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Ayda Hadizadeh, députée : « Le portable est une bombe éducative qu’il faut interdire aux moins de 15 ans »

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Ayda Hadizadeh, Députée socialiste du Val-d’Oise

 14 juin 2025 
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« Poser cette question, c’est s’interroger sur ce dont un enfant a besoin pour devenir un adulte responsable de lui-même et des autres. »
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Après le meurtre d’une surveillante d’un collège de Nogent, la députée (PS) Ayda Hadizadeh confirme dans ce texte déposer, avec le député (Horizons) Jérémie Patrier-Leitus, une proposition de loi contre l’usage des portables pour les moins de 15 ans. Une mesure qui selon elle aidera les parents dans leur rôle éducatif.

Mardi 10 juin, une surveillante a été poignardée dans un collège par un élève de 14 ans. L’émotion est immense. Et très vite, la mécanique politique s’enclenche : interdire les armes (peu importe qu’il s’agisse d’un couteau de cuisine), installer des portiques, durcir les sanctions. Comme si la seule question était : comment empêcher nos enfants de s’armer ?

Mais la question essentielle, celle qui devrait nous obséder collectivement, est bien plus profonde : qu’est-ce qui pousse un enfant de 14 ans à s’armer avec l’intention de tuer ? Comment lui tuer, dans la tête, toute envie de violence ? Comment faire naître dans son cœur le souci de l’autre, l’empathie ?

Poser cette question, c’est s’interroger sur ce dont un enfant a besoin pour devenir un adulte responsable de lui-même et des autres. Or cette responsabilité, les politiques la renvoient à la sphère privée. D’où le développement d’un marché juteux, qui prospère sur l’angoisse éducative des parents. Jusqu’au jour où l’enfant dérape, frappe, blesse ou tue. Alors, l’État revient à toute hâte, en posture autoritaire, appelant à plus de fermeté et de sévérité.
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Un être en construction

Un enfant n’est pas un adulte miniature. C’est un être en construction, entièrement dépendant du cadre affectif et éducatif dans lequel il grandit. Et si les politiques de droite et d’extrême droite prenaient un instant pour réfléchir honnêtement au cadre dans lequel ils aimeraient voir grandir leurs propres enfants, ils ne parleraient pas d’une autorité dure et crainte. Ils évoqueraient des parents présents, un environnement sécurisant, de l’attention, de l’amour, du temps partagé.

Un cadre ne tient jamais sur un seul pilier. Il a quatre côtés : l’autorité au sommet, l’amour à la base, le soin d’un côté, la protection de l’autre. Retirez un côté, il se tord. Supprimez-en deux, il s’effondre. Ce qui structure un enfant, ce n’est pas la crainte. C’est le lien. Ce lien d’attention, d’écoute et de présence, qui rend possible une autorité juste — une autorité fondée sur la confiance, la constance, la bienveillance ferme. Celle qui guide sans humilier, qui pose des limites sans écraser.
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Rôle de parent

Dans l’ouvrage de référence Retrouver son rôle de parent, les médecins canadiens Gabor Maté et Gordon Neufeld alertaient dès 2005 : lorsque le lien avec les parents s’affaiblit, ce sont les pairs – d’autres enfants ou adolescents, dans la rue ou en ligne – qui deviennent les principales figures d’attachement. C’est à eux que les enfants s’identifient, qu’ils se confient, qu’ils obéissent.

De nombreux parents, souvent malgré eux, ne passent plus le temps nécessaire, ni le temps de qualité, avec leurs enfants. Non par désintérêt, mais parce qu’ils sont submergés, fatigués, isolés, pressurisés. Parce qu’ils doivent gérer trop seuls, sans relais, un rôle de plus en plus exigeant. Ce manque de disponibilité affective et éducative des parents, premiers éducateurs de leurs enfants, ouvre un vide. Et dans ce vide, d’autres figures prennent la place.

Aujourd’hui, le lien familial est attaqué de l’intérieur. Et l’un des plus puissants dissolvants, ce sont les écrans. Ils avalent le regard, coupent la parole, isolent chacun dans sa bulle. Ce n’est plus un détail : c’est un bouleversement profond, que nous avons laissé s’installer. Un enfant n’est pas fait pour être élevé par d’autres enfants, encore moins par des influenceurs en ligne, ou demain par une intelligence artificielle. Il a besoin d’un lien humain, incarné, vertical, asymétrique, protecteur. Quand ce lien s’affaiblit, ce n’est pas seulement l’autorité qui vacille : c’est la sécurité intérieure de l’enfant qui s’effondre.
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Mettre les moyens

Et parce que ce lien est de plus en plus mis à mal, il est urgent que la société se demande comment aider les parents à retrouver leur rôle de parent. Pas en leur donnant des leçons. Pas en les réduisant à des allocataires. Mais en leur offrant du temps, du soutien, de la considération.

Mettre des moyens en pédopsychiatrie est urgent. Réguler l’accès aux réseaux sociaux aussi. Mais tant qu’on ne posera pas la vraie question – faut-il vraiment un smartphone à 9 ou 10 ans ? –, on restera à côté du sujet. Plus de 80 % des enfants en possèdent un avant 14 ans. C’est une bombe à fragmentation éducative. Avec mon collègue député Jérémie Patrier-Leitus, nous déposerons une proposition de loi pour en interdire la vente et l’usage aux moins de 15 ans. Pour redonner aux parents un vrai levier. Un appui. Une limite claire à opposer à la pression commerciale, à l’argument du « tout le monde en a ».

Mais ce n’est là qu’un des pans d’une politique parentale ambitieuse. La tragédie de Nogent s’inscrit dans la crise du modèle éducatif. Mais toute crise peut être une occasion de se ressaisir collectivement. Nous ne pouvons plus renvoyer les besoins affectifs et éducatifs de l’enfant à la sphère privée, et n’intervenir que lorsqu’il dérape. Le politique doit être là dès le début. Aux côtés des enfants. Aux côtés des parents. Là où tout se joue.

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Ayda Hadizadeh, Députée socialiste du Val-d’Oise à suivre sur La Croix

 14 juin 2025 

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