Loi d’urgence agricole : un gouvernement passif et des reculs écologiques navrants
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Qu’il s’agisse de la réintroduction de certains pesticides, du stockage de l’eau ou de la facilitation de l’agrandissement des élevages, le texte adopté lundi soir par l’Assemblée souligne à nouveau le laisser-faire environnemental du pouvoir.
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Chaque fois la même dualité navrante. Quand un pas est fait en faveur du monde agricole, dont personne ne peut nier qu’il est en souffrance, cela se fait sur le dos de l’écologie et de la santé publique, des causes qui elles aussi sont indéniablement majeures. La dernière loi en date, adoptée lundi 20 juillet au soir dans la cacophonie par l’Assemblée nationale, n’échappe pas à cette dynamique qui n’a rien de vertueuse. Et, comme d’habitude, on ne peut pas dire que le gouvernement ait fait preuve d’un engagement écologique qui nécessite du courage.
La loi d’urgence agricole contient en effet des reculs évidents qui apparaissent comme autant de renoncements. Notamment la réautorisation dérogatoire de deux néonicotinoïdes (dont l’acétamipride), ajoutée par le Sénat sans que Sébastien Lecornu ne s’y oppose alors qu’il avait promis que ce ne serait pas dans le texte. Au-delà du fond du dossier, le Premier ministre craignait que cela ne conduise au rejet du texte, ce qui n’a finalement pas été le cas : il a été nettement adopté par les députés dans la nuit de lundi par 296 voix pour, majoritairement issues de la droite et de l’extrême droite – qui font régulièrement front commun sur ces sujets –, et 224 contre.
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Fracture béante
Ce vote est venu illustrer une fois de plus la fracture béante qui existe entre ceux qui considèrent que l’usage des pesticides, en l’absence d’alternative garantissant une productivité équivalente, n’est pas à remettre en cause. Et ceux qui s’alarment des risques que ces produits nocifs font peser sur la santé des agriculteurs et in fine des consommateurs. Ces deux camps apparaissent plus que jamais irréconciliables et au milieu le gouvernement et ses troupes parlementaires disloquées semblent naviguer à vue, dans une improvisation où la stratégie prend le pas sur des convictions qu’on peine à identifier.
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Le sénateur Duplomb, arme de la FNSEA…
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Tout n’est pas contestable dans ce projet de loi d’urgence dégainé par le gouvernement pour répondre aux revendications de la FNSEA et de la Coordination rurale, mais certains points constituent des reculs évidents. Dans une forme d’anachronisme qui semble privilégier le présent à l’avenir. Qu’il s’agisse de la réintroduction, particulièrement contestée par l’opinion, de certains pesticides, mais aussi de la gouvernance comme du stockage de l’eau ou de la facilitation administrative de l’agrandissement des élevages dans une logique de «ferme usine» qui ne peut pas être le sens de l’histoire.
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Certains se goinfrent, d’autres luttent pour leur survie
Bien sûr, il n’est pas toujours facile de trouver la ligne de crête entre la concurrence débridée à laquelle le monde agricole fait face – et que les traités de libre-échange ne font que renforcer – et l’exigence écologique qui ne peut pas être la cinquième roue du carrosse de l’action publique. Mais au fond, peu d’agriculteurs défendent un mode de production qui appauvrit la terre et abîme la santé. Ce qui compte pour eux c’est de pouvoir vivre de leur travail et tout le monde adhère à cette ambition qui pose encore et encore la question de leur revenu, donc celle du partage de la valeur créée entre les agriculteurs, les industriels de l’agroalimentaire et les distributeurs. Un rapport du Sénat a récemment montré à quel point certains se goinfrent pendant que d’autres luttent au quotidien pour leur survie.
Et depuis des années, par peur de verser dans un interventionnisme qui ne fait pas partie de son ADN et par manque de courage, les gouvernements semblent regarder les trains passer, se contentant de tenter de contenir les colères. Voilà pourtant un domaine dans lequel la planification devrait s’imposer comme un outil incontournable et où la puissance publique devrait imposer un chemin qui permette de garantir un revenu décent à chaque agriculteur sans que cela se fasse sur le dos du vivant. Et sans céder aux vents populistes qui soufflent sur les braises.
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Jonathan Bouchet-Petersen