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«On sera là jusqu’aux prochaines pluies» : à Die, sur un terrain très accidenté, pompiers et volontaires se battent contre les flammes

Renforts de pompiers, voies d’accès ouvertes aux bulldozers, allumage de feux tactiques… Dans la Drôme, où plus de 3 000 hectares ont brûlé, la lutte contre l’incendie est rendue difficile par le relief accidenté et la nécessité de répartir les moyens aériens entre les différentes régions touchées.

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Des pompiers remplissent leurs camions-citernes sur des bornes à incendie à Die, dans la Drôme, le 6 juillet.
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Pauline De Deus, envoyée spéciale à Die (Drôme)
09/07/2026 

Espaces sauvages, forêts naturelles… Au sud du Vercors, le massif de Justin qui culmine à 1 200 m d’altitude est un joyau pour les naturalistes. Un lieu si préservé que, lorsque le feu fait rage, il devient difficile de s’en défaire. «C’est un coin magnifique», atteste un chasseur du secteur, les yeux rivés sur la montagne que l’on distingue encore, derrière l’amas de fumée. Natif de Die, Jérôme assure n’avoir jamais vu cela en plus de soixante ans. «Dans notre département, c’est exceptionnel», confirme un pompier drômois. Une exception qui pourrait devenir la norme…

En 2022 déjà, la montagne voisine, de l’autre côté de la rivière Drôme, avait été en proie aux flammes pendant plusieurs jours après un impact de foudre, brûlant plus de 300 hectares. «C’était le même scénario, très peu d’accès et des interventions difficiles», raconte le sapeur en évoquant les héliportages en montagne de membres de la sécurité civile. Cette fois, d’autres facteurs de difficulté sont venus s’ajouter, face à cette catastrophe provoquée par la foudre : «Six semaines sans pluie, deux canicules consécutives, des végétaux en manque d’eau, un vent du nord défavorable et un très faible taux d’humidité dans l’air… On perd 1 000 ha par jour», détaille encore le pompier professionnel, qui refuse de décliner son identité. Au total, ce sont plus de 4 000 hectares qui ont été parcourus par les flammes, ont indiqué les pompiers vendredi. Environ 480 soldats du feu sont mobilisés.

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Des bulldozers en renfort

Depuis lundi, dans le Diois, les bulldozers sont arrivés en renfort pour créer des routes et faire barrage aux flammes, alors que «les fronts de feu ne sont quasiment pas accessibles par les moyens terrestres», soulignait, mercredi, le colonel Nicolas Héritier du SDIS de la Drôme. Les engins sont menés par des entreprises de travaux publics et de forestiers : «On est plusieurs entreprises locales mobilisées pour créer des pare-feu, témoigne David, bûcheron. Concrètement, on abat les arbres et on les enterre sur 30 à 100 m de large, ça fait comme un couloir pour éviter que les flammes ne se propagent par les pieds.»

Si des civils sont rarement mobilisés sur des incendies, l’urgence est telle que toutes les compétences sont bonnes à prendre. «Au départ, c’est la mairie qui nous a appelés, souligne un forestier. Vu l’ampleur du feu, le poste de contrôle se concentre surtout sur la protection des habitats et des populations, ils n’ont pas le temps de réfléchir à nos actions mais on travaille avec l’Office national des forêts qui connaît aussi très bien le terrain.» Les yeux fatigués après cinq jours de travail avec son équipe, l’homme explique qu’il n’a pas encore réfléchi aux finances de son entreprise : «Je ne me suis pas encore posé la question… L’urgence, c’est de sauver notre jardin».

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Des pompiers qui ont combattu le feu toute la nuit à Barsac, dans la Drôme, se reposent, le 8 juillet.
Des pompiers qui ont combattu le feu toute la nuit à Barsac, dans la Drôme, se reposent, le 8 juillet
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Un jardin de pins noirs et de pins sylvestres qui est attaqué de toutes parts, depuis jeudi 2 juillet. Sur ce massif calcaire en forme de fer à cheval, deux zones d’incendie s’étendent : l’une à l’est et l’autre à l’ouest. Le tout sur une surface de plus de 3 000 ha où plusieurs foyers sont encore actifs. «L’objectif, c’est de confiner le feu dans son enveloppe et qu’il ne s’étende pas, explique le pompier drômois. On va défendre les points sensibles que sont les habitations, les biens et les populations, mais, pour le reste, il y a une réflexion autour des enjeux et des risques. On ne va pas prendre des risques inconsidérés pour défendre quelques hectares.» Au village de Montmaur-en-Diois, il coordonne les actions du secteur avant : une zone à flanc de montagne, évacuée quelques jours plus tôt, où l’incendie continue d’avancer dangereusement.

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Des «feux à l’américaine devenus monnaie courante»

Autour de lui, des pompiers venus du Doubs attestent de leur fatigue, après plusieurs jours de lutte acharnée contre le feu. «C’est non-stop, tu respires de la fumée, tu dors quelques heures par nuit, sans parler du relief avec des pentes à plus de 50 %», témoigne un sapeur professionnel d’une cinquantaine d’années. Pour lui, ces «feux à l’américaine, devenus monnaie courante» imposent une remise en question globale : «Dans le Doubs, ça pouvait nous paraître loin, mais ça ne l’est plus.» Certaines opérations de lutte contre les flammes, autrefois privilégiées dans les régions du sud, doivent aujourd’hui être appliquées ailleurs. C’est, par exemple, le cas des feux dits «tactiques», allumés durant la nuit de mercredi à jeudi par les pompiers eux-mêmes, pour que l’incendie meure, faute de combustible. Leur utilisation est rare dans ce secteur : «C’est très technique, dans la Drôme on ne se formait pas forcément pour ça. mais après cet incendie je pense qu’on le fera», assure un autre sapeur.

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Pour la population, ce sont aussi les moyens qui posent question. Alors que la préfecture rappelle l’importance de la conjonction entre moyens aériens et au sol, seul un Dash – avec un produit retardant les flammes –, un hélicoptère de reconnaissance aérienne et un autre bombardier transportant quelques milliers de m³ d’eau ont sillonné le ciel du Diois la nuit dernière. Les canadairs étaient occupés ailleurs, alors que des dizaines de feux précoces se sont déclarés en France ces derniers jours. Et si quatre de ces engins sont arrivés ce matin dans la Drôme, même cela risque de ne pas suffire. «On sera là jusqu’aux prochaines pluies, prophétise un pompier drômois. Il faudrait qu’il tombe au moins 50 ou 100 mm et bien espacé, sinon on risque d’avoir des glissements de terrain.»

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Pauline De Deus, envoyée spéciale à Die (Drôme)
09/07/2026 
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Mis à jour démanche 12 juillet avec le nouveau bilan des 4 100 hectares parcourus.

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