Représenter les sans-pouvoir ; La gauche à l’épreuve de la division
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Pour surmonter les crises contemporaines, la gauche doit renouer avec l’objectif moral qui l’anime : l’égale participation de tous à la vie commune. Cet objectif interdit de revenir sur les acquis sociaux, l’intégration européenne et le droit des peuples à l’autodétermination. Il l’oblige à représenter tous les sans-pouvoir.
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Parler de « la » gauche a toujours été problématique. Depuis l’époque de Marx et Engels, ceux qui se considéraient comme les représentants intellectuels du prolétariat et militaient pour une sortie des rapports de production capitalistes se sont scindés en autant de groupes qu’il y avait de visions différentes des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Dès le début, les oppositions se sont formées autour de plusieurs questions : fallait-il des réformes graduelles ou une grande révolution pour abolir la propriété privée des moyens de production dans la société ? Les changements nécessaires devaient-ils d’abord être uniquement recherchés dans les pays de l’Ouest capitaliste ou bien devaient-ils l’être dans le monde entier ? L’ordre social futur devait-il plutôt s’inspirer du modèle d’une démocratie industrielle, d’une économie planifiée ou d’un système de marché hautement réglementé par le politique ? Mais tous ces points de discorde ont été éclipsés par une question beaucoup plus importante et plus fondamentale : pour quel objectif normatif devait-on, en réalité, sortir des relations de travail capitalistes ? S’agissait-il d’améliorer la situation des masses laborieuses jusqu’au point où elles seraient matériellement égales aux autres couches de la population ou bien l’objectif était-il de permettre à chaque individu d’exercer effectivement sa liberté ?
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Désaccords croissants
Tant qu’il était possible de maintenir la fiction d’une classe ouvrière unifiée et socialiste dans ses aspirations, ces divergences liées à la définition des objectifs, des stratégies et des tactiques pouvaient toujours être mises sous le tapis ; en fin de compte, on pouvait même donner l’impression à l’opinion publique politisée qu’on s’engageait ensemble pour l’émancipation politique et économique d’un seul et même grand groupe, de sorte que les dissensions internes n’avaient pas nécessairement besoin d’apparaître au grand jour.
Mais avec la fin du mythe de la classe ouvrière prête au combat et l’émergence de groupes professionnels tout à fait différents, c’en était définitivement terminé avec cette façade d’une gauche unifiée ; depuis plus de cinquante ans, il n’existe plus de mouvement socialiste lié par des solidarités, qui serait, par-delà toutes les frontières nationales et les divergences politiques, du moins uni dans son objectif normatif. Aujourd’hui, les différences de conception sur les objectifs à court et à long termes sont si patentes qu’on peut à juste titre se demander comment on a pu croire un jour à un lien capable de réunir ces divers groupes et fractions de la gauche. Les divisions commencent par la question de savoir s’il faut adopter une stratégie nationale ou internationale pour surmonter les rapports de travail capitalistes, c’est-à-dire s’il faut défendre l’Union européenne malgré sa politique néolibérale ou revenir à l’État-nation en raison de sa plus grande capacité d’action. Mais elles concernent également la tension souvent supposée entre des améliorations sociopolitiques et la fin des discriminations contre des minorités culturelles, la gestion politique des flux migratoires mondiaux, la résolution de la crise écologique et le positionnement par rapport aux parties belligérantes sur les derniers théâtres de conflits militaires. Il semble y avoir autant de sous-groupes actuellement au sein de la gauche que de réponses à ces défis – et, compte tenu de désaccords croissants, on voit de moins en moins en quoi devrait consister l’identité même de cette gauche.
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Face à cette nouvelle situation, où personne ne sait vraiment ce que doit être une politique de gauche ou socialiste face à ces défis qui s’accumulent, deux réactions sensées mais diamétralement opposées sont possibles : soit on renonce, de manière générale, au concept de « la » gauche et on se limite, dans le langage politique, à désigner des mouvements sociaux et des partis en se référant uniquement à leurs objectifs concrets à court terme et à leurs programmes ; soit on se lance dans le travail difficile et fastidieux de redécouvrir le cœur de l’idée socialiste, de telle sorte que le discours sur « la » gauche retrouve des contours plus précis. La première stratégie aurait le grand avantage de ne plus avoir à se soucier de clarifications terminologiques difficiles, la seconde permettrait de conserver une carte profondément ancrée dans notre culture politique à l’aide de délimitations nouvelles et améliorées. Quiconque croit que le socialisme a encore une importance vitale pour la compréhension de notre monde politique ne pourra éviter d’emprunter la seconde voie. Mais comment procéder quand des controverses quotidiennes, par exemple sur la nécessité d’un langage neutre, non genré, ou sur le traitement des réfugiés à la frontière allemande suffisent déjà à créer la division au sein de la gauche ?
Si difficile que ce soit, le seul recours possible, compte tenu du degré de désaccord concernant ces défis politiques quotidiens, est de revenir au fondement normatif qui permet de convaincre qu’il faut choisir l’une ou l’autre option. Quoi qu’on puisse, avec Max Weber, objecter à une moralisation excessive de la politique parce qu’elle conduit à ignorer les réalisations sociales possibles et les nécessités économiques, rien ne peut aider davantage, dans ce cas particulier, que de se tourner vers les sources morales qui définissent ce que veut dire l’engagement dans une politique de gauche.
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Certes, une telle assurance morale se heurte aujourd’hui au fait que, dès le début, le mouvement socialiste était très divisé sur cette question : les uns croyaient devoir lutter pour sortir des rapports de production capitalistes, car ceux-ci conduisaient inévitablement à une inégalité toujours croissante des chances dans la vie ; d’autres pensaient devoir défendre le même objectif principalement parce que la dépendance de décisions privées aux conditions de production les plus élémentaires privait chaque travailleur de toute possibilité d’autonomie individuelle ; et d’autres encore étaient convaincus que le capitalisme saperait de manière très générale les conditions d’une vie digne de l’homme et engendrerait un état d’aliénation générale. L’égalité matérielle, l’autonomie individuelle et un ordre social juste étaient les trois principes normatifs entre lesquels les représentants intellectuels du socialisme oscillaient constamment, sans jamais parvenir à s’accorder sur leur hiérarchie et leur importance respective. Si, aujourd’hui, au sein d’une gauche qui n’en partage plus que le nom, on se dispute pour savoir s’il faut donner la priorité aux mesures de politique sociale visant à l’égalité matérielle ou aux dispositions juridiques visant à protéger l’autodétermination des membres de minorités culturelles, religieuses ou sexuelles, c’est une des nombreuses conséquences de cette confusion quant aux objectifs et aux motivations morales qui remonte aux débuts du mouvement de la gauche.
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Face à ce malaise moral de la gauche, revenir aux classiques de la tradition socialiste n’est certainement pas un recours, car leurs écrits ne fournissent pas non plus de réponses claires à la question fondamentale. Si l’on reprend Marx, on trouvera dans son œuvre, au fil de son évolution, des références normatives aux trois principes. Des auteurs ultérieurs ont parfois invoqué l’impératif catégorique de Kant pour clarifier leurs objectifs moraux et, plus on se rapproche du temps présent, plus sont fréquentes les références exclusives à des nécessités historiques ou à des exigences sociales, sans la moindre justification morale. Si le recours aux classiques du socialisme est inutile pour rendre compte des lignes directrices normatives de sa propre pratique politique, la gauche ne peut pas davantage s’appuyer sur la tradition, aujourd’hui de plus en plus controversée, des Lumières européennes. Il est certes bon de rappeler que le socialisme partage avec l’héritage des Lumières l’exigence universaliste d’aider chaque être humain à obtenir les droits qui lui reviennent, mais pour autant cela ne répond pas encore, loin de là, à la question : quelle doit être la nature de ces droits et en quoi se distinguent-ils de ceux de la tradition libérale ? Non, ni le retour aux classiques ni le rapprochement avec l’héritage de l’universalisme moral ne peuvent dispenser la gauche, si elle doit avoir un avenir, de la tâche de clarifier elle-même les objectifs moraux censés la guider pour surmonter les crises et les problèmes contemporains.
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L’idée socialiste
Une voie prometteuse pour y parvenir pourrait consister à réfléchir à nouveau, sans a priori, sur ce qu’a pu signifier, à l’origine, le concept de socialisme. Le terme avait été utilisé par les premiers représentants de ce mouvement en se référant à un langage philosophique plus ancien, dans le but d’opposer au libéralisme alors dominant l’idée qu’il fallait plus que l’institutionnalisation égalitaire de libertés individuelles pour rendre une société véritablement « sociale ». Pour aller dans ce sens, il valait mieux, grâce à des dispositions institutionnelles appropriées, mettre réellement tous les membres, indépendamment de leur statut, de leur sexe et de leur appartenance religieuse, dans une situation leur permettant de participer de manière égale, créatrice et sans contrainte, à la vie commune. Pour parvenir à ce qu’exigeait réellement la socialité, la justice sociale ne devait plus être pensée exclusivement comme la mise à disposition individuelle d’un ensemble de libertés personnelles, mais comme la possibilité donnée d’autonomie individuelle grâce à l’intégration dans des pratiques collectives d’auto-organisation. Ce revirement dans la pensée politique de l’époque, passant de la conception individualiste de libertés toujours exclusivement personnelles à l’idée sociale de libertés interdépendantes, renforçant donc le sens du commun, était le programme normatif mis en œuvre aux tout débuts du mouvement socialiste. Pour que les idées de la Révolution française deviennent enfin réalité, on voulait transformer les institutions de base de la société, en premier lieu le système économique, caractérisé par une concurrence acharnée et menant à la paupérisation systématique de larges couches de la population, de telle sorte que ces institutions permettent à chaque individu de déterminer lui-même ses conditions de vie et de travail dans le cadre d’un échange coopératif avec tous les autres.
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La justice sociale ne devait plus être pensée exclusivement comme la mise à disposition individuelle d’un ensemble de libertés personnelles, mais comme la possibilité donnée d’autonomie individuelle grâce à l’intégration dans des pratiques collectives d’auto-organisation.
Indépendamment de ce qu’est devenue cette idée originelle du socialisme au cours de l’histoire de sa mise en œuvre, devenue par la suite un échec fatal, elle permet tout d’abord de clarifier comment il importe de penser la relation entre les trois principes tour à tour défendus par la gauche. L’égalité matérielle, sur l’avènement institutionnel de laquelle on s’est toujours concentré en priorité au sein du mouvement, n’était pas considérée comme une fin morale en soi, ni comme l’objectif suprême auquel toutes les autres mesures devraient être subordonnées. Il s’agissait plutôt de créer l’égalité des conditions de vie sociales, au moins jusqu’au point où tous les membres de la société pourraient participer sur un pied d’égalité à l’organisation coopérative de la vie sociale sans dépendre économiquement des autres. Quand la priorité était accordée à cet objectif, alors cette capacité de chaque individu d’exercer sa liberté de communication était considérée comme le principe normatif, car chaque étape vers la transformation visée du système social devait se justifier par rapport à ce principe. Cette idée normative de base du socialisme dit quelque chose tant de sa référence à la pensée libérale des droits fondamentaux individuels que de son rapport à l’idée d’une vie digne. Les droits personnels à la liberté individuelle, dus aux révolutions bourgeoises, ne devaient certainement pas être restreints, voire abolis, mais plutôt complétés par un catalogue de nouveaux droits visant à protéger le bien commun et à satisfaire les besoins fondamentaux de tous les membres de la société, de manière à ce qu’ils ne prévalent plus automatiquement sur les libertés, qui ne peuvent être exercées que dans le cadre de la communication avec les autres. En conséquence, l’idée d’une existence humaine digne devait être réinterprétée de manière à ne plus être pensée à partir de l’individu, mais de la communauté sociale, car l’autodétermination individuelle et des objectifs de vie valables ne peuvent être atteints que dans des conditions de reconnaissance et de soutien mutuels.
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Il serait bien sûr absurde de croire que cette seule prise de conscience morale de la gauche pourrait déjà ouvrir la voie à un dépassement de ses divisions et de ses scissions, qui remontent loin dans le passé. Au mieux, elle crée les conditions nécessaires permettant de passer progressivement de la définition commune de lignes rouges à la détermination d’objectifs d’action plus concrets. Le point de fuite normatif des restrictions qu’il faudrait s’imposer consisterait à ne jamais revenir sur les acquis déjà obtenus dans les sociétés démocratiques, à savoir l’inclusion de couches toujours plus larges de la population dans la sphère publique politique et l’augmentation des chances d’épanouissement individuel. Cette première directive montre déjà qu’il n’y a pas de contradiction entre l’exigence d’améliorations sociopolitiques pour les couches de la population menacées par la pauvreté et la misère, et la revendication, qualifiée à tort de politique identitaire, de reconnaissance juridique et culturelle par des minorités sociales. En effet, ces deux mesures, prises de concert, augmenteraient les chances des différents groupes concernés de participer et de s’impliquer dans la vie démocratique.
Étant donné qu’en raison de la mondialisation croissante, une telle politique sociale à double ressort dépend aujourd’hui de plus en plus de la coopération internationale et de la réglementation transnationale, la gauche n’a jamais le droit de revenir en arrière par rapport au niveau d’intégration politique atteint par les États-nations démocratiques au sein d’unions suprarégionales, malgré la perte de souveraineté qui en découle. Même s’il semble attractif à court terme de restituer la souveraineté gouvernementale à des États nationaux indépendants – parce que ceux-ci peuvent, à première vue, agir plus rapidement, de manière moins bureaucratique et plus impitoyable –, cela reviendrait à renoncer aveuglément à tous les avantages offerts aux segments de la population qui aspirent à être intégrés dans le processus démocratique : la perméabilité des frontières, l’ouverture des marchés du travail, le renforcement de la diversité culturelle et la pression commune exercée sur les États réfractaires aux réformes. Appliqué à l’Europe, cela signifie que la gauche ne peut actuellement lutter contre l’esprit et la pratique d’une politique de marché néolibérale qu’à partir de l’intérieur de la communauté européenne, et qu’elle ne doit pas pour cela adopter une position en dehors des liens créés par l’Union.
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Une dernière ligne rouge que la gauche ne saurait en aucun cas franchir aujourd’hui concerne le droit à l’autodétermination des peuples qui, en raison de leur expérience historique de l’oppression, du mépris et des tentatives d’extermination, peuvent dorénavant revendiquer pour eux un droit légal à une existence sûre et au bien-être de leurs membres. Si le point décisif de la gauche est de garantir partout et autant que possible les conditions politiques et sociales dans lesquelles les êtres humains peuvent trouver leur liberté dans l’échange communicationnel avec les autres, alors elle ne doit pas permettre que des peuples et des communautés historiques soient empêchés par d’autres États de se développer en entités démocratiques à travers des conflits internes, des crises sociales et des processus d’apprentissage moral – et cela devrait s’appliquer autant à l’Ukraine qu’à la Palestine et, avec autant d’évidence, à Israël.
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En faveur des sans-pouvoir
Ces restrictions normatives pourraient contribuer aujourd’hui à réunir la gauche, mais des objectifs positifs sont nécessaires à de nouvelles retrouvailles avec soi. Le pas à faire pour définir des tâches tournées vers l’avenir est bien plus difficile que de parvenir à un consensus sur les lignes rouges à ne franchir sous aucun prétexte dans la situation actuelle. Pour passer du négatif au positif, il pourrait être utile de se rappeler que c’est toujours au nom des salariés dépendants que le socialisme a voulu avant tout améliorer les prérequis sociaux pour une coopération et une participation à la conception des conditions de vie dans la société.
On croyait, à juste titre, que c’était avant tout d’être livrés à un marché du travail incontrôlé, dominé par des intérêts privés, qui rendait quasi impossible pour les salariés de participer à la formation et à l’organisation des conditions sociales. Malgré toutes les conquêtes politiques du mouvement ouvrier au cours des deux derniers siècles, peu de choses ont changé jusqu’à nos jours dans cette constellation de la répartition inégale des chances d’exercer une liberté communicationnelle et sociale co-organisatrice. Outre les réfugiés devenus apatrides et les immigrants sans patrie politique, ce sont toujours les travailleurs dépendants d’intérêts privés qui ont le moins de chances d’avoir leur mot à dire sur la régulation normative de leur environnement institutionnel. Il n’y a donc aucune raison aujourd’hui de s’écarter de cette prise de position partisane, aux origines du socialisme, en faveur des salariés, si ce n’est que ceux-ci ont été rejoints entre-temps par de grandes masses de personnes encore plus défavorisées, qui doivent être intégrées dans la masse politiquement représentative des sans-pouvoir.
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Si la gauche renonce à représenter politiquement ceux qui, pour diverses raisons, ont le moins de chances d’influencer leurs conditions de vie, elle se sera condamnée elle-même. Tous les objectifs normatifs que la gauche envisage pour l’avenir doivent donc viser à éliminer progressivement les obstacles qui empêchent les membres de ces couches extrêmement hétérogènes de la population d’exercer leur droit de participer au processus démocratique. Certaines mesures à prendre et certains résultats à atteindre sont évidents, d’autres sont plus difficiles à cerner car ils exigent de surmonter les intérêts contraires des différents groupes concernés. Il devrait pourtant être facile de s’accorder sur le fait que les biens publics tels que le logement, les transports, les services publics et la protection de la santé doivent être soustraits, autant que l’économie le permet, à la mise à disposition d’entreprises privées. Et il ne devrait pas non plus être difficile d’imaginer les mesures de réforme du marché du travail qui, tout en donnant aux salariés un plus grand pouvoir de négociation sur leurs conditions de travail et un revenu suffisant, leur offriraient aussi plus de chances de participer à l’exercice démocratique du pouvoir. Il sera incomparablement plus compliqué d’imaginer comment mener de telles luttes pour une plus grande socialisation du marché du travail sans porter en même temps atteinte aux intérêts de ceux qui, en tant que réfugiés ou immigrés, sont à la recherche d’un emploi régulier et peuvent donc être perçus comme des concurrents.
Si la gauche doit avoir un avenir qui rende possible son retour sur la scène politique, cela dépendra pour une large part de sa capacité à développer un langage moral qui permette de comprendre les intérêts apparemment inconciliables des groupes qu’elle représente, malgré toutes leurs différences sociales et culturelles, comme l’expression d’une même aspiration à une participation et à une démocratie accrues. Actuellement, je ne vois pas de meilleur moyen pour y parvenir que de montrer sans relâche, avec persévérance, tact et habileté rhétorique, à tous ces groupes concernés que l’union de leurs forces augmenterait rapidement leurs chances d’obtenir un pouvoir de décision dans la société.
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Traduit de l’allemand par Jean-Louis Schlegel