 2023, le réseau Touquan, son premier service de transport à la demande pour les habitants des villes et villages du territoire. Contre 2 euros et une réservation, ceux-ci peuvent ainsi se déplacer plus facilement, notamment pour relier les gares et les lieux de soins.
Navette électrique et bus à haut niveau de service
Autre cas notable, la Stéphanoise Express, une navette 100 % électrique lancée en janvier 2025 et reliant Saint-Étienne à l’aéroport Lyon/Saint-Exupéry. En pleine croissance grâce à des partenariats avec l’office de tourisme, l’école des Mines et d’autres acteurs, le service pourrait s’étendre.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes travaille aussi à la mise en service, dès 2027, d’une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) entre Trévoux (Ain) et Lyon. Présentée comme une alternative au TER, cette ligne nécessite de démanteler l’ancien réseau de voies ferrées.
Consciente des défis du moment, la SNCF, elle aussi, promet d’investir sur le territoire. Elle prévoit notamment de débourser 82 millions d’euros pour la construction d’un technicentre à Saint-Étienne (Loire). Destiné à l’entretien et à la maintenance des rames TER, il devrait voir le jour en 2026 sur le site de Châteaucreux et permettre l’amélioration des trajets entre Saint-Étienne et Lyon.
.
Transport : Ligne de train Valence-Lyon : le quotidien tumultueux d’une usagère du rail
Il est 7 h 45 ce jeudi 20 mars quand un train entre en gare de Saint-Clair-Les-Roches, en Isère. Le quai est bondé. « On va aller au bout, il y a plus de place au fond du train », glisse Maëva Fond. Cette habitante de Chavanay (Loire) prend le TER tous les jours en direction de Lyon où elle travaille.
Les portes s’ouvrent, quelques personnes descendent tandis que d’autres, plus nombreuses, montent à bord. Certaines avec des vélos et des trottinettes. « C’est un bon jour, on peut s’asseoir », ironise Maëva Fond. C’est rarement le cas. Comme elle, 18 000 personnes empruntent en moyenne chaque jour la ligne TER Lyon/Vienne/Valence/Avignon, l’une des plus fréquentées du réseau en Auvergne-Rhône-Alpes.
.
« À Noël, nous sommes restés à quai »
Mais les retards sont nombreux, quand les trains ne sont tout simplement pas annulés. « C’est par phases, parfois pendant 15 jours ou un mois ça va aller, puis après ça va être la catastrophe », se désole-t-elle. De quoi perturber un quotidien chronométré. « Les retards de 5 ou 10 minutes, on ne les compte même plus, c’est classique ». Autour d’elle, d’autres usagers acquiescent.
Maëva Fond a 1 h 10 de trajet de porte-à-porte. Elle part de chez elle à 7 h 20, laisse sa fille chez la nourrice puis se rend à la gare. Depuis début janvier, à cause de travaux, une grande partie du stationnement est occupée par les engins de chantier, réduisant le nombre de places de stationnement. « C’est un enfer pour se garer », rapporte-t-elle. « J’ai déjà pris six amendes parce que j’étais mal stationnée. »
.
En temps normal, celle qui ne peut pas faire de télétravail monte dans le train à 7 h 45. Après 28 minutes de trajet, Maëva Fond arrive à la gare Lyon Jean-Macé où elle prend le métro direction le quartier Brotteaux, en plein centre de Lyon, où elle travaille. Quand il n’y a pas de retard, elle pousse les portes de son entreprise à 8 h 35, ce qui lui laisse une petite marge jusqu’à 9 heures.
Quand les trains sont à l’heure, ils ne sont pas toujours adaptés aux besoins. « Ils n’anticipent pas les retours de vacances, les voyageurs sont nombreux et les jeunes rentrent de vacances avec leurs valises, mais il n’y a pas d’emplacement prévu pour les mettre », explique Maëva Fond. Les sièges sont encombrés. « À Noël nous sommes même restés à quai », se souvient-elle.
.
« J’ai déjà vu des gens en venir aux mains »
Dans ce cas, elle n’a pas d’autre choix que de prendre sa voiture. Ça lui est arrivé quelques fois quand les retards étaient trop conséquents. Seuls 56 kilomètres séparent son domicile de son lieu de travail, mais elle en a au moins pour 1 h 45. « Arriver dans le centre de Lyon, c’est le bazar, », ajoute-t-elle. Dans ces cas-là, Maëva Fond peut compter sur l’entraide pour faire du covoiturage avec les autres naufragés du train.
.
Au quotidien, la mère de famille essaie d’anticiper, notamment le soir pour pouvoir rentrer à temps et récupérer sa fille. « Je consulte l’appli pour voir l’état du trafic, on peut aussi regarder si c’est un train long ou court », détaille l’usagère, qui jongle ainsi entre les gares selon les retards et les capacités des trains. « Le soir, à la gare Jean-Macé, quand les trains sont surchargés, ils font descendre les voyageurs, mais le matin, on est entassés comme des animaux et bizarrement on n’est jamais en surcharge. » De quoi créer des tensions. « J’ai déjà vu des gens en venir aux mains. »
.
-
« Il y a de plus en plus de monde, mais pas d’amélioration », se désole Maëva Fond qui emprunte le TER tous les jours pour aller à son travail.
.
Maëva Fond prend le train tous les jours entre Saint-Clair-du-Rhône (Isère) et Lyon (Rhône) pour se rendre à son travail.
.
-
Maëva Fond doit composer au quotidien avec les retards et annulations de train sur la ligne de TER Valence – Lyon.
.
Un train en gare de Lyon Jean-Macé
.
Les abonnements de plus en plus chers
Depuis qu’elle prend cette ligne, soit une dizaine d’années, la Chavanoise a vu la situation se dégrader : « Il y a de plus en plus de monde, mais pas d’amélioration. » Dans le même temps, le prix des abonnements augmente chaque année. « C’est passé de 143 à 150,70 euros en juillet dernier », rapporte-t-elle. L’année précédente, les prix avaient déjà augmenté de 5 euros. Maëva Fond a bien tenté de se faire rembourser. En vain. « C’est fastidieux », souffle-t-elle.
Mais ce n’est pas ce qu’elle demande en priorité. L’usagère aimerait surtout des trains à l’heure et en quantité. « Quand ça se passe bien, c’est quand même génial », conclut-elle.
.
Comparez le coût et la fréquentation des TER de votre région
.
Dans le cadre de notre enquête Hors Service, sur les défis des services publics, nous vous proposons quelques infographies pour mieux comprendre la diversité de réalités entre régions sur le sujet des trains.
.
Il faut s’y retrouver ! Mobigo, Zou, Fluo… L’Hexagone compte pas moins de 13 marques différentes de trains régionaux, le type de train le plus utilisé par les Français. Selon la Fédération nationale des associations d’usagers de transports, « c’est illisible pour le voyageur qui se déplace à l’intérieur du pays », comme le souligne son vice-président Daniel Grébouval dans nos colonnes. En fonction des régions, qui enregistrent plus ou moins de fréquentation, ces trains n’ont pas non plus le même coût. Zoom en infographies.
Qui est derrière l’enquête « Hors service » ?
.
L’enquête « Hors service », c’est environ 30 reportages, interviews, vidéos ou articles datas autour des problématiques et des solutions à la crise dans nos services publics français. Nous avons profité de la force de notre groupe de presse régionale, pour recueillir des histoires et des analyses de l’Alsace aux Alpes, via 19 journalistes de huit de nos titres (Les DNA, L’Alsace, L’Est républicain, Le Républicain Lorrain, Vosges Matin, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès et Le Dauphiné libéré) ainsi que de notre agence d’informations nationales à Paris. De novembre 2024 à mai 2025, nous avons donc formé une rédaction temporaire inter-journaux, dans le cadre d’un cycle de formation, pour travailler sur ce sujet concernant pour nos lecteurs.
D.L.

