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« L’idée d’écorégions a le mérite de placer au cœur du débat un imaginaire écologiste fort »

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Gabriel Malek, Chercheur associé au Collège des Bernardins
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L’idée d’écorégions invite à repenser notre manière d’habiter les territoires.
L’idée d’écorégions invite à repenser notre manière d’habiter les territoires.  
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Alors que Jean-Luc Mélenchon a relancé son idée d’écorégions, en réponse au défi de la transition écologique, le chercheur Gabriel Malek souligne l’intérêt du concept, et ses limites. Il faut, dit-il, lui donner plus d’épaisseur pour en faire le levier d’une nouvelle organisation des territoires.

Depuis quelques semaines, le concept d’écorégion fait irruption dans le paysage médiatique et ce n’est pas pour déplaire aux partisans de la décroissance prospère. Le candidat des Insoumis à l’élection présidentielle a mis sur le devant de la scène cette notion proposant de redessiner la carte de France pour en faire « la première République écologique du monde ».

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L’idée d’écorégions puise aux sources d’une réflexion plus ancienne : celle du biorégionalisme, qui invite à repenser notre manière d’habiter les territoires. Une inspiration bienvenue qui place un imaginaire écologiste fort au cœur du débat. Il reste désormais à donner toute son épaisseur à cette idée en pensant ces « écorégions » comme un projet politique porteur d’une vision émancipatrice.

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Garantir les conditions d’une vie bonne

Le biorégionalisme est un mouvement né aux États-Unis dans les années 1970, qui invite à penser les frontières à partir des réalités écologiques plutôt que des découpages administratifs hérités de l’histoire. Il ne s’agit pas seulement de redessiner des cartes : cette manière de penser le territoire s’accompagne aussi d’une réflexion sur la démocratie locale, que l’on retrouve dans le municipalisme.

Théorisé notamment par Murray Bookchin, le municipalisme puise son inspiration dans l’expérience de la Commune de Paris de 1871. Les insurgés défendaient alors une organisation fondée sur l’autonomie et l’association des communes, jusqu’à imaginer une confédération de villes capable de remplacer l’État jacobin. Dans cet imaginaire, la ville et la campagne ne s’opposent pas, mais se complètent pour une organisation juste des territoires.

Ce changement de regard est essentiel. Il ne s’agit plus d’organiser le territoire en vue de sa capacité à maximiser la croissance économique, mais autour de son aptitude à garantir l’autonomie, la liberté et les conditions d’une vie bonne. Les indicateurs de réussite changent de nature : ils ne s’attachent plus à décrire en priorité l’activité économique, mais la résilience écologique, les liens sociaux et la capacité à répondre aux besoins essentiels des habitants.

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« Biovallée  » une expérience de transition écologique inédite et innovante en France…

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Valoriser les spécificités territoriales

Comme l’a écrit l’économiste hongrois Karl Polanyi, l’économie de marché n’est pas un ordre naturel, mais une construction historique. Face au changement de paradigme imposé par la crise écologique, il nous faut opérer une rupture politique radicale. À l’heure du Capitalocène, les biorégions peuvent porter l’espérance de mettre l’économie au service des réalités sociales et écologiques.

Démocratiquement, le biorégionalisme porte une promesse forte : celle d’une société où les habitants ne seraient plus seulement administrés, mais aussi décisionnaires sur leur territoire. Sans pour autant aller jusqu’à remettre en cause l’État central, il appelle à repenser les institutions autour d’une plus grande décentralisation et d’un pouvoir plus ancré dans les réalités locales. Répondant à la volonté légitime des citoyens d’avoir prise sur leur cadre de vie, il permet de valoriser les spécificités territoriales, de construire des politiques plus adaptées et mieux acceptées.

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Ce concept appelle pourtant à une grande vigilance. Comme nous l’a enseigné l’histoire, les réflexions sur l’enracinement peuvent être détournées lorsque l’attachement se transforme identité fermée. Le risque serait de passer d’un rapport sensible à la Terre à une vision naturalisante des sociétés humaines où la différence deviendrait une justification de l’exclusion. Tel est le défi : retrouver un attachement aux lieux que nous habitons sans opposer le local au reste du monde, et échapper au néolibéralisme économique sans renoncer aux droits liés au libéralisme politique.

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Un lien vivant entre l’individu et la collectivité

Les biorégions ne constituent pas un retour à une communauté fantasmée ou à une nature figée. Elles doivent rester un processus ouvert, capable d’accueillir la diversité des parcours, les migrations et la convergence des luttes écologiques et sociales. Pour cela, la gauche doit aussi être capable d’envisager la question territoriale en s’inspirant de la pensée d’intellectuelles comme Simone Weil.

Dans un livre dédié au sujet, la philosophe écrit : « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine ». Loin de puiser dans la pensée nauséabonde de l’extrême droite, son enracinement consiste à relier les individus à une histoire afin de leur permettre de comprendre leur place dans le monde. Être enraciné n’a rien à voir avec l’origine, la couleur de la peau ou le genre : c’est appartenir à une certaine tradition sans pour autant être enfermé dans le passé. C’est un lien vivant entre l’individu et la collectivité, qui évolue grâce aux nouveaux apports culturels.

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C’est cette rupture de paradigme que porte la décroissance prospère : une invitation à réinventer notre manière d’habiter la Terre, en plaçant l’entraide et les approches décoloniales au cœur de nos choix collectifs. Une écologie émancipatrice doit refuser toute forme de domination, qu’elle soit économique, sociale ou culturelle. Ainsi pensées, les biorégions peuvent offrir un horizon précieux : celui d’une société fondée sur l’autonomie, la liberté et la convivialité.

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Gabriel Malek, Chercheur associé au Collège des Bernardins

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