Sélectionner une page

 

Xavier Emmanuelli, l’humaniste,  fondateur du Samu-social, est mort à l’âge de 87 ans

.

Cet anesthésiste-réanimateur de formation avait également cofondé, au début des années 1970, l’organisation Médecins sans frontières, qui a reçu le prix Nobel de la paix.
.
 16 novembre 2025 
Xavier Emmanuelli, à Paris, le 4 avril 2008.

Médecin des exclus et pionnier de l’action humanitaire, Xavier Emmanuelli, qui a cofondé Médecins sans frontières avant d’inventer le Samusocial, une ONG d’assistance aux personnes sans abri, est mort, dimanche 16 novembre, à l’âge de 87 ans.

« Avec lui disparaît un grand humaniste de notre République », a salué Emmanuel Macron sur le réseau social X. Ce médecin anesthésiste-réanimateur de formation « est mort comme il a vécu, avec des semelles de vent », a écrit sa famille dans un communiqué.

.

Le Samusocial international, dont Xavier Emmanuelli était toujours le président d’honneur, a rendu hommage « à cette personnalité exceptionnelle pour son engagement sans faille au sein de l’association qu’il a présidée pendant plus de vingt-cinq ans et dont il a porté toutes les batailles ».

Xavier Emmanuelli « a eu un malaise, probablement cardiaque » et sa vie « s’est arrêtée brutalement », a précisé à l’AFP le président du Samusocial international, Jacques Carles. Il avait fondé en 1993 le Samusocial de Paris – qui vient, notamment, en aide aux personnes sans abri et en grande précarité et les oriente vers un lieu d’hébergement grâce au numéro d’urgence 115 –, avant de créer le Samusocial international en 1998.

.

« Ça me dérange »

« Ça me faisait chier de voir que les gens sont à l’abandon, que ça fait partie du mobilier urbain et que c’est seulement en hiver qu’on s’en rappelle. Ça me dérange. Comme médecin, je suis assez bouleversé », expliquait-il à propos de la création du Samusocial. Pour dénoncer une réduction drastique de financement public, il avait claqué la porte de l’organisation parisienne en 2011, tout en restant au Samusocial international.

Xavier Emmanuelli a « marqué l’histoire de la solidarité dans le monde », a souligné l’association. « Aujourd’hui, du Caire à Lima, de Bucarest à Dakar, ce sont plus d’une quinzaine [d’antennes du Samusocial] qui viennent en aide aux adultes sans abri, aux enfants des rues, aux réfugiés et déplacés, à tous ceux vivant dans une grande précarité. »

.

D’origine corse, né à Paris le 23 août 1938, Xavier Emmanuelli était le fils d’un instituteur devenu médecin généraliste et d’une institutrice, tous deux résistants, distingués comme « Justes parmi les nations » pour avoir caché des juifs pendant la guerre.

Anticolonialiste, dessinateur occasionnel pour le magazine Hara-Kiri, il avait cofondé en 1971 Médecins sans frontières, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1999 : « C’est mon histoire d’amour, vraiment », racontait-il avec un sourire attendri.

C’est lors de consultations dans un centre d’aide aux sans-abri à Nanterre qu’il avait eu l’idée d’appliquer aux problèmes sociaux les méthodes de l’urgence médicale. « J’ai regardé, cliniquement, ce que cela représentait, la grande exclusion. Le Samusocial vient de là », avait-il expliqué.

.

« Un humaniste inlassable »

Jacques Chirac, alors maire de Paris, l’avait aidé à créer à la fin de 1993 les premières équipes mobiles du Samusocial, chargées d’« aller à la rencontre » des sans-abri. Avec l’arrivée de Jacques Chirac à l’Elysée en 1995, Xavier Emmanuelli avait été nommé secrétaire d’Etat à l’action humanitaire d’urgence (1995-1997). Pour autant, « je n’ai épousé ni les idées de droite ni celles de gauche », expliquait en 2011 celui qui fut communiste dans sa jeunesse.

Membre du conseil de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et de la commission nationale consultative des droits de l’homme, il avait également présidé le Haut Comité au logement des personnes défavorisées de 1997 à 2015, rappelle sa famille.

.

Sa mort a déclenché une pluie d’hommages dans la classe politique. Le ministre de la ville et du logement, Vincent Jeanbrun, a salué sur X un « humaniste inlassable », qui « a ouvert des voies nouvelles pour tendre la main à ceux que notre société laisse trop souvent de côté ». « Son engagement a marqué notre pays », a réagi sur X le ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou.

« Nous t’imaginions immortel tant une force juvénile indomptable t’animait dans tes combats », a écrit la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. « Je garde le souvenir d’un homme de fidélité, à la fois exigeant, fraternel, profondément humaniste, toujours tourné vers l’action concrète. Son rôle fut décisif dans la genèse du droit au logement opposable », a souligné sur X l’ancien premier ministre (2005-2007) Dominique de Villepin, saluant « l’une des grandes consciences sociales » de la France.

.

L’ancien ministre Patrick Kanner, chef de file des sénateurs socialistes, a, quant à lui, rendu hommage à « une grande figure d’une certaine idée de la solidarité ». « Visionnaire, médecin voué aux autres, grand par l’exemple », a salué  Jean-Luc Mélenchon.

.

APPIS

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *