Le Valais bannit les smartphones des écoles
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Après l’Argovie, Nidwald et Vaud, au tour du Valais de bannir les smartphones des écoles du canton. Le conseiller d’État valaisan Christophe Darbellay explique cette décision.
26 juin 2025
Actuellement, peu de sujets suscitent des débats aussi vifs dans les écoles suisses que les smartphones. Jusqu’à présent, les écoles dans de nombreuses régions suisses pouvaient décider elles-mêmes comment traiter cette question, un nombre croissant de cantons choisit désormais la voie radicale en imposant une interdiction.
Après l’Argovie et Nidwald et Vaud, c’est au tour du Valais. Le conseiller d’État valaisan centriste chargé du Département de l’économie et de la formation, également président de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), est persuadé qu’il est nécessaire de protéger les enfants contre les impacts négatifs des écrans. Le message est clair. Les enfants de moins de 6 ans devraient, dans la mesure du possible, éviter tout contact avec les écrans, que ce soit à la maison ou à l’école.
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M. Darbellay, vous avez récemment critiqué l’usage des téléphones portables dans les écoles. Aujourd’hui, vous passez à l’action en interdisant les smartphones dans les établissements scolaires valaisans. Qu’est-ce qui justifie une mesure aussi radicale?
La situation est alarmante. Les jeunes rencontrent de plus en plus de difficultés à apprendre et à lire. Leur concentration est en baisse. Une amie médecin, la sœur aînée du patineur artistique Stéphane Lambiel, me confie qu’elle voit régulièrement dans son cabinet de très jeunes enfants qui n’arrivent pas à suivre les conversations. En outre, de nouvelles découvertes scientifiques sont très inquiétantes.
De quelles découvertes parlez-vous?
L’Association française de pédiatrie ambulatoire a récemment publié de nouvelles recommandations, en collaboration avec quatre autres associations médicales spécialisées. Les enfants de moins de 6 ans ne devraient pas être exposés aux écrans, que ce soit à la maison ou à l’école. Les premières années de vie sont cruciales car de nombreux processus essentiels au développement du cerveau s’y passent. Toute perturbation pendant cette période peut entraîner des dommages cérébraux irréversibles.
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En règle générale, les enfants qui fréquentent l’école en Valais ont plus de 6 ans.
Oui, mais même chez eux, l’usage excessif des écrans peut causer de nombreux dommages. Les imageries cérébrales révèlent que le cerveau d’un enfant est bien moins actif quand il est absorbé par son téléphone portable que lorsqu’il joue en extérieur. Bien sûr, les enfants devront un jour maîtriser les outils numériques, devenus incontournables dans notre société. Toutefois, beaucoup de jeunes enfants passent déjà trop de temps sur leur smartphone. L’école est un élément central de la vie quotidienne. En tant que chef du Département de l’économie et de la formation et président de la CDIP, je dois assumer mes responsabilités.
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Les enfants valaisans pourront-ils à l’avenir utiliser leur téléphone portable sur le chemin de l’école ou devront-ils le laisser complètement à la maison?
Cette interdiction s’applique pendant que les enfants sont dans l’enceinte de l’école, y compris pendant la récréation et à midi. Les parents sont responsables du trajet scolaire de leurs enfants. Je comprends le besoin de pouvoir contacter son enfant pendant le trajet. Je conseille cependant aux parents d’établir avec leurs enfants des règles claires sur l’utilisation du téléphone portable, en limitant son usage à des situations bien précises. Dans le bus rempli d’écoliers, je suis témoin d’un spectacle qui me désole. Les enfants ne communiquent plus entre eux, ils n’échangent même plus un simple «salut»!
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Vous êtes président de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). Existe-t-il des initiatives pour réglementer cette question à l’échelle nationale?
Non, la question d’interdire les smartphones n’a pas encore été inscrite à l’ordre du jour de la CDIP. Je m’exprime ici seulement en ma qualité de conseiller d’État valaisan. Il est vrai qu’avec notre système fédéral, chaque canton mène sa propre réflexion sur ce sujet. Les cantons romands et le Tessin ont adopté une position commune sur l’usage des téléphones à l’école. Ils mettent les appareils au coin. Plusieurs modèles existent, mais tous mes collègues sont inquiets face à l’évolution de la situation.
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Celles et ceux qui s’opposent à une interdiction générale soutiennent que les situations varient d’une école à l’autre et d’un canton à l’autre. Pourquoi imposer une charge supplémentaire aux établissements scolaires?
Je suis persuadé que des règles uniformes à l’avenir seront bénéfiques pour le corps enseignant. Ainsi, chacun découvre ce qui est vraiment important. Cela offre également un soulagement aux parents, car les enfants et adolescents sont particulièrement sensibles à la pression de leurs camarades.
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Certains enseignants craignent cependant de devoir renforcer leur rôle disciplinaire à l’avenir. Contrôler le respect des règles et imposer des sanctions engendrerait des tensions et prendrait beaucoup de temps.
Je vois les choses de manière pragmatique. Les écoles peuvent acquérir des boîtes où tous les élèves placent leur appareil avant le commencement des cours. Fin de la discussion. Mais il est évident que des infractions seront commises.
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Le Conseil fédéral étudie actuellement si l’accès aux réseaux sociaux comme Instagram ou TikTok devrait être totalement interdit aux jeunes de moins de 16 ans en Suisse. Quelle est votre position à ce sujet?
Une telle interdiction existe déjà en Australie. Une connaissance de là-bas me dit que cette loi est presque impossible à appliquer dans la pratique. Je pense que dans cette situation, c’est aux parents de fixer les règles, même si cela n’est pas facile. Dans les écoles, nous devons enseigner aux enfants comment utiliser les outils numériques tout en les encadrant.
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Les pays nordiques, après avoir largement numérisé leur enseignement, reviennent aujourd’hui en partie aux méthodes traditionnelles d’épellation. En Suisse, l’utilisation des tablettes dans l’apprentissage et leur nombre par classe varient considérablement selon les cantons. Quelle approche le Valais a-t-il adoptée face à cette question?
Les jeunes enfants apprennent uniquement par analogie. Les classes des plus grands sont équipées de tablettes, en principe une tablette pour quatre enfants, puis vers la fin de l’école primaire, une tablette pour deux enfants. Il est essentiel que les enfants apprennent à utiliser les appareils numériques, comprennent les algorithmes et qu’on leur enseigne également la prévention des risques. Mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire que chaque enfant possède son propre appareil pour atteindre cet objectif. La plupart de ces compétences peuvent s’acquérir avec un simple crayon et une feuille de papier.
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Traduit de l’allemand par Emmanuelle Stevan
