Des canicules, des forêts qui brûlent, des morts par milliers…
Faut-il se résigner à la fatalité?
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L'espoir est cette chose avec des plumes Qui se perche dans l'âme Et chante l'air sans les paroles Et ne s'arrête jamais Jamais Emilie Dickinson. .
Je vous écris depuis mon jardin dans la montagne. Il est 7 heures du matin. Les mésanges sont déjà venues boire à la mare. Le soleil de juillet réveille les crêtes des montagnes au loin. Mais il faudra encore deux heures avant qu’il franchisse les falaises de Roche Rousse à l’Est, et que cette maudite chaleur vienne écraser à nouveau le monde autour de moi. Je n’en veux pas au soleil qui n’y est pour rien. Nous savons tous qui est responsable de ça…
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Je vous écris depuis mon jardin, avec mon gros gilet encore sur mes épaules. Je frissonne un peu. Je sais que beaucoup parmi vous n’ont pas ce plaisir-là, de porter un gilet à 7 heures du matin, au cœur de la canicule. Au moins chez moi les nuits restent fraîches. Un merle chante à la lisière de la forêt. La fauvette à tête noire est venue verser sa magie dans notre grand frêne. Une magie très brève car, comme tous les oiseaux, elle doit économiser son énergie en ce moment. Mais je sais qu’elle est encore-là. Chaque matin je remercie pour ça. Pour la fauvette qui réveille ma joie. Pour tous les petits gardiens ailés qui sont vivants encore, alors que tant disparaissent. L’espoir, cette chose avec des plumes, vient se poser doucement sur mon cœur, à 7 heures du matin…
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J’attends que les premiers papillons viennent butiner nos fleurs. Que les grosses abeilles charpentières quittent leur maison de bois dans ce vrombissement noir bleuté qui me fait sourire à chaque fois . J’attends que se réveillent les innombrables insectes qui trouvent refuge autour de notre mare. Bientôt tout mon jardin bourdonnera. Tant de jardins sont silencieux ailleurs. Comment est le vôtre? Si vous avez la chance d’en avoir un… Comment est la forêt derrière chez vous?
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Mon jardin sauvage, encore vert au solstice d’été
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Je vous écris depuis mon jardin, et la forêt brûle à 30 kilomètres d’ici. Dans une montagne du diois que je connais bien, où j’ai souvent posé mes pas en soulevant le parfum du thym sauvage et en suivant la piste enchantée des chamois. J’essaie d’imaginer l’odeur là-bas aujourd’hui, la fumée, l’insoutenable fournaise. J’essaie d’imaginer les chamois. Ont-ils pu échapper aux flammes? Et les oiseaux? Et les renards? Les martres? Les innombrables insectes qui vivent là? Tous ces papillons aux ailes de cendre, sous les gémissements des pins. L’enfer semble irréel tant qu’on n’y est pas. Comme le réchauffement climatique… Aux informations, les journalistes donnent des chiffres, tiennent à jour le compte des milliers d’hectares partis en fumée. Les gens écoutent en boucle, se gavant de stress, dévorant les images des flammes, saluant le travail des pompiers, y allant de leur petit commentaire fataliste, mi-horrifié et mi-excité sur Facebook. Tout ça avant de retourner à leurs vacances climatisées et à leurs merguez sur le barbecue. Parce qu’on ne peut rien faire, n’est-ce pas, contre la destinée… On ne peut rien changer à tout ça… Autant continuer comme on a toujours fait.
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Les gens seraient-ils différents si au lieu de chiffres ils pouvaient sentir l’odeur: de la résine en fusion, des chairs brûlées, des poils, des plumes. S’ils pouvaient voir les écureuils asphyxiés, les contorsions des insectes sous la chaleur, les serpents carbonisés. Est-ce qu’ils refuseraient la résignation s’ils pouvaient entendre les sifflements de dragon des flammes. Le dernier soupir du cabri qui meurt. Car bien entendu, seuls les humains ont été évacués. Comment évacuer un faon de chevreuil? Un merle? Un lézard? Tous ceux-là n’entrent ni dans les hélicos, ni dans les chiffres. Les chiffres, c’est si commode pour ne pas voir.
Pourtant ce n’est pas une fatalité que les forêts de France partent toutes en fumée. Il y a plein de choses qu’on peut mettre en place pour que ça n’arrive pas. Pour que ça arrive moins, beaucoup moins. Les dirigeants nous laissent croire qu’il n’y a rien à faire, à part essayer d’éteindre le feu. De même, leur seule réponse à ce réchauffement climatique tellement plus intense que prévu, c’est de proposer des climatiseurs. Des climatiseurs partout. Même dans les élevages intensifs où les animaux meurent par milliers. De pauvres bêtes qui n’ont jamais vu la lumière du jour, qui sont trop entassées pour se déplacer et accéder à l’eau dont elles auraient besoin, et qui crèvent sous la chaleur avant d’être transformées en chair à merguez. Pas de souci, disent les dirigeants. Nous mettons tous les moyens en œuvre. Les éleveurs seront indemnisés pour leurs “pertes”. Des aides seront mises en place pour aménager les bâtiments. Y a-t-il vraiment des êtres vivants là-dedans ? On n’en parle pas. C’est comme si c’était du carton stocké dans des hangars. Comme si ce n’étaient pas ces bâtiments de la mort, le cœur du problème, et l’élevage intensif le nerf de cette drôle de guerre où ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent vaincus. Climatiseur ou pas.
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Je vous écris depuis mon jardin dans la montagne. Il est 8 heures. L’église du village sonne joyeusement ses cloches pour annoncer la nouvelle journée. Je suis allée marcher pieds nus dans l’herbe. L’eau de la mare est encore toute pleine de nuit fraiche et de la chanson des étoiles. Les tritons y glissent, lents, soyeux, anciens. Tellement plus anciens que cette étrange humanité. Le reflet de la lune désenfle doucement au-dessus d’eux. Une larve de libellule a grimpé la tige d’un roseau. Elle est ancienne elle aussi. Sa famille était déjà là au Carbonifère alors que la nôtre n’était qu’un rêve lointain. Elle s’apprête à entamer sa deuxième vie. Je lui demande: peut-on espérer encore? Sa présence ici pour seule réponse. L’espoir est cette chose toute molle et vulnérable qui finit par ouvrir ses ailes scintillantes. Les premiers papillons réveillent le ciel chagrin. Bleu brouillé du brun des fumées. Les pompiers luttent encore contre «l’inévitable».
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Libellule au bord de la mare
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Pour les feux de forêts aussi les dirigeants disent qu’ils mettent tous les moyens en œuvre. On a des pages de littérature ennuyeuse sur les efforts déployés par madame la préfète de la Drôme, et par ces grands sages du gouvernement. Et parallèlement tous ils continuent de planter partout en France des résineux. De raser les forêts de feuillus. De couper les vieux arbres qui maintiennent l’humidité de la forêt. Les mega-feux se déclenchent presque tout le temps dans les forêts de résineux. La résine c’est un combustible incroyable. En bushcraft on l’utilise pour allumer les feux de camp. Alors, une plantation de résineux en ces temps de réchauffement climatique, vous imaginez! Le diable aux enfers sera bientôt jaloux de nos feux de forêt!
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Ces montagnes du diois qui partent en fumée à l’heure où j’écris, elles sont constituées essentiellement de pins noirs d’Autriche. Des torches vivantes remplies de résine que le moindre éclat de foudre peut allumer. La fatalité n’a rien à voir avec ces incendies-là. Cette horreur brûlante qui se répand partout en France était absolument prévisible. Annoncée depuis des années par des botanistes comme Francis Hallé et par les écologistes. Les fameux éco-terroristes qu’on fustige sur les réseaux sociaux, ces foutus rabats-joie qui ne veulent pas laisser la «fatalité» ravager la terre entière.
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Cette photographie, comme celle du haut de page, a été prise par mon ami Gilles Couiller.
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Je vous écris depuis mon jardin dans la montagne. Le soleil a fini par grimper la falaise et les papillons demi-deuil sucent l’or bleuté des knauties. Tout est si doux et paisible. Le vent du Nord a tourné au Sud et il souffle les fumées noires vers moi. Je sens l’odeur de brûlé. Ce n’est pas un chiffre. C’est réel. J’ai la gorge soudain serrée. Je repense à ce livre que j’ai consacré à la forêt. Des années d’observation, d’écriture, d’immersions. Je sais que nos forêts sont en danger. Les forêts de résineux d’abord, parce qu’elles ne sont pas adaptées au nouveau climat que nous avons créé en si peu de temps. Et donc oui, toutes, année après année, elles vont finir par brûler, laissant derrière elles des déserts. Et sur ces terres désolées il fera bientôt trop chaud pour replanter quoi que ce soit.
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Les forêts de feuillus sont, elles aussi, menacées. Sur-exploitées sans aucun discernement, car notre société «a besoin de bois». Elles sont parfois coupées à blanc, ces forêts, parfois percées d’innombrables «éclaircies», comme les appelle l’ONF, des micro-coupes pour faire entrer la lumière. Oh, comme c’est joli cette lumière qui entre soudain, frétillante comme un pinson! Ça permet aux jeunes plants de pousser nous dit-on, et ainsi la forêt se régénère. En théorie oui, c’est possible. Mais plus maintenant. Pas avec ces étés que nous avons et qui ressemblent au Sud de l’Espagne. La lumière qui aujourd’hui entre dans ces trouées, elle détruit tout. Elle fait mourir les jeunes plants de soif. Elle dessèche le reste de la forêt qui, sous la canicule, a besoin d’ombre pour maintenir son humidité. Nos forêts, pour qu’elles puissent survivre au réchauffement climatique, il faut qu’on leur foute la paix. Qu’on les laisse pousser bien denses et humides. Qu’on préserve leurs vieux arbres mères avec leurs immenses réseaux de myceliums qui, grâce à leurs filaments microscopiques, arrivent à capter les plus infimes quantités d’eau. Mais les gros engins de l’exploitation forestière mettent en péril les myceliums aussi, abîmant et tassant les sols, empêchant l’eau précieuse d’arriver jusqu’aux mycorhizes. L’apocalypse est en cours pour les forêts de France. Déjà, les hêtraies de chez moi commencent à fleurir et à faire leurs faînes chaque année, alors que normalement ça devrait être tous les deux ou trois ans. Elles font cela parce qu’elles sont en stress. Elles font cela comme un appel à l’aide, nous disant encore et encore que quelque chose ne va pas. Qui les entend? Qui prête attention à quelques faînes poilues parmi les feuilles de moins en moins vertes? L’humanité passe en dessous, bavarde et étourdie.
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L’espoir est cette chose avec des feuilles dont on n’entend plus le langage…
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La forêt aujourd’hui a besoin qu’on lui laisse son ombre et son humidité.
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La seule réponse que l’humanité offre à ces forêts, c’est: on a besoin de votre bois. La vérité c’est qu’on ne se pose pas les bonnes questions. Et on ne se donne pas les bonnes priorités. Du coup on ne peut pas donner les bonnes réponses. Il faudrait d’abord demander à la forêt de quoi elle a besoin, elle. Et sa réponse serait cela: de notre attention. De notre sobriété. De notre sagesse. De temps. D’ombre. De paix. Rien de tout ça n’est hélas dans les plans du gouvernement et de l’ONF. Dans quinze ans, lorsque ces forêts de feuillus commenceront à mourir à leur tour, les dirigeants diront qu’ils «mettent tout en œuvre». Et les casseurs d’écolos, sur les réseaux sociaux, pourront se lamenter sur les forêts malades et l’inévitable fatalité.
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Je ne crois pas à cette fatalité-là. Non pas que je me sente optimiste pour l’avenir de notre monde. Depuis des années je suis une éco-triste, une éco-anxieuse, une éco-rageuse, une éco-dépressive. Une éco-féministe aussi. Et bien entendu une éco-terroriste, cela va sans dire… Mais si je suis tout ça, c’est d’abord parce que je suis une éco-amoureuse, et j’essaie de m’en souvenir. Je suis une éco-enchantée. Une guetteuse de merveilles. Une cueilleuse de miracles. Je ramasse les miettes de beauté partout où je les trouve. Et comme le petit Poucet j’en laisse derrière moi. Cela m’aide à retrouver mon chemin dans le labyrinthe du monde. A me sentir moins perdue. Je crois que ça aide aussi d’autres humains à l’être moins. Et je crois que si vous êtes là en train de me lire c’est parce que vous aussi vous êtes comme ça. Vous êtes des semeurs de miettes. Des cueilleuses de miracles. Des amoureuses du vivant, des amoureux. Être ainsi ne nous donne peut-être pas plus de raisons d’être heureux. Et même, bien souvent, cela nous fait ressentir plus fort la douleur et le deuil de ce qui disparait. Mais, contrairement à d’autres, nous n’avons pas les poches vides. Elles sont pleines de ces petites choses avec des plumes qui viennent se percher sur l’âme. Elles sont remplies de miettes. Et ce sont ces miettes que je veux partager avec vous aujourd’hui, au cœur de la canicule et des incendies. C’est incroyable tout ce qu’on peut faire avec des miettes. Absolument incroyable.
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Je vous écris depuis mon jardin dans la montagne. Il est 9 heures et j’aimerais que nous fouillions nos poches ensemble… Dans les miennes je trouve d’abord de l’eau. Celle de cette mare que j’ai creusée avec mon amoureux tandis que nous construisions notre maison. C’était il y a quinze ans. Mon jardin alors était un terrain vague et c’est aujourd’hui une oasis de fraicheur pour la vie sauvage, laissée quasiment en libre évolution, remplie d’arbres et de fleurs. Dans la mare, chacun peut venir boire, il n’y a pas de clôtures. Je dis souvent que c’est un jardin partagé, où tous les plus qu’humains sont bienvenus. Tous sont chez eux autant que nous. Et ils le savent. Les mésanges viennent s’asperger d’eau joyeuse, les mammifères se glissent aux plis de la nuit pour se désaltérer. Dans la canicule de l’été, chaque jour des centaines d’insectes assoiffés viennent se poser sur les nénuphars et repartent aussitôt amener l’eau miraculeuse vers leurs ruches et leurs nids.
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Bain d’une jeune mésange bleue sur les nénuphars de la mare
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Cette nuit, ce sont les blaireaux que j’ai entendus, avec leur étrange grognement aigu. Nous dormons les fenêtres grandes ouvertes et mes nuits- bien qu’entrecoupées- sont remplies de merveilles. Je suis heureuse que les blaireaux me réveillent régulièrement pour me dire: rappelle-toi les miettes. Et aussi ce renard mâle que j’ai nommé Pattes de Miel et à qui je laisse des offrandes dans la forêt. Il dépose des crottes dans mon jardin, dans mon jardin seulement, pas dans ceux de mes voisins, et je crois que c’est pour me remercier. Pour me dire: garde espoir, petite humaine. Oh oui, je suis heureuse que tous ils puissent venir boire ici: les renards, les blaireaux, les mésanges, les chevreuils, les cerfs… En créant de l’espoir pour eux, je retrouve un peu le mien…
Il y a peu d’eau dans mes montagnes, quelques sources et ruisseaux ici et là. Alors notre petite mare, c’est une miette comme un éclat d’or. Lorsqu’il fait très chaud, les animaux doivent se déplacer davantage pour trouver l’eau dont ils ont besoin, c’est une question de survie. Mais les déplacements sont toujours risqués pour eux. Il y a deux jours, à quelques kilomètres de chez nous, nous avons trouvé un blaireau écrasé sur la route. Le ruisseau était juste de l’autre côté.
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Que peut-on y faire? disent les vacanciers en remontant la clim avant d’aller retourner leurs merguez…
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D’abord rouler moins vite, Ducon. Jamais plus de 50 km/heure de nuit. En faisant ainsi j’ai évité des dizaines de collisions. « Sauvé » des tas de blaireaux, renards, hérissons.
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Et puis, cette eau qui manque aux autres et pour laquelle ils doivent prendre des risques, on peut la leur procurer. On peut nous aussi devenir cette chose avec des plumes qui vient se percher au dos des autres vivants et chante avec leur âme. Si vous n’avez pas de mare, si vous n’avez pas de jardin où laisser un point d’eau pour les animaux, vous pouvez déposer des micro-cuvettes dans la forêt. Vous pouvez créer des micro-mares autour de chez vous, au plus près de nos cousins sauvages, au plus loin des routes qui les tuent. Il y a tellement de choses qu’on peut faire! Tellement de miettes à semer. Des jeunes de mes montagnes ont créé un petit collectif dont le slogan est: «moins de méga-bassines, plus de micro-bassines». J’adore !!! Ils déposent des cuvettes partout où ils peuvent. Ils ne demandent pas si c’est permis. On ne devrait pas avoir besoin d’autorisation pour semer des miettes de lumière. Mes jeunes éco-terroristes remplissent régulièrement leurs micro-bassines d’eau. Déposent une grosse pierre au milieu pour que les oiseaux puissent y descendre et les insectes y boire en sécurité. Ce sont de petites choses, je sais. Ce sont de grandes merveilles. On soutient des vies comme ça. On redonne espoir.
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L’espoir, c’est la seule chose qui est restée au fond de la boîte que Pandore a ouverte. Je suis certaine que vous avez entendu parler de ce mythe-là, celui de la boîte de Pandore. A la base, ce n’était d’ailleurs pas une boîte, mais une jarre. Ce sont les dieux de l’Olympe qui ont créé cette femme-là, la première femme du monde. Belle comme un rêve. Fabriquée comme une malédiction. Pour punir l’humanité qui venait de recevoir le feu de Prométhée et avait déjà de très grosses ambitions de conquêtes. C’est toujours elle qu’on blâme, bien entendu, cette femme qui n’avait rien demandé. Mais la vérité c’est que c’est Zeus qui a créé la jarre et la lui a donnée. Il lui a dit de ne pas l’ouvrir et savait bien qu’elle l’ouvrirait. Et en ouvrant la jarre, elle a libéré tous les malheurs du monde. Les maladies, les famines, les tempêtes, les tremblements de terre. Tout ce qui pouvait freiner un peu la terrible faim de l’humanité naissante. Tous ces fléaux qu’elle n’avait pas créés se sont répandus sur la terre. Mais Pandore n’est pas une idiote. Elle a refermé la jarre juste avant que la seule chose qui restait au fond puisse s’échapper.
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L’espoir.
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L’espoir est tout ce qui subsiste au fond de la jarre.
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L’espoir est cette chose avec des plumes qu’une femme lointaine a préservée, qu’une autre femme, des milliers d’années plus tard, a jetée dans un des plus beaux poèmes du monde, et qu’une humble éco-amoureuse vient vous rappeler aujourd’hui …
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Dans la forêt, avec ma jarre, j’offre l’eau et je garde espoir…
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Je vous écris depuis mon jardin dans la montagne. Il est 10 heures. J’ai ôté mon gilet, fait une pose dans ma lettre et je suis allée vérifier mes cuvettes dans la forêt. J’y vais tous les deux jours. Dans la canicule je deviens une porteuse d’eau. On peut tous être des porteurs d’eau. Chacun prend le poids qu’il peut. Mon amoureux, il y a deux jours, a versé 20 litres dans une souille où viennent de nombreux animaux. Près de cette souille, j’ai suivi une famille de chouettes hulottes au début du printemps. En mai il ne leur restait qu’un petit. Durant la canicule de fin juin elles sont devenues complètement silencieuses. Mais ces deux dernières nuits, elles ont enchanté à nouveau la forêt de leurs cris, et je crois que c’est grâce à l’eau qui a été rendue. Il est costaud mon homme avec ses 20 litres. Moi j’ai deux tendinites aux tendons d’Achille à cause de la ménopause et de la chaleur, et je ne peux prendre que 2 litres et demi dans mon sac à dos. Je peux seulement remplir les micro-bassines. L’essentiel c’est que chacun fasse sa part de fourmi. Son travail d’éco-terroriste. Et c’est ainsi, toutes les fourmis n’ont pas la même taille. Tous les éco-terroristes ne portent pas le même poids. Ce qui importe c’est leur nombre. Notre nombre. Nos innombrables miettes réunies. Ce qui importe ce sont nos mains tristes et anxieuses, et cassées peut-être, mais qui peuvent encore soutenir la vie. Qui peuvent lever toutes ensemble un fuck audacieux vers la fatalité, la clim, les merguez…
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La bhagavad gita, un très ancien texte de sagesse indienne, le dit aussi à sa manière moins imagée que la mienne : ce n’est pas le résultat des actions qu’on entreprend qui importe. C’est l’action elle-même. On n’a bien souvent aucune prise sur le résultat, qui est rarement à la hauteur de nos efforts. Mais on peut se focaliser sur autre chose que ça. On peut se concentrer sur l’amour qu’on met dans cette action. Sur la joie d’essayer. Sur le sens de tout ça. A chaque fois que je m’en vais porter mon eau dans la forêt, cela ramène du sens dans ma vie. Je me dis: même si j’ai été mise sur terre seulement pour apporter cette eau aux autres vivants, durant cet été infernal, cela vaut le coup. Je me sens heureuse. Reliée. Je reviens dans mon pouvoir. Pas le pouvoir des hommes politiques et des dirigeants de multinationales, oh non, pas celui-ci. Ça ce n’est pas du pouvoir, c’est de la violence et de la connerie qui tout, toujours, détruit. Le pouvoir dont je parle c’est cette énergie douce et puissante qui monte lorsqu’on est authentique, pleinement aligné avec qui on est, droit dans ses bottes, et reconnecté à la terre qui nous a faits. Lorsqu’on regarde bien en face les forêts qui brûlent et la canicule, et qu’on dit non à la résignation. Lorsqu’on décide d’écouter cette chose avec des plumes qui se perche dans l’âme et refuse d’abdiquer. Cette chose qui chante et ne s’arrête jamais. Jamais, jamais, jamais.
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Le pouvoir est dans l’eau qu’on offre. Dans cette jarre dont on accepte la responsabilité et qui apporte guérison et beauté. Et peu importe que la jarre soit fêlée d’éco-dépression et de deuil. Peu importe qu’elle soit un peu bancale. Car l’espoir palpite au fond, dans l’ombre. Et on n’a pas besoin d’être hyper optimiste pour faire tout ça. Ça tombe bien pour moi qui ne le suis pas. Il suffit d’avoir un cœur et du courage, les deux mots ont d’ailleurs la même étymologie.
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Le courage, c’est simplement le cœur qui tend la main.
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Vous voyez, lorsque je prends soin de la mare ou que je vais remplir mes micro-cuvettes dans les bois, c’est un peu comme si cette eau offerte aux autres, elle venait aussi désaltérer une partie de moi assoiffée. Sentez-vous cette partie-là en vous aussi? Sentez-vous votre coeur en rage qui refuse de baisser les bras? Quels petits gestes pourriez-vous faire pour l’honorer? Quelles jolies actions faites-vous déjà? Regardez dans vos poches, mes amis sauvages, et dites-moi ce que vous y trouvez. Partagez dans les commentaires et inspirez les autres. C’est important de prendre le temps de fouiller à la recherche de ces miettes-là, de revenir les regarder lorsqu’on se sent perdu sous la canicule et qu’on suffoque dans les incendies.
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Et puis vous le savez peut-être, lorsqu’on œuvre pour la terre et les autres vivants, on est sans cesse remercié. En revenant de mes bassines tout à l’heure, avec mes tendons qui couinaient et mes bouteilles vides, j’ai croisé la chevrette et son faon, ceux dont je vous avais déjà parlé dans mon post du mois de juin. Mon petit Milky way était déjà beaucoup moins constellé d’étoiles blanches, et il faisait presque la même taille que sa mère. Je me suis accroupie au bord du chemin et je les ai regardés un long moment, ces deux choses avec des poils, qui mangeaient dans ce creux encore vert sous les arbres et se perchaient sur mon âme. Je les buvais des yeux et du cœur. Et c’était comme si la forêt me rendait l’eau que j’avais déposée pour elle. Oui, c’était comme si elle disait merci…
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Je vous écris maintenant depuis l’intérieur de ma maison. Il fait trop chaud dans le jardin et j’ai dû rentrer. Les oiseaux sont planqués dans les arbres et restent silencieux. Le gouvernement n’a pas encore promis des arbres climatisés, mais ça viendra peut-être. Avec ces malades, on ne sait jamais… La clim, on ne l’a pas chez nous. Notre maison auto-construite est super isolée. Chaude l’hiver. Fraîche l’été. Si seulement je pouvais y accueillir les mésanges, les blaireaux, mon ami flamboyant Pattes de Miel et le petit Milky Way, qui est encore si fragile. Il a tout juste un mois, c’est trop jeune pour mourir sous la canicule. J’espère qu’il tète, près de sa mère, l’eau que j’ai laissée dans une micro-bassine. J’espère que tous ils s’en sortiront. Que la forêt, derrière ma maison, recevra bientôt la pluie qu’annonce la météo. En la laissant tout à l’heure, je lui ai dit: courage, tiens le coup, la pluie vient. Ne désespère pas. Mais je sais que les arbres, jamais, ne désespèrent. Car ils ont des millions de plumes perchées sur leur âme.
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J’espère que l’humanité se réveillera avant d’aller trop loin dans le déni et la fatalité. J’espère que Pandore n’aura pas à ouvrir une nouvelle fois sa boîte. Je me sens triste, et en même temps je ne peux m’empêcher d’y croire encore. Sinon, pourquoi serais-je ici à vous écrire, tout en prétendant que je ne suis pas optimiste? Le ciel dehors est froissé de brun bleu. Le vent du Sud secoue les branches du saule, au-dessus de la mare, et je sais que là-bas, juste à 30 kilomètres, le feu ne s’est pas arrêté et que les pompiers épuisés luttent encore.
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Bien entendu mes quelques gouttes de colibri ne suffiront pas. Mais je les offre quand même. Et j’ai foi aussi dans les vôtres. Toutes les vôtres.
Car l’espoir est cette chose avec des plumes
Qui se perche dans l’âme
Et chante l’air sans les paroles
Et ne s’arrête jamais
Jamais.
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Merci de m’avoir lue. Merci à mon ami Gilles d’avoir trouvé le courage de prendre ces images de l’incendie de Die et de m’avoir laissée les montrer ici. Les autres photographies sont, comme toujours, les miennes ou celles de mon compagnon Matt. Pas D’IA dans ces Conversations Sauvages. Pas d’imagination et de créativité pillées. Les serveurs des centres de données consomment des quantités astronomiques d’énergie et d’eau vivante. Ne leur donnons pas la terre à boire et à manger.
Si vous souhaitez plonger en profondeur dans l’enchantement de la forêt, mieux comprendre les défis qu’elle rencontre, et apprendre comment on peut soutenir sa résilience, vous pouvez vous procurer mon dernier ouvrage: Le Chant de la Forêt. C’est ici:
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