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Canicules et vagues de chaleur 

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En pleine vague de chaleur, le gouvernement met fin aux programmes de recherche sur l’adaptation des logements et des territoires

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Pour des raisons budgétaires, Matignon a décidé de supprimer une petite structure interministérielle chargée d’animer les réflexions d’élus, de chercheurs et d’habitants afin de permettre un partage des savoirs sur ce sujet essentiel.
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 Emeline Cazi et Isabelle Regnier

06 juillet 2026 

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Lors d’un épisode caniculaire à Paris, le 26 juin 2026.

Lors d’un épisode caniculaire à Paris, le 26 juin 2026.

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Les villes comme les bourgs, les lotissements comme les grands ensembles chauffent. Les habitants qui vivent dans des logements mal conçus, mal isolés, façade plein sud, sans volets, stressent à chaque fois que le thermomètre dépasse les 30 ºC, cuisent quand la canicule s’installe. Certains en meurent. Des arbres dépérissent, l’eau manque ou ravage tout.

Adapter le bâti et les territoires au climat du XXIe siècle en tentant de ne pas aggraver le réchauffement à l’œuvre, voilà précisément ce qu’un ensemble de programmes de recherche, impulsés par l’Etat, menés par des élus, des chercheurs et des habitants, propose depuis des années. Les métropoles s’en saisissent, plusieurs dizaines de communes s’en réjouissent.

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Une petite structure interministérielle méconnue, le groupement d’intérêt public nommé L’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP-EPAU) joue un rôle-clé dans le pilotage et l’animation de ces dispositifs : 220 projets sont en cours, y compris en outre-mer.

Une vingtaine de personnes, qui répartissent une dizaine de millions d’euros partout en France, s’emploient à ce que les regards et les disciplines se croisent et que chacun sorte de son silo. Une nécessité, et un gage d’efficacité, pour répondre à la complexité de la crise climatique. Le gouvernement de Sébastien Lecornu a pourtant décidé de tout dissoudre, purement et simplement. Et ce, malgré l’alerte lancée en janvier dans Le Monde, dans une tribune signée par plus d’un millier de personnes (scientifiques, élus, anciens ministres, architectes, urbanistes, géographes) qui redoutaient cette issue dont les prémices avaient été annoncées en décembre.

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« Décision budgétaire de court terme »

Des députés ont interpellé le gouvernement. « Maîtrise des dépenses publiques », « éviter les doublons », ont-ils reçu comme réponse. Même des préfets, à présent, s’en émeuvent. « L’un de ces programmes, Popsu [Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines] avait une dimension prospective dont l’Etat ne peut pas faire l’économie, réagit l’un d’eux, sous le couvert de l’anonymat. Cette décision budgétaire de court terme est un désinvestissement terrible, la perte d’une expertise à laquelle les plus petites collectivités pouvaient accéder, et qu’on mettra beaucoup plus longtemps à retrouver. »

L’arrêt de mort a été signé lors d’une réunion interministérielle le 28 mai, comme l’a révélé Mediapart. La première vague de chaleur de 2026, qui frappait la France depuis plusieurs jours, sévissait encore. Des records de températures étaient déjà enregistrés. Le 26 mai, deux jours auparavant, il avait fait 24,9 ºC en moyenne sur le territoire national, soit 7,7 ºC de plus qu’à cette même date durant la période 1991-2000. Autour de la table, cet après-midi-là, les directions des ministères de l’aménagement du territoire, de la culture, mais aussi celles du ministère de l’action et des comptes publics. Le GIP-EPAU sera dissous le 31 décembre ; l’annonce doit être officialisée en assemblée générale jeudi 9 juillet. D’ici là, soit les programmes s’arrêtent net, soit ils sont transférés vers d’autres administrations ou opérateurs.

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Pour tout détail, le compte rendu oriente les sorties de chacun. « Engagés pour la qualité du logement de demain », qui teste des manières de construire plus sobre sans rogner la qualité ? C’est terminé, non renouvelé. Les candidatures reçues pour « Green Team », sur le point d’être lancé – dont l’idée était d’imaginer des territoires habitables en 2100 –, ne seront pas même étudiées. « Erable », inscrit dans la stratégie nationale pour la biodiversité 2030, liquidé à la fin de l’année. « Europan », tremplin pour les jeunes architectes, est récupéré par le ministère de la culture.

Le suivi de « Quartiers de demain », cette opération axée sur les banlieues qui devait être le grand projet d’architecture et d’urbanisme du président de la République, qui a mobilisé pendant neuf mois plus d’un millier de professionnels, embarqué des jurys citoyens, et qui doit déboucher sur des projets réplicables qui bénéficieraient aux 1 500 quartiers prioritaires, sera désormais assuré par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU).

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Colère et incompréhension

Et puis, il y a le démantèlement des programmes Popsu. Le coup de grâce, de l’avis de tous. La quasi-totalité des métropoles et une cinquantaine de plus petites communes y sont associées. Leur extinction – dont le ministère de la ville et du logement est chargé – personne n’y croyait vraiment, tant les effets sont concrets, les budgets petits (140 000 euros pour trois ans de recherche et sa valorisation, financés à parité par l’Etat et les collectivités), et l’importance de la question posée – l’adaptation au changement climatique – indiscutable.

Chaque collectivité décidait de son thème : le littoral à Dunkerque (Nord), le confort thermique à Toulouse. La ville de Caen, qui bénéficie aussi de programmes Europan, Erable et Quartiers de demain, regarde comment la question de l’énergie peut créer des liens entre citoyens (sobriété, boucle énergétique). « Croiser tous ces regards – habitants, chercheurs, élus – c’est nouveau dans la prise de décision. Dans ce contexte climatique et géopolitique très incertain, de tensions sociales et financières très fortes, prendre ce temps de comprendre est essentiel », insiste Nicolas Escach, géographe et adjoint au maire (DVD), chargé de la ville durable et de la transition écologique sous le précédent mandat, et à présent de la vie étudiante, du tourisme et des relations internationales.

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Les collectivités partagent leurs avancées. Les plus petites bénéficient d’une ingénierie de haut niveau qu’elles ne s’offriraient pas autrement. « Faire disparaître ces gouvernances intermédiaires, locales, à moins d’un an des échéances de 2027, dans une période où la démocratie est fortement menacée, quel signal ! », déplore l’élu caennais.

L’impréparation et les défaillances en cascade relevées lors de l’épisode caniculaire de juin ne font qu’attiser colère et incompréhension face à cette décision. « On a fermé des écoles, renvoyé les élèves chez eux car les conditions d’apprentissage n’étaient plus réunies, mais parfois dans des logements où la situation était pire. Ces mesures, qui ont encore aggravé les inégalités, obligent à se poser la question de l’accueil et de l’hébergement des enfants par de telles températures. A Toulouse, le programme porte justement sur cette question d’espaces refuges… , soulève Marie-Christine Jaillet, coordinatrice scientifique des programmes Popsu-transitions. Cette décision brutale est une drôle de manière de faire, à un moment où l’Etat affirme qu’il faut renforcer le pouvoir des collectivités locales. »

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« A force de prétendre “rationaliser” l’action publique, l’Etat finit par détruire ce qui lui permet d’en renouveler les modalités et l’efficacité », insistaient les signataires de la tribune, en janvier. La contrainte de la dépense, Juliette Méadel – l’une d’eux – ancienne ministre déléguée de la ville du gouvernement Bayrou, haut fonctionnaire de Bercy, la connaît. « Le GIP-EPAU coûtait beaucoup moins que l’ANRU, une grosse boutique avec des frais de fonctionnement très lourds. » « Il est plus facile de supprimer quelque chose sous les radars que de s’attaquer à des vaches sacrées qui ont une visibilité plus forte », souligne le préfet souhaitant garder l’anonymat. Sollicité à plusieurs reprises, le gouvernement n’a pas réagi.

Emeline Cazi et Isabelle Regnier

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