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Sabine Girard, chercheuse et élue engagée dans l’action participative

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Ex-Conseillère municipale à Saillans, dans la Drôme, cette experte dans la gestion de l’eau croit en une recherche autant qu’en une action publique qui implique les citoyens.
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 Catherine Mary

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jeudi 14 mars 2019 Sabine Girard, Chercheure, ingénieure des ponts des eaux et des forêts à L'IRSTEA (Grenoble).

Sabine Girard, Chercheure, ingénieure des ponts des eaux et des forêts à L’IRSTEA (Grenoble).

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Sabine Girard a donné rendez-vous à la mairie de Saillans, ce bourg de la vallée de la Drôme qui s’est imposé depuis les élections municipales de 2014 comme un modèle de démocratie participative. Elle attend au premier étage, dans la salle de réunion qui a volé au maire sa fonction symbolique.

Ici se réunissent les commissions participatives et les « groupes action projet », deux ­instances spécialement conçues pour ce nouveau fonctionnement, afin qu’élus et citoyens puissent échanger et décider ensemble. Et face à l’affiche de la vue aérienne du village, griffonnée d’annotations, elle entre dans le vif du sujet. « C’est un outil essentiel du plan local d’urbanisme. Les habitants ont pu se l’approprier et en discuter avec les intervenants du bureau d’études », raconte-t-elle avec un ­enthousiasme qui précipite ses mots. « Le travail participatif a permis à chacun de développer sa capacité à s’impliquer dans la vie ­publique et à élaborer une vision partagée de l’avenir du village », poursuit-elle.

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Car cette chercheuse de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea, ex-Cemagref) est également conseillère municipale de Saillans. La chercheuse et l’élue se confondent, et la posture de l’une questionne celle de l’autre. Elle défend une recherche ­impliquée. « La science impliquée se différencie d’une science qui serait très descendante par le transfert de quelqu’un qui sait vers l’autre, de ce caractère de “sachant”. Elle n’est donc pas une recherche expliquée, ni une recherche appliquée. Ce n’est pas non plus une science compliquée selon laquelle il n’y a que les chercheurs qui peuvent savoir et comprendre », explique-t-elle en soupesant ses mots. « Ce qui m’intéresse dans ces façons de faire de la science autrement, c’est qu’on recherche la vérité par la ­confrontation au réel. Cela exige d’abandonner la neutralité », poursuit-elle.

Et assumant cette confrontation, elle n’hésite plus à endosser l’un ou l’autre de ses rôles au sein de la commission du Syndicat mixte de la rivière Drôme, chargée de la révision du SAGE, le plan de gestion de l’eau et d’aménagement. Tout en siégeant en tant qu’élue, il lui arrive aussi de présenter les résultats du ­projet européen Spare, qui vise à évaluer ­l’implication des citoyens dans la gestion de l’eau à l’échelle de cinq rivières alpines et auquel elle a contribué en tant que chercheuse, pour la rivière Drôme.

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Changement de casquette

« Elle est suffisamment intelligente et professionnelle pour faire la part des choses. Elle fait l’effort de se mettre à la bonne distance, si bien que les autres membres de la réunion acceptent qu’elle puisse changer de casquette », témoigne Chrystel Ferrand, du Syndicat mixte de la rivière Drôme. « Elle est étonnante par sa vivacité, sa rigueur et sa capacité à faire plusieurs choses en même temps, à s’impliquer à la mairie de Saillans tout en étant mère de ­famille et chercheuse. On peut la qualifier d’engagée dans la mesure où, pour elle, la recherche sur le développement et l’aménagement des territoires n’est pas le monopole des chercheurs. Elle implique de façon active les acteurs et les habitants », renchérit le sociologue ­Pierre-Antoine Landel, de l’université de Grenoble, également impliqué dans le projet Spare. « Elle fait très bien la part des choses ­entre son rôle d’élue et celui de chercheuse », complète Emeline Hassenforder, de l’Irstea.

Sabine Girard est une fille de la Drôme, et de sa famille ancrée dans le territoire elle a hérité de valeurs qui ont façonné sa vision. Un goût affirmé pour le partage et pour l’autonomie, combiné à une posture critique envers toute forme d’autorité. Née en 1977 d’un père enseignant et d’une mère infirmière, elle a grandi entre le domicile familial à Valence et la maison de ses grands-parents maternels à Suze, un village des contreforts du Vercors dont ils avaient fait leur point de ralliement.

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Son grand-père, Marcel Alloix, qu’elle évoque avec ferveur, est une figure locale. Résistant dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI) durant la seconde guerre mondiale, il était fonctionnaire dans la direction départementale de l’agriculture et de la forêt. Tout en accompagnant à la fin du XXe siècle les mutations de l’après-guerre vers une agriculture productiviste, il n’a cessé de défendre les droits des petits paysans.

Et le parcours de Sabine Girard s’inscrit dans les pas de cette figure tutélaire. Au sein de la fonction publique, forcément, car il s’agit pour elle d’être « au service de ». D’où son orientation vers la fonction d’ingénieur d’Etat en fin d’études d’agronomie à l’école SupAgro de Montpellier. Mais alors que ce statut la destine à occuper une fonction hiérarchique au sein d’une administration, elle bifurque pour se lancer dans un diplôme d’études universitaires sur la gestion de l’eau au Burkina Faso, où elle travaille sur des ­modélisations à l’échelle de l’Afrique. Une ­activité bien trop éloignée du terrain, qui confirme néanmoins son intérêt pour les sciences sociales.

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Le territoire familial

Elle s’intéresse ensuite au partage de l’eau venue d’un glacier andin, entre les différentes populations occupant les pentes du Chimborazo, un volcan situé en Equateur. Chassées du bas des pentes par les premiers colons, les ­populations indiennes n’avaient en effet cessé d’être refoulées vers le haut du volcan. Jusqu’à atteindre le paramo, un biotope situé entre la forêt et les glaciers jouant le rôle de régulateur dans l’écoulement de l’eau. Le sujet la passionne, et elle s’embarque pour l’Equateur, où elle commence une thèse au début des ­années 2000. Mais les financements se tarissent, ce qui l’oblige à délaisser, à contrecœur, son sujet. Un poste vient de s’ouvrir à l’Irstea à ­Bordeaux, qu’elle intègre en 2005.

C’est alors qu’un nouveau projet se présente, faisant converger ses aspirations. Il s’agit d’étudier la politique de l’eau de la ­rivière Drôme, où le SAGE, alors pionnier en matière d’implication des acteurs de terrain, est expérimenté. L’occasion est rêvée. Elle la saisit. « Il y avait deux symboles très forts de mon enfance : les trois becs, ces sommets ­emblématiques de la vallée de la Drôme, et la rivière où j’allais me baigner enfant. Ça m’a ­ramenée au territoire qui me relie à mon grand-père », confie-t-elle.

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Elle se lance dans une nouvelle thèse, partageant son temps entre Bordeaux et la Drôme. Mais le pays natal les appelle, elle et son compagnon, originaire de Saillans. Agronome spécialisé dans la viticulture, il délaisse les grands domaines bordelais et se lance dans la production de vin biologique. En 2011, ils s’installent avec leurs trois ­enfants à Saillans, et Sabine Girard réduit son temps de travail.

Mais elle se sent rapidement en manque d’action, et les élections municipales de 2014 lui procurent une nouvelle occasion de rebondir. Les habitants contestent un projet de ­supermarché défendu par le maire en place. En assistant aux débats, elle réalise que son expertise dans la gestion de l’eau peut leur être utile. Elle s’inscrit sur la liste citoyenne qui fait tomber le maire en place et devient élue référente, en binôme, sur les questions de mobilité, d’environnement et d’énergie.

Le plan local d’urbanisme est le projet le plus marquant de son expérience d’élue. « C’est à la fois très enrichissant et très éprouvant. Très enrichissant car on apprend énormément, en essayant de faire ensemble avec des gens très différents. Très éprouvant car on est sur des sujets sensibles, qui créent inévitablement des tensions. C’est la confrontation permanente des valeurs, et cela questionne beaucoup sur soi, sur ses propres valeurs et sur ses principes », conclut l’« élue-chercheuse ». Impliquée, à n’en plus douter.

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Catherine Mary à suivre dans Le monde

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Sabine GIRARD
Girard
Chercheure en géographie (équipe ASTRRE)
Référente GIS démocratie et Participation
Représentante INRAE au Comité de rédaction de la  Revue de Géographie Alpine
Membre de la Zone Atelier du Bas Rhône

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