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« Travailler ensemble, un territoire, une vision, une femme » : 40 ans au service du Diois, interview d’Isabelle Bizouard… ( Deuxième partie)

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« N’ajoutons rien au présent, qui ne puisse s’accorder au passé… Nous ne sommes pas isolés dans l’histoire. Nous continuons et préparons. » (Léon Blum, dans Nouvelles Conversations, 1895). 

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Nous avons rencontré Mme Isabelle Bizouard, maire de la Ville de Die… En fin de son 3ème mandat, (non consécutif). Elle quittera définitivement l’hôtel de ville après ce 22 mars 2026, deuxième tour de ces élections municipales. En ce moment même, toujours prise entre une multitude de dossiers et de programmes à finaliser. Entre une mobilisation qui la soutient au tribunal de Valence pour une plainte pour outrage qu’elle a déposée contre des propos de harcèlements violents sur les « réseaux asociaux », comme elle aime les appeler. Elle met plutôt en cause « l’environnement médiatique des réseaux violents d’une hargne, d’une violence et d’une malhonnêteté totale ». Nous avons pris une heure dix pour évaluer 40 ans de vie de la cité Dioise et les dynamiques d’un pays Diois créatif. A quelques jours de quitter l’hôtel de ville, la maire défend avec fierté ses trois mandats à la tête de la capitale des Voconces et revendique un héritage marqué par des transformations écologiques, urbanistiques et sociales, malgré les attaques. Toujours combative, elle aurait sans doute aimé finir son programme de mutation de la ville.

Après plus d’une heure de discussion dans son bureau de maire de Die, qu’elle quittera dans quelques jours, Isabelle Bizouard prend un temps pour dire sa part de vérité et de responsabilité.  « Je pars en me disant qu’il ne suffit pas d’avoir de la détermination, de l’énergie et de la volonté : il faut une détermination farouche, une énergie et une volonté féroce pour faire ce qu’on a fait ». Absente de la campagne de 2026, aucun candidat n’attaque de front son bilan. Dans un contexte d’abaissement du débat public et de prolifération des fake news, « une femme de gauche, à la tête d’une ville comme Die » devient une cible, analyse-t-elle. Elle a trouvé des relais heureux dans la société civile : « Le combat, je l’ai mené avec les associations environnementales. Le combat pour l’accueil des réfugiés.  Avec les bénévoles, les associations ». C.V. 

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2eme partie…

En même temps, la municipalité est amenée aussi à gérer les quantités de services qui ont disparu… Depuis une vingtaine d’années on se bat contre les fermetures des services, les fermetures de la DDE (Direction départementale de l’Équipement), l’ONF, les fermetures des services publics…

A la commune ou à l’intercommunalité, on reprend en charge des choses pour lesquelles on n’a pas suffisamment de moyens. Parce qu’on nous dit, « on vous apporte des dotations ! « . Oui, mais elles ne sont pas suffisantes, par exemple, les dotations pour les cartes d’identité ou les passeports ne couvrent pas complètement les dépenses

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On a même failli perdre la Sous-Préfecture à certains moments c’était délicat.

Oui, je pense que tout sera délicat dans les années à venir, franchement. De ce fait, la commune a été obligée de répondre à beaucoup de choses dont elle n’était pas responsable à certains moments. Et il y a eu aussi un mécontentement dans la population par rapport à l’Intercommunalité.  Globalement, une mutualisation était plutôt positive.

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Après on l’a vu, un peu avec la loi Gemapi (La gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations) qui devait être une compétence confiée aux Intercommunalités (métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération, communautés de communes) avant son arrêt.

A un certain moment, quand le territoire est trop vaste, il y a de la perte de connaissance.  Je pense que l’échelle du Diois nous permet aujourd’hui vraiment de travailler. De manière très concrète et très opérationnelle avec les communes dont la commune de Die centre.  J’ai toujours défendu l’articulation entre la commune de Die et l’intercommunalité, entre la ville de Die bourg-centre et tout le reste du territoire. Il n’y a pas eu forcément d’évolution dans les nouvelles mutations et transitions ces dernières années, pendant ce dernier mandat. J’ai eu l’occasion de le dire à mes collègues et je leur redirai…  J’ai vécu des époques où il y avait vraiment une compréhension, une acceptation, une reconnaissance entre la ville-centre et le reste du territoire. Aujourd’hui, je sens vraiment une opposition d’un certain nombre de personnes qui est sans doute politique, politicienne et qui est dommageable. Nous avons vraiment à travailler ensemble, et c’est ce que j’ai fait, en bonne intelligence pendant six ans avec l’intercommunalité actuelle.

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Tu as été présidente de l’Intercommunalité du Diois pendant six ans ?

Non, pas six ans ! Non, mais j’ai travaillé en intelligence avec l’intercommunalité actuelle sans problème. Et j’ai été présidente à une époque de l’intercommunalité, pas six ans parce, en cours de mandat, suite au départ de Charles Monge.

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Cela n’a pas été un long fleuve tranquille non plus.

Je pense qu’au début, j’ai vraiment eu cette période d’apprentissage, comme je le disais tout à l’heure. Et puis après, il y a vraiment eu la période de la réalisation entre les années 92, 95 et 2008 et pour arriver à cette période où je pensais plus transmettre et faire du lien.

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On a publié nombre de textes expliquant qu’être femme en politique, c’était encore plus compliqué. Demain, il y a le tribunal pour outrage au maire de Die, est-ce que tu penses que c’est un des éléments nouveaux ? Ou tu penses que c’est quelque chose qui évolue et que tu avais vu venir. Tu es née ici, tu avais fait ton espace. As-tu moins subi que d’autres ?

Jusqu’en 2008, je ne me suis pas posée la question. Et puis, après 2008, en revoyant un petit peu tout le processus, je me suis dit ah!, quand même ! Je pense que certaines difficultés étaient sans doute liées, consciemment ou inconsciemment, pour ceux qui attaquaient, au fait sans doute que j’étais une femme, là, c’est vraiment le cas. Mais c’est quelque chose que je n’avais pas du tout en tête, et puis je n’avais pas envie de me le mettre en tête pendant mes premières années de mandat, je ne l’ai pas du tout senti. Et, maintenant, je pense que c’est le cas ! Et entre autres, si demain je vais jusqu’au tribunal, c’est parce que les propos qui sont tenus n’auraient jamais été tenus si ça avait été un homme tout simplement. Je suis obligée de me rendre à l’évidence.

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De quoi es-tu le plus fière pendant ces trois mandats ? comme ça, à brule pourpoint ?

C’est plus, je pense vraiment, que sur les deux premiers mandats nous avions un fil conducteur, qui a permis de modifier, considérablement la commune. Mais ce fil conducteur a été interrompu, ayant perdu les élections en 2008. Parce que sinon, on l’aurait bien poursuivi sur le troisième mandat. Des projets qu’on ne verra jamais ! Je pense au musée (A l’Évêché), la maison des associations (rue Reynaud), tout cela était prêt. C’est un regret parmi les regrets. Mais c’est vrai que c’était assez majeur à faire dans ce fil conducteur et cela aurait vraiment permis de vivre autrement à Die. Très clairement.

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On parlait aussi de la voie de contournement dans la liste de Gauche (Vivre ensemble), de cette déviation qui n’a pas eu lieu…

Oui, bien sûr, cette voie, c’est un regret !

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Vue du Glandasse (sud du Vercors)  à partir de Chastel et Ouilles…

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Et elle n’avait pas fait l’unanimité. Alors je ne sais pas, imaginons que demain la voiture prenne moins de place. Imaginons que l’on garde une ligne SNCF. Cette voie de contournement aurait vraiment modifié la vie à Die, parce que les voies de contournement, on en connait sur Saillans, sur Sisteron. Ce n’est pas toujours une bonne idée ?

Je dis, voie de contournement, je ne dis pas déviation. Parce que les déviations telles qu’elles étaient prévues au départ c’est non. C’étaient des voies d’évitement. On avait travaillé complètement notre projet, nous. Cette conception nouvelle était une voie qui passait beaucoup plus proche de la ville, qui suivait la rupture de pente, qui suivait la voie ferrée, avec trois entrées faciles pour le centre-ville et des parkings au niveau de ces entrées. Donc, c’était dans l’idée d’avoir moins de véhicules en centre-ville pour avoir une ville plus apaisée qui développe d’autres choses. Et le projet du musée, c’était l’idée aussi que ce soit vraiment un projet de territoire. Le projet de musée dans l’ancien palais épiscopal offrait un musée de site, qui lui-même offrait beaucoup de possibilités. On était en jonction avec l’office de tourisme qu’on venait de mettre là où il est aujourd’hui, c’est-à-dire dans les anciens abattoirs. On était à côté de la cathédrale et pas loin des remparts pour pouvoir faire le tour des remparts en commençant par ce musée. Et donc, il y avait quand même toute une cohérence pour les personnes qui venaient au musée. Un musée rénové, on pouvait penser qu’il pouvait attirer plus de monde. En lien, d’autant qu’à l’époque, on était en lien avec les musées gallo-romains de Rhône-Alpes. Il pouvait irriguer le centre-ville, tous ces gens pouvaient irriguer le centre-ville, je ne dis pas qu’il y aurait eu des masses de gens à Die, mais il y avait quand même une cohérence. On savait que le commerce y gagnerait, même si on a toujours des discours différents de la part de certains commerçants. Mais on peut quand même constater que c’était vraiment une vision d’ensemble. Et aussi, on souhaitait mettre la maison des associations rue Joseph Reynaud.

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On avait fait toute l’étude pour cela d’ailleurs. Toutes les associations avaient été mobilisées sur ce projet. Je me rappelle : j’avais mobilisé toutes les associations en particulier le tout nouveau Centre Social à travailler sur ce sujet

Les suivants n’ont pas racheté le Palais épiscopal comme le Département m’avait proposé de le vendre. Enfin, des logements ont été faits rue Joseph Reynaud et la voix de contournement a été abandonnée. Quand je suis revenue en 2020, je savais que tout ça n’était plus possible, je savais que la voie de contournement n’était plus possible. Il y avait eu des abandons. Des voitures, il y en a à peu près toujours autant, qui passent entre Valence et Gap. Et je pense que toutes les municipalités seront confrontées à cette question des mobilités dans la ville. C’est dommageable aujourd’hui. Aujourd’hui, un certain nombre de gens ne viennent plus en centre-ville, parce que ça leur semble inaccessible et je pense que des parkings étaient bien placés dans notre projet d’ensemble. C’était plutôt une bonne idée et la voie de contournement n’aurait pas fait perdre du monde au centre-ville.

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Un accès un peu plus facile à la Drôme pour relier la ville à la rivière était prévu ? Si j’ai bonne mémoire, tu as chanté une chanson sur la rivière. Il y a eu aussi des villes qui ont très bien aménagé les accès aux bords des rivières et cela est comme un poumon, une bonne respiration. Là, on n’a pas cette impression… Il y a les jardins, mais il n’y a pas cette impression de lien ?

En fait oui ! Je réfléchis, parce qu’elle est accessible de manière assez discrète. Oui, cela fait effectivement partie de nos arguments… Aussi la voie de contournement proche du la voie ferrée, c’était rendre le lien, d’éviter une coupure avec la Drôme. Cela en faisait partie. Après je réfléchis à quels aménagements auraient pu être faits tout au long de cette rivière, de manière en fait qu’elle soit accessible de manière un peu secrète. Après, nous, on voulait faire un aménagement pour des personnes à mobilité réduite et en fait, on a étudié un endroit près du Pont Rompu. Mais on a abandonné parce que les pentes étaient trop fortes. Et en fait, il faut, en gros, passer par le camping.

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Sur une autre période, vous avez perdu les élections, une première fois ! C’était un peu compliqué avec les Gauches. En 2008, avec l’alliance avec le Parti Communiste, ça avait été complexe… Du coup, les écologistes n’étaient pas venus avec vous. Est-ce que vous avez eu un regret à ce moment-là ? Peut-être que vous auriez pu gagner les élections avec eux, parce qu’il y avait eu un changement de sens, peut-être un changement de population, peut-être un changement de vision. Parce que le PCF, finalement était dans une période de déclin fortement avancé et qui aujourd’hui très prégnante.

La question ne s’est pas posée comme ça ! En fait, en 2008, je pensais qu’il fallait une liste, telle celle que je conduisais. On va dire Centre Gauche ; on va dire ça comme ça. Et écologiste au premier tour, ensemble ! C’est quand même à ça que j’ai travaillé pendant des mois et des mois, mais il y a eu à ce moment-là, le refus des écologistes de venir, parce que je pensais que c’était vraiment le « mode gagnant ». Je le pense toujours aujourd’hui. C’est à ce moment-là que Didier Jouve est arrivé à Die. Autour de lui des gens ont commencé à réfléchir dont des membres de mon conseil municipal de 2001 à 2008, et puis que de fil en aiguille, ils ont décidé de faire une liste. Contrairement à la proposition que je faisais. Je suis partie sur une liste de Gauche modérée, il y avait 12 ‘PCF’ sur 27 candidats. Initialement, il y avait une liste plus à Gauche (Démocratie communale, NDLR) et il y avait une à Gauche (Europe-écologiste-Les Verts, NDLR). Au deuxième tour, on a fait, avec les listes qui ont bien voulu venir.

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Un marché provençal , deux fois par semaine..

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Lors des précédentes élections, sur les listes, il y avait des « natifs », des gens bien ancrés dans leur territoire qui connaissaient l’histoire du Pays Diois. Les listes qui se présentent pour prendre la suite annoncent une vraie rupture.

Mon départ, le fait que je ne me représente pas, c’est une partie de l’histoire locale qui se tourne. J’avais une équipe d’anciens et de nouveaux. Aujourd’hui, on sent que les choses ont changé, ce qui est assez normal par rapport aux âges, c’est quand même une réalité. Il y a une bonne partie de ceux avec lesquels j’ai travaillé qui ne sont plus là.

Et c’est vrai, je trouve important, dans un territoire, de parler avec des nouveaux arrivants et je leur demande toujours pourquoi ils sont venus à Die. La plupart du temps, ils me disent qu’ils sont venus pour le cadre de vie. Je leur réponds que dans ce cadre de vie, il y a des hommes et des femmes, d’une part, et ces hommes et ces femmes étaient là avant. Et si ce cadre de vie est comme ça, c’est parce que ceux d’avant l’ont préservé ! Je pense que les liens entre les anciens et les nouveaux sont indispensables, mais je dois bien constater que ce n’est pas le cas ou pas souvent le cas. Et après, je ne veux pas faire de généralité, il faut quasiment prendre chaque individu dans son entièreté, sa singularité, pour comprendre pourquoi il est là, pourquoi il est resté, pourquoi il est arrivé, pourquoi il est reparti, et s’il va repartir, pourquoi ? Enfin pourquoi il s’engage et pourquoi il ne s’engage pas, chacun a des raisons. Je ne peux pas faire de généralités, pas faire de groupes. « Il est important d’avoir la mémoire des choses ».

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Je ne peux pas me défaire de cette vision, pour mieux agir. Je reconnais que je me retire aussi en partie pour cela. Enfin voilà, je ne suis plus adaptée à ce siècle… J’ai l’impression des fois d’être du siècle dernier. Aujourd’hui, on s’en fiche complètement, on se fiche de ce qui a été fait, ce qui s’est fait n’a pas d’importance. Pour moi, un territoire, c’est quand même tout un équilibre entre son histoire, les individus qui ont fait son histoire. Surtout, quand on arrive et qu’on aime ce territoire, on peut se demander en fait qui a construit ce territoire au fil des siècles et des dernières années, comment et pourquoi. Pour que tout ne devienne pas un simple mécanisme administratif. Et on peut avoir des victoires qui ressemblent à des défaites quand tu ressembles à ce que tu dénonces finalement. Et tu peux avoir des défaites qui sont plutôt des victoires, quand en fait tu gardes une certaine ligne et une certaine dignité d’élus et tes valeurs. Et en fait, je pense que j’ai gardé une ligne éthique avec une authenticité du Diois. Pas quelque chose de factice.

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À la création du Parc Naturel Régional du Vercors, dans les années 70-71, Die était la plus grande ville. Elle n’a jamais pris sa place dans ce Parc du Vercors. Sauf avec Maurice Vérillon, un des premiers présidents du Parc Naturel Régional du Vercors, de 1976 à avril 1979. 

Avant, nous avions plus de relations avec le Parc du Vercors, notamment, par exemple, quand on a lancé le Syndicat Mixte du Col de Rousset avec Maurice Vérillon (ancien Sénateur Maire de Die (NDLR,https://maitron.fr/verillon-maurice/ ) dont j’ai fait partie. On montait plus régulièrement dans le Vercors, donc on avait plus de relations. Je pense qu’on a beaucoup agi à l’échelle du Diois. Nos relations sont plus avec la partie sud du Parc, les hauts plateaux… et c’est vrai que ce n’est peut-être pas tout à fait la même culture. Il y avait plus de neige et des stations plus grandes tournées vers Grenoble. Une coopération qui a enrichi, et qui a donné vraiment des moments importants quand il y avait les maisons du Parc, à Chamaloc. Par exemple, à Archiane, il y a eu la réintroduction des vautours avec le PNRV, un travail important en Vallée de Quint. On faisait partie de deux Intercommunalités, celle du Diois et celle du Vercors. L’une est à la marge de l’autre car Die n’est qu’une toute petite partie des Intercommunalités du Parc. C’est toute la question des marges en fait qu’on a nous-mêmes au sein de la Communauté de Communes du Diois. Alors, on est dans les marges. Cela dépend aussi des personnes qui consacrent du temps au PNRV. Je sais que l’élue de Die actuelle qui est au Parc est très régulièrement investie. Après, pour une vice-présidence ou autre, il faut une personnalité, il faut de la volonté. Je pense que cela peut être très lié aux personnes aussi. La personne déléguée au Parc ce jour y est très présente.

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En effet, on n’a pas eu récemment à Die de président du Parc : je pense à Yves Pillet de Pont-en-Royans, Jean Faure des Quatre Montagnes, Albert Villard de Saint-Jean-en-Royans…

Il y a deux logiciels qui s’imposent ce jour en politique, la citoyenneté et la participation des habitantes et des habitants. Est-ce que c’était dans ton logiciel ? 

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Est-ce que c’était dans mon logiciel ? Sous les mandats précédents, c’est ce qu’on a fait ! La participation, ce n’est pas la peine de la crier sur les toits et il vaut mieux le faire. Il me semble qu’on l’a fait, quand on a réfléchi à l’évolution de la MJC en Centre Social (1999-2000, NDLR) et quand on a travaillé sur la Maison des Associations, tu en as fais partie… Je pense, qu’à l’époque, il y avait beaucoup plus de personnes qui participaient aux réunions publiques qu’aujourd’hui.  Précédemment, j’avais toujours refusé de dire que c’était de la participation citoyenne parce que le mot démocratie lui-même comprend déjà cette réalité, cette vérité.

On faisait des réunions publiques, des réunions de quartiers et les salles étaient pleines. Le maire et ses adjoints faisaient des réunions publiques, deux ou trois fois par an. Je pense que c’était beaucoup plus actif qu’aujourd’hui, du moins différent. Aujourd’hui les adjoints ont démultiplié les réunions publiques dans lesquelles il n’y a que quelques personnes, seulement les personnes concernées par le thème.  Si on regarde les deux réalités, on invite tout le monde à participer et c’est souvent les mêmes personnes qui viennent. C’est une question assez fondamentale en fait.

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J’abonde un peu dans ton sens car c’est vrai qu’on avait réuni dans le processus « Nouvelle famille-Nouvel habitat », lors de la création du Centre Social, quelques 700 personnes sur des thèmes sociétaux et sur la dynamique de la ville de Die.

Oui ! On y allait, on le faisait. Là, c’est dilué.  Quand tu me demandais de quoi je suis plus fière, c’était d’avoir une ligne directrice. C’était une stratégie pour Die de développement du bourg centre, qu’on avait mis en place dès la deuxième année du premier mandat, dès 1996. Et qui était finalement un plan de mandat, mais de trois mandats évidemment parce qu’il y avait de quoi faire, et qu’on a réalisé qu’en partie. La situation actuelle, éparse, qui est générale, empêche d’avoir une ligne de force, une vision.

Je pense que « la participation des habitant.es », on le faisait sans le dire. Précisément. Là, on en parle beaucoup plus, mais parce qu’on ne le fait pas autant que les gens attendent. Les gens attendent qu’on les écoute et surtout, qu’on fasse ce qu’ils demandent.  C’est-à-dire que la participation peut être intéressante si elle permet l’évolution des esprits pour quelque chose d’intérêt public. La structuration des communes n’a pas évolué par rapport à cette donnée et notamment par rapport aux responsabilités du maire. Donc, il y a un petit hiatus.

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Une ville vivante

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Le deuxième logiciel qui s’impose un peu actuellement, c’est le dérèglement climatique.

Alors ça, c’est un gros changement ! Je pense que, quand je dis qu’on n’a pas eu de ligne de force, cette fois-ci, j’exagère un peu puisque c’est ça qui est devenu la ligne de force. C’est-à-dire, comment on adapte ce qu’on a déjà fait sur le bâti, c’est-à-dire nos équipements, nos bâtiments communaux et nos manières d’intervenir techniquement face au dérèglement climatique. Ça coûte cher et ce n’est pas vraiment porteur car cela ne se voit pas. Si c’est notre seule ligne de force, on ne pourra pas faire autre chose. Ce mandat s’est porté sur le plus gros consommateur d’électricité, la station d’épuration. Donc là, déjà, on n’a pas trop de capacité d’agir. Ensuite, on a travaillé sur le gymnase dans cet esprit-là, puisque le projet est en cours. On a déjà travaillé en fait avec l’idée du dérèglement climatique sur chaque investissement ou c’est en cours de réalisation. Cette rénovation énergétique doit être mariée avec l’entretien des bâtiments et on a un très gros bâti… Il y a des problèmes d’entretien, de mise aux normes et de rénovation énergétique. Et en même temps, est-ce qu’on déploie autre chose ou est-ce qu’on améliore autre chose ? On réalise en ce moment dans le gymnase, le parc sportif avec le skate-park, la rénovation énergétique d’une partie des bâtiments, dont celui appelé « Vercors ».

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Il y a aussi des raisons financières car il faut quand même reconnaître que ces travaux coûtent très chers. Tout le travail préparatoire sur le théâtre est dans les tuyaux. Enfin, ce n’est pas qu’une rénovation énergétique du théâtre d’ailleurs, parce que quand on s’est installé dans un ancien hangar agricole, un silo à grains, on avait prévu, à l’époque, de faire une deuxième et une troisième tranche qui n’ont pas été réalisées. Maintenant, on se retrouve avec, à la fois, la rénovation énergétique, la mise en place de vestiaires de loges pour les comédiens et une construction différente l’accueil. C’est un projet sur lequel on a beaucoup avancé pour lequel il y a des moyens financiers. Après, ce sont les suivants qui auront à planifier les travaux. Et concernant les écoles, c’est à la fois une mise aux normes de tout ce qui est obligatoire et la rénovation énergétique, que ce soit contre le chaud ou contre le froid. Et c’est sans aucun doute, une évolution nécessaire parce que les écoles sont restées à peu près, à part la tour, identiques à la pédagogie de 1960. Donc en fait, l’idée c’est d’arriver à voir l’ensemble de la situation. C’est le nouveau fil conducteur.

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Si j’ai bonne mémoire, il avait été prévu de mettre une centrale à bois pour irriguer en chaleur, la salle polyvalente, la mairie et les écoles de Chabestan ? 

C’est la poule et l’œuf !  Est-ce qu’on met en place un réseau de chaleur avant d’avoir vu la rénovation énergétique, les nécessités de la transition énergétique et les travaux à faire. Ou est-ce qu’on fait l’inverse ? On a eu des grands débats sur cette question-là. Maintenant, je pense qu’on est vraiment en train de travailler une vision d’ensemble. Il y a eu des audits énergétiques qui ont été faits dans les écoles maternelle et primaire ainsi que tout un travail avec le CAUE – Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement. Et maintenant, on est en train de choisir pour aller vers une programmation. Et pour réaliser tout cela dans un ordre souhaitable, ce sera peut-être le réseau de chaleur avant le reste. La programmation aura avancé mais ça sera au suivant de choisir définitivement.

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La « continuité républicaine », normalement, devrait fonctionner sur le suivi de cette programmation ?

Dans tous les cas, je vais laisser des outils très simples pour certains investissements sur des dossiers qui sont quasi prêts, sur l’état d’entretien et l’état du bâti parce que, dans ce nouveau mandat, j’ai mis trop de temps à comprendre les nouvelles réglementations et leurs applications sur certains bâtiments. Comme je l’ai dit aux vœux, une municipalité ne peut absolument pas tout faire, car outre tout ce qu’il y a à gérer, cela dépend aussi comment ça se passe au plan des ressources humaines, des finances et autres. La liste est là !

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Oui et il y a aussi des lieux comme le VVF ou le Fabregas qui ont été entretenus à minima depuis 40 ans.

Pour ces espaces communaux, on a fait une étude des équipements touristiques de la commune pour voir comment ces équipements pouvaient évoluer ? Dans l’idée aussi qu’ils amènent des recettes à la ville car a une réduction de nos recettes… autres que les impôts. On a cherché s’il y avait un moyen que ces infrastructures permettent d’amener plus de recettes à la commune.

On voit à peu près ce qu’il faudrait investir dans la rénovation (plusieurs millions d’euros) pour avoir des équipements corrects. Donc, est-ce qu’on investit ou pas ? il y a plusieurs hypothèses qui sont faites dans cette étude. On va la remettre à la mandature suivante afin qu’elle ne recommence pas l’étude et qu’elle prenne des décisions éclairées.

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Savoir d’où l’on vient…

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Vous n’avez pas pris d’engagement supplémentaire. Vous avez été conseillère générale dans une période difficile. Vous auriez pu être députée…  

J’ai été conseillère régionale dans l’opposition sous la présidence de Charles Million, (Président du conseil régional de Rhône-Alpes en 1988 au décès de Charles Béraudier, il est réélu en 1992 et en 1998 avec les voix du Front national, il est exclu de l’UDF, voit son élection invalidée en 1999 et cède son fauteuil de président à Anne-Marie Comparini, sa colistière, NDLR ). J’ai eu une première proposition lors de mon premier mandat de candidater à la députation. J’ai décliné car comme je venais d’être élue maire et conseillère générale, je voulais d’abord assumer ça et voir si des projets pouvait s’enclencher. Je ne pouvais pas tout faire. Cela ne m’a jamais été reproposé, bien évidemment. J’avais probablement la possibilité d’être élue, mais non c’est mon honnêteté intellectuelle et mon éthique. J’assume ce que j’ai fait.

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Si tu avais trois mots pour qualifier l’état d’esprit de ce que tu viens de vivre. Trois mots de bilan.

« Ténacité » et « persévérance » qui ont le même sens et « Lourdeur ».  Je pense qu’on peut dire aussi « écoute » car j’ai essayé de rester dans « pourquoi pas ? » sur quantité de sujets.

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Demain ?

Redécouvrir le Diois, les dioises et les diois… Toutes ces communes, ces paysages, ces montagnes… Intarissables montagnes, inépuisables découvertes…

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Merci.

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Claude Veyret, (interview 1h08 enregistrée, peut donc être sujette à des répétitions : Verbatim).

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Nous n’avons pas fait relire cet article à Mme Bizouard

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* A l’époque, en 1974, les cinquante-deux communes de la vallée du Diois se sont regroupées avec Saillans en syndicat d’aménagement (SAD), en District Rural de Développement du Diois (DRDD) en 1995, puis en Communauté de Communes du Diois (CCD) en 2001. Le Canton de Saillans et ses 12 communes faisaient partie du Diois jusqu’en 1976 où, sur demande de Max Liotard (1976-2001), il quitta la Communauté de Communes du Diois. Après les élections départementales de 2015, à la suite du redécoupage des Cantons du Département de la Drôme, les douze communes du Canton de Saillans ont rejoint le Canton du Diois. mais pas la Communauté des Communes du Diois.

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Des points plus précis ont été abordés lors des vœux de janvier 2026 :

https://mediascitoyens-diois.info/2026/02/die-retour-sur-les-voeux-du-maire-aux-dioises-et-diois/

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