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Incendie de Die : « ce n’est pas juste des arbres brûlés, c’est tout un écosystème qui disparaît »

Le paysage du massif de Justin profondément marqué par le passage des flammes.
Le paysage du massif de Justin profondément marqué par le passage des flammes.
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Le feu qui a ravagé 4 400 hectares du massif de Justin est désormais fixé. Mais pour la faune et la flore du Diois, l’épreuve ne fait que commencer : nids détruits, banque de graines anéantie, territoires de reproduction compromis pour l’année prochaine.

Sur la falaise du massif de Justin, deux colonies de vautours fauves nichaient à quelques centaines de mètres du point de départ du feu. Les adultes se sont envolés à temps. La plupart des jeunes, eux, étaient encore au nid.

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Trois semaines après le départ de l’incendie, provoqué par un impact de foudre le 24 juin puis reparti dans la nuit du 2 au 3 juillet, le feu a été déclaré fixé ce jeudi 16 juillet matin par la préfecture de la Drôme. Le bilan s’arrête à 4 400 hectares parcourus — le plus important incendie qu’ait connu le département depuis trente ans. Si les flammes reculent, les naturalistes commencent seulement à mesurer ce qu’elles laissent derrière elles.

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Une faune surprise en pleine saison de reproduction

Au sol, les micromammifères, les serpents et les batraciens n’auront probablement pas survécu. Plus haut, les oiseaux cavicoles nichant dans les vieux arbres ont purement et simplement disparu du secteur brûlé.

« Même pour les nids assez haut qui n’ont pas brûlé, le problème c’est l’intoxication avec les fumées et la chaleur« , explique Olivier Teihlard, observateur bénévole spécialiste des vautours. Car l’incendie est survenu au pire moment du calendrier biologique : en plein élevage des jeunes. Le spécialiste redoute que certains oisillons, pris de panique face à la chaleur et à la fumée, aient tenté un envol prématuré et mal maîtrisé avant d’être prêts à voler. « Il pourrait y avoir des drames« .

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Le vrai problème commence maintenant

« Il est trop tôt pour faire un état des lieux complet », précise Gilbert David, de la LPO du Diois, avant de pointer la véritable inconnue : la présence de nourriture au sol au printemps prochain. « Y aura-t-il assez d’insectes, de graines ? C’est un gros point d’interrogation, on ne peut pas le prévoir », résume-t-il.

Les rapaces forestiers territoriaux — autours, éperviers, ou le circaète Jean-le-Blanc, tout juste revenu de migration — ont vu leurs zones partir en fumée. Les adultes qui ont pu fuir devront désormais se réinstaller sur des territoires voisins déjà occupés, avec le risque de conflits entre individus. Une problématique qui touche également les cerfs, les sangliers et tous les animaux parvenus à s’échapper.

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Un écosystème à reconstruire depuis la roche

Au-delà des espèces prises individuellement, c’est la structure même du milieu qui s’effondre. Ariane Gaunand, responsable biodiversité au Parc naturel régional du Vercors — dont le territoire touche la zone incendiée sans en faire partie —, alerte d’abord sur la fragmentation du massif : « les animaux ne peuvent plus aller d’un endroit à l’autre sans être exposé, ce qui réduit leur capacité de déplacement, de reproduction, d’alimentation et restreint leur espace ».

Mais tous les impacts ne se voient pas à l’œil nu. « Un incendie, ce n’est pas juste un ou des arbres brûlés, c’est tout un écosystème qui disparaît, ses lichens, ses champignons, c’est radical, il ne reste que la roche », poursuit-elle. La banque de graines contenue dans le sol a elle-même brûlé — sur les secteurs les plus touchés, la végétation ne repartira pas avant plusieurs années.

Le visage du massif va donc changer radicalement. « On va assister à un changement de végétation, avec des plantes de pleine lumière qui seront favorisées », prédit Gilbert David, de la LPO. Et avec cette nouvelle végétation, de nouveaux habitants : « il y a des successions qui vont se produire, et des espèces typiques des milieux ouverts vont arriver, comme l’alouette ou le lièvre », espère Rémi Gandy, président de la Fédération des chasseurs de la Drôme, qui va lancer un monitoring du retour des espèces et n’exclut pas de demander une interdiction de la chasse sur les secteurs brûlés le temps que la faune se stabilise.

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Conséquences en cascade

Cette destruction doit se lire à l’échelle de tout le fonctionnement forestier. « Il faut voir l’impact de façon globale : c’est toutes les fonctionnalités de la forêt qui sont perturbées », détaille Béatrice Venard, du collectif Biodiversité Diois. « Les zones déboisées sont des zones plus exposées à la sécheresse, et plus il y a de zones dévégétalisées, plus la température monte : ce sont des conséquences en cascade ».

Ces conséquences s’ajoutent à un environnement déjà éprouvé : des températures très élevées, la sécheresse et des animaux « déjà en souffrance ». Un contexte qui rend l’impact de l’incendie difficilement prévisible. « On se trouve dans des situations de plus en plus inédites, de par l’ampleur de l’événement, mais aussi avec des phénomènes qui s’empilent, et on manque d’analyses pour en prédire les effets », conclut-elle.

Trois semaines après le départ de l’incendie, l’état des lieux reste donc provisoire. Il faudra des mois, sinon des années, pour mesurer l’ampleur réelle des pertes sur la faune et la flore du Diois.

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Emilie Rosso

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