« J’avais une responsabilité vis-à-vis de l’eau » : Jérémy Ditner, l’agriculteur dépollueur des sols
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Sa chevelure et sa barbe rousses émergent tout juste dans le vert des plants de miscanthus. L’histoire de l’arrivée dans sa ferme de cette grande herbacée venue d’Asie, Jérémy Ditner, agriculteur alsacien de 38 ans qui cultive une vingtaine de variétés de céréales et légumes sur la commune de Bernwiller (Haut-Rhin), la raconte avec fierté. Car c’est un héritage familial. « C’est mon père qui en a eu l’idée », précise Jérémy.
Dans les années 2000, l’eau du captage de la commune flirtait avec la norme de potabilité aux nitrates, fixée à 50 mg par litre. Sur cette grande plaine du Sundgau, le maïs et le blé, les cultures dominantes du coin à cette époque, ont besoin d’engrais azotés pour pousser. Mais, à force de s’infiltrer dans les sols, ils ont contaminé la nappe aquifère, peu profonde.
Mathieu Ditner, le père de Jérémy, maire du village, mesure bien le problème car il est président du Syndicat des eaux. Lui-même expérimentait déjà depuis 1993 la culture du miscanthus, plante vivace qui ne nécessite ni intrants ni irrigation et dont les rhizomes font merveille pour absorber les polluants. Il a alors l’idée, à la fin des années 2000, de proposer à ses collègues agriculteurs d’en cultiver aussi pour protéger le captage. Pour les convaincre, il crée un débouché, en l’utilisant comme carburant pour la chaudière à biomasse communale. Huit agriculteurs décident alors de se lancer. « Au bout de deux ou trois ans, le taux de nitrate était redescendu entre 25 et 30 mg », raconte Jérémy.
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Après les nitrates, les pesticides
Aujourd’hui, le miscanthus couvre 35 hectares sur la zone d’alimentation du captage. Dont une dizaine chez Jérémy. Car, après un BTS agricole et un master en gestion d’entreprise agricole, il a repris la ferme en 2014. Avec la volonté d’aller plus loin encore que son père. « On avait résolu le problème des nitrates mais pas celui des pesticides. Or deux tiers de mes parcelles sont situées dans la zone de captage en eau potable et j’en ai aussi beaucoup en bordure de rivières, ce qui me donnait une responsabilité vis-à-vis de l’eau. »
En 2017, la ferme passe progressivement au bio. Un choix minoritaire dans cette grande région céréalière. « Le déclic, poursuit-il, ça a peut-être été quand ma femme était enceinte. Les médecins nous disaient qu’il faudrait mieux donner à manger bio au bébé. Ça m’a fait bizarre de me dire que ce que je produisais n’était pas assez sain pour lui. »
La démarche bio entraîne tout une série de changements. Loin de la monoculture du maïs, Jérémy opte pour une grande diversité de céréales (soja, blé, orge brassicole, féverolles…) et de légumes (courges, pommes de terre, poireaux, carottes, panais…), qu’il n’irrigue pas.
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« Transformer les sols en éponge » (Hydrologie régénérative)
Pour se passer progressivement des produits phytosanitaires, Jérémy Ditner, devenu depuis vice-président de Bio en Grand Est, utilise des ferments lactiques qui développent la fertilité naturelle des sols. « Cela permet d’augmenter la matière organique et d’améliorer la capacité de rétention en eau du sol. » L’enjeu est important dans la région. « Ici, il y a tendance à y avoir trop d’eau en hiver et pas assez en été », explique Jérémy. Un problème qui s’accentue avec le réchauffement climatique. Afin de protéger l’humidité des sols, le céréalier laisse aussi désormais un couvert végétal sur ses terres entre chaque culture.
Pour aller plus loin encore, l’agriculteur, conseiller municipal et à ce titre engagé dans l’établissement public qui gère l’eau du bassin versant du Largue, dont il est devenu le président en mai 2026, s’est aussi lancé dans la plantation de haies. D’abord en bordure des ruisseaux qui traversent ses parcelles. Mais aussi entre le Krebsbach et le Spechbach, les deux cours d’eau alentour. Cornouillers, charmes, cerisiers sauvages, bouleaux, fusains… Une trame verte de trois kilomètres a déjà été plantée.
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À terme, il est aussi question d’aménager une mare, afin de créer une zone humide. « Le but, c’est de transformer le plus possible les sols en éponge, pour absorber le surplus quand il pleut et garder l’humidité quand il fait chaud », détaille Jérémy Ditner.
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