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Retrouver l’art de l’écoute…

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L’écoute est un commun que partagent les peuples qui vivent en lien avec la nature. Bien plus qu’une affaire d’ouïe, c’est une présence au monde, celle que requiert le vivant quand il s’agit de vivre de la terre et en lien avec elle pour y rester accordé.

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L’écoute est un art. Bien plus qu’une affaire d’ouïe, c’est une présence au monde, celle que requiert le vivant quand il s’agit de vivre de la terre et en lien avec elle pour y rester accordé.
L’écoute est un commun que partagent les peuples qui vivent en lien avec la nature. Les aborigènes ont un mot pour nommer cette écoute, Dadirri, rappelle Vanessa Escalante dans « Les messagers du rêve ». Un peuple d’Amazonie distinguait traditionnellement sept qualités d’écoute différentes…

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Écouter, c’est d’abord faire silence. Dans la culture maasaï par exemple, les plus grands sages ne parlent pas : ils écoutent. Ce qu’ils émettent est une qualité d’être, et celle-ci est reconnue, souhaitée, respectée. Dans nos cultures bavardes aux technologies bruyantes, où pour être vu, mieux vaut émettre que recevoir, l’écoute est peu valorisée. Et elle n’est pas, ou si peu, enseignée. Tout au plus apprend-on sur les bancs de l’école à s’asseoir et se concentrer pour se laisser remplir par de multiples bruits, histoires, et nourritures mentales. Nous croyons alors que nous y apprenons à écouter. Et pourtant, c’est tout un pan qui nous échappe.

L’écoute, la vraie, fille du silence, a des racines profondes, et mâture d’autres fruits : l’attention, la considération, la clarté, le temps juste, la curiosité, le soin, et bien d’autres encore…

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«  Un processus pour bâtir une communauté »

Cette écoute a un nom dans la culture aborigène d’Australie, que Vanessa Escalante décrit dans son récent ouvrage, « Les messagers du rêve » (éditions De tout et du tout) : c’est le «Dadirri ». « Chez les peuples autochtones de la région de la rivière Daly, à 220 km au sud de Darwin, l’écoute profonde est appelée « Dadirri », écrit-elle. Elle est intérieure, calme, toujours consciente, en attente et accessible à tous. L’écoute profonde est un processus pour bâtir une communauté, c’est aussi une façon d’encourager les gens à explorer et à apprendre du patrimoine ancestral de la culture autochtone. »

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« Dadirri reconnaît la source profonde qui est en nous ».

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Elle cite Ngangikurungkurr, écrivaine et ainée autochtone : « Dadirri n’est pas seulement une question autochtone. Il est commun au monde. Dadirri est une conscience intérieure, profonde et silencieuse. Dadirri reconnaît la source profonde qui est en nous. Nous l’appelons et elle nous appelle. » (…) « Quand je fais l’expérience du Dadirri, je redeviens entière. Je peux m’asseoir sur la rive ou marcher à travers les arbres ; même si quelqu’un de mon entourage est décédé, je peux trouver ma paix dans cette conscience silencieuse. Il n’y a pas besoin de mots. À notre manière autochtone, nous avons appris à écouter dès le début. Nous ne pouvions pas mener une vie bonne et utile sans écoute. » (…)Ce que les peuples racines ont à nous dire: De la santé des hommes et de santé du monde

« Il peut être utilisé comme un outil pour calmer l’esprit comme il enseigne « le calme et l’attente ». Notre culture autochtone nous a appris à ne pas bouger et à attendre. Nous n’essayons pas d’accélérer les choses. Nous les laissons suivre leur cours naturel, comme les saisons. Dadirri est également utilisé comme une prière, une prière dans le sens où vous ressentez simplement la présence du Grand Créateur ».

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Considération, conscience, amour

«Dadirri » va donc bien au-delà de l’ouïe. Il est en nous, prêt à répondre à notre appel, comme pour nous reconnecter à un « ordre du monde » qui nous précède, et nous contient.

Dans un esprit assez proche, les Kogis de Colombie ont le mot « Seiwa », pour dire la considération, la conscience, l’amour. Leurs mamas (chamanes) travaillent ce Seiwa en permanence, en eux-mêmes, avec leur territoire, et le font travailler aux leurs à travers des objets rituels où ils orientent à travers l’intention les énergies de chacun. Ce Seiwa nourrit en quelque sorte leur conscience d’êtres humains symbiotiques. Il est sans doute la base de tous leurs savoirs, de leur vaste connaissance, philosophique, cosmique, et la nature même de leur posture au monde.

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Sept « oreilles » différentes

Sous une forme ou une autre, parfois hyperspécialisée, réservée à certains ou partagés par tous, cette écoute se retrouve dans de nombreuses cultures. Traditionnellement, en Amazonie brésilienne, les enfants tupis apprenaient à en distinguer sept types d’écoute différents. L’écoute de l’oreille gauche, ouverte et accueillant tout, celle de « ceux qui aiment », est associée à l’énergie féminine. L’écoute de l’oreille droite, plus active et impliquée, est associée au masculin. L’ « oreille de terre », plus globale et associée également au toucher, perçoit des différences infimes de l’environnement. L’ « oreille d’eau » entend les émotions, sentiments et énergies. L’ « oreille d’air » entend l’esprit : c’est celle des guérisseurs, qui peut ressentir l’histoire de la personne et percevoir un futur possible. L’« oreille de feu », intuitive et empathique, se concentre sur les paysages sonores pour rechercher les possibles cachés. Enfin, l’oreille « totale » est celle du sage : plus rare, elle rassemble toutes ces écoutes et celui qui la cultive peut accompagner les personnes et les groupes…

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Un monde qui émerge du silence

Évidemment, cet art de l’écoute est en lien direct avec l’attention que ces peuples accordent à leurs territoires, au plus qu’humain, à toutes leurs relations, et avec le soin qui en découle. Ce qui questionne notre propre qualité d’écoute. Rêvons ensemble un instant :

Comment seraient nos territoires si nous nous accordions des temps pour nous mettre à l’écoute de ces lieux qui nous accueillent, nous nourrissent, nous soutiennent ?À l'écoute des voix de la Terre: Huit principes de vie inspirés des peuples racines

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Comment serait notre vie intérieure si nous prenions soin d’entendre leur résonnance en nous-mêmes ? Et comment seraient nos relations si nous nous rassemblions, régulièrement, autour de cette écoute ?

Si nous nous accordions des temps, sans objectif, à l’écoute de soi, des ressentis, de l’autre, de la nature, du perceptible, et de l’imperceptible qui en émerge au-delà, telle une harmonique qui révèle la beauté du monde ?…

Si nous écoutions même (et surtout) le silence qui relie à l’essentiel, éclaire l’essence des choses, et qui les tisse -qui nous tisse-, dans l’obscurité du monde…

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Pour cette année et ce cycle qui s’ouvre, je nous souhaite de cultiver cet art, au-delà de la cacophonie du monde, et d’en partager toujours plus nombreux la récolte.

 

Frederika Van Ingen

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Frederika Van Ingen sera à Die aux 24es Rencontres citoyennes de Die et de la Biovallée en 2026

Dimanche 1er février : 16h30 S’inspirer des peuples racines pour restaurer nos liens à la Terre ; Salle Séverine-Beaumier

Et si penser le monde de demain puisait ses sources dans les racines de l’humanité ? Non comme un retour nostalgique à des origines lointaines, mais comme une source d’inspiration pour insuffler de nouveaux modèles de société, plus respectueux de la nature et des humains.

Frederika Van Ingen, journaliste, autrice

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https://frederikavaningen.fr/retrouver-lart-de-lecoute/

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Le Cercle des Passeurs propose des espaces d’expérience inspirées des sagesses racines pour vivre l’écoute profonde, ensemblewww.lecercledespasseurs.fr

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